‹ La vie économique, questions essentiellesChapitre 9 sur 45 · COBDEN · texte numérisé non relu

COBDEN

Épargner, c'est dépenser.

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^ A vie ne se continue et ne se renouvelle, en se dévej\ /* ^*^PP^"*' *î"^ par l'épargne. L'arbre, pour grandir, pour &^^ transformer en tronc et en branches ses premières pousses herbacées, a besoin de conserver et d'accumuler, sous leur écorce durcie, les faibles éléments de sa première tige, puis d'y en ajouter d'autres et de former ainsi peu à peu sa puissante charpente. La plante passagère, pour donner son fruit et assurer sa reproduction, doit emmagasiner, dans ses tissus, dans sa racine, qui s'épuiseront ensuite pour les nourrir, les éléments de la tleur et de la graine. Réserve de vie, capital végétal, sans lequel la végétation s'arrêterait et l'espèce disparaîtrait.

L'homme, de même, pour être assuré de vivre demain, est contraint de garder, si possible, sur le produit de son travail du jour, sur les ressources dont il dispose à l'heure présente, un reliquat qui lui permette d'atteindre l'heure à venir et de la passer, au besoin, si elle se trouve stérile. Petite ou grande, il lui faut une épargne, un capital, un morceau de pain, un abri, un outil.

L'épargne, c'est la transmission de la vie. C'est le flambeau sacré qu'il est interdit de laisser éteindre. Elle devrait donc être bénie, recommandée, encouragée ; et tout homme qui, après avoir satisfait honnêtement aux exigences de sa situation, met de côté, soustrait à la dépense courante, et réserve, pour l'avenir, une partie plus ou moins grande de ses ressources, devrait être considéré comme im bienfaiteur de l'humanité, accroissant, par une sage prévoyance, le trésor commun dont elle aura la disposition. 11 est bien vu, en effet, d'un certain nombre, et il ne manque pas de proverbes qui célèbrent l'économie et nous apprennent que les petits ruisseaux font les grandes rivières, et que les centimes, en s'accumulant, se changent en pièces d'or. Mais il n'en manque pas non plus pour glorifier la dépense et flétrir, sous le nom d'avarice, l'éco-

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nomio et rt>pai-}j;ne. l/argent est \Ad\., disent les uns, c'est pou-i amasser; l'argent est rond, répondent les autres, c'est pour rouler. Voyez ce hulre, ce grippe-sous, ce Fesse-Mathieu; il est à son aise, il est riche, il pourrait se payer un heau mobilier, donner des bijoux à sa femme et à ses filles, fré(juenter les théâtres, les courses, les villes d'eaux. Il vit simplement, va à pied ou prend une voilure sur la place, ne se promène ou ne voyage ((vie pour son agrément personnel et sans étalage, et, finalemenl. il lait des économies et les place jiour augmenter ses revenus, au lieu de les répandre autour de lui pour faire aller le commerce. A «(uoi sert-il? Le financier mis en scène par La Fontaine n'a-t-il pas bien raison «luand il dit ;

La République a bien affaire De gens qui ne (iépeiiscut rien!

Qui ne dépensent rien? En êtes- vous sûrs? Et ue seraient-ee pas, au contraire, ces économes, ces épargneurs, qui dépensent le plus et qui dépensent le mieux?

Toutes les déijeuses, sans doute, quelles qu'elles soient, pi'ofitent à quelqu'un, pas toujours pour son bien, car il y a des gains qui ne sont pas seulement malhonnêtes, mais malfaisants et corrupteurs. Mais il y en a qui ne laissent rien derrière elles que des satisfactions passagères ou des repentirs ; et il y en a qui, non seulement sont immédiatement et directement utiles en pourvoyant à des besoins réels et avouables, mais deviennent fécondes en permettant, par de nouveaux travaux, le développement du bien-être, de la richesse et de la science. Ce ladre, dites-vous, ue dépense pas ses revenus; il les place? Et pourquoi les place-t-il ? Pour les accroître en les rendant productifs. Or, comment peuvent-ils être productifs ? Parce qu'ils sont emploj'és à des œuvres utiles et rémunératrices. Parce que, prêtés à des industriels intelligents, convertis en achats d'immeubles, mis, sous forme d'actions, à la disposition d'une société qui construit un chemin de fer, exploite une mine, distribue l'eau et la lumière à une ville, ils servent à paj^er en salaires aux ouvriers, eu machines, en matériaux de construction, en tuj'aux, c'est-à-dire toujours en salaires, des services rendus à ceux qui deviennent les clients de ces industries diverses.

Il ne faut pas — j'essaierai de le montrer en parlant du luxe — pousser le rigorisme jusqu'à interdire à ceux qui peuvent se les permettre toutes les dépenses qui paraissent être de pur

LA VIE ÈCONOMKJVE ' :{2

u.uréineiif . Oiiainl tm liavaille, ou quand on a. travaillé pour se les ])votMirer, (jiicl(|ut's salisi'aclions sonl légiliniçs; c''est la léeonipoiise de Teirort dont leur perspective a été l'aiguillon. Mais t'onibien, en lin de compfe, ?;ont plus bienfaisantes, plus fécondes ces dépenses intelligentes, ces consoninialions productives ou reproductives, qui sont, en réalité, les perpétuels réenseuK-ucenienls de la vie ! C'est par l'excès de l'épargne sur la dépense que les sociétés, comme les familles, s'enrichissent et s'élèvent ; et que la faculté de dépenser elle-même se raaiutienl et-se développe. « I, 'économe, » a dit Adam Smith, c est le fondateur d'un atelier public, qui fournira du travail et des ressources aussi longtemps qu'il sera maintenu en activité. Le ])rodigue est un insensé qui jette au vent les cendres de ses pères.. »

LJ2-CAPITAL EST LE FLEUVE OU LE SALAIRE SE PUISE ; LE TRAVAIL EST l^\. SOURCE OU CEFLEUVE s'alimente, -i- t ! "l' t t

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