‹ La vie économique, questions essentiellesChapitre 8 sur 45 · I.'ÉllONOME KST LE FONDATEUR d'uN 1* '\r · texte numérisé non relu

I.'ÉllONOME KST LE FONDATEUR d'uN 1* '\r

ATEl.IKH PUBLIC LE PHODIGUE EST UN

UÉIUTIEII INDIGNE QUI JETTE AU VENT LES CENDHES DE SES PÈRES, t t t i" "J- i*

Adam SMITH.

ConsommaHon. ^- Épargne.

Q) Ç) Ci

^ ES choses sont faites jioiir (|ii"(m en use. Les grains, les Il fruits, les légumes sont faits j)our être mangés, le bois

fc-*^ [)our être brûlé ou façon né en outils, en ineuJ)les, en abris, les métaux pour être fondus ou travaillés, l'eau pour abreuver notre soif ou celle des animaux et des plantes. C'est ce que l'on appelle cousonnner. Consommer n'est pas détruire, bien que dans certains cas l'usage que nous faisons des choses les fasse disparaître et semble n'en rien laisser subsister. Il ne reste rien, dans nos mains ou sous nos yeux, des aliments que nous avons absorbés, du bois que nous avons brûlé; mais l'aliment, s'il a été ce qu'il devait êti"e, s'est transfoi'mé en chair, en sang, dans notre personne, et se repi'oduit sous forme d'action musculaire, de pensée, de travail. Les éléments des choses s'agrègent ou se désagrègent, se composent ou se décomposent; ils subsistent sans perte comme sans augmentation dans leur essence, et rien dans ce inonde ne s'anéantit, rien ne sort du néant. Le sel ou le sucre fondu dans l'eau se retrouvent quand cette eau s'évapore, le bois et le charbon brûlés sont devenus de la vapeur d'eau, du carbone ou de ^'acide carbonique et des résidus minéraux qu'on appelle des cendres ; ils se recomposeront, ici ou ailleurs, pour reformer de nouveaux végétaux. Tout se métamorphose, rien ne périt ; et nous ne faisons que profiter plus ou moins heureusement de celles de ces manifestations passagères qui peuvent nous servir.

Mais nous le faisons, selon nos connaissances, nos aptitudes et notre degré de bon^ sens, d'une façon plus ou moins satisfaisante. Nous consommons, c'est-à-dire nous faisons usage des choses de telle sorte que, cet usage passé, il n'en reste rien pour nous ni pour d'autres. Nous brûlons du bois pour le plaisir de le voir brûler, nous jetons à l'eau des objets utiles qui pourraient servir. C'est de la consommation stérile, coupable.

LA VIE ÈCOSUMKJUE 28

par coiiséiiiieiil. |»iiis!|ii"cllo tend à priver reiiscmble (le la société, qui aurait jm eii j)r<)fiter, <Je ces utilités (lisj)arues. Nous l'ais(»iis ])is : de ces choses qui sont des forces ou des moyeris d'existence, de ce fer, de ce feu, de cette puissance explosive de la poudre et de ce tranchant de l'acier, nous faisons des engins de destruction, nous les employons à. massacrer des hommes, à saccager des moissons, à ruiner des vîlles ; c'est une consommation destructive e^ appauvrissante. Nous en usons, au contraire, de façon à rei)roduire, c'est-à-dire à faire. réa])paraître. non seulement sous la même forme et en même (luaiitité. mais sous une forme supérieure et en plus grande abondance, les utilités que nous faisons momentanément disparaître. Nous mettons le l)lé en terre pour qu'il change le grain en épis ; nous tirons du minerai le fer et du fer l'outil; de la pierre- informe nous faisons un mur, du bois des planchers; une charpente, un hangar, de la terre convenablement choisie et préparée, de la faïence, des vases, de la porcelaine ; c'est une consommation productive et féconde. Nous n'avons rien ' ajauté à la matière : nous lui avons conféré par notre travail une utilité qu'elle n'avait pas, et c'est cette utilité, permettaiit et augmentant la vie, qui- constitue ,ce que uous appelons la richesse. -

Dn ne produit donc que pour consommer; mais pour que cette consommation ne soit pas stérile, pour qu'elle puisse se développer et fructifier, il faut d'abord qu'elle n'absorbe pas toute la iDroduction à mesure qu'elle est obtenue ; il faut que, sûr le produit de notre travail de chaque jour, après avoir prélevé ce qui est nécessaire pour la consommation du lendemain, nous réservions un reliquat, une épargne, destinée soit à lîarer à l'insufTisance du produit des jours suivants, aux dépenses des heures d^chômage, de maladie ou de désastre, soit à préparer, par un emploi plus fructueux que la consommation directe, un excédent de production ultérieure. Il faut <lu grain pour manger aujourd'hui, il en faut pour attendre la récolte prochaine, et il en faut pour semer en vuede cette récolte. Il faut la vie au jour le jour ; il faut l'épargne, la poire pour la soif, et il faut le capital, fa semence des moissons grandissantes.

L'épargne, dis-je, c'est la poiré pour la soif, pour la soif de celui qui réussit à la faire, et pour la soif des autres an besoin ; car s'il n'y avait pas des hommes qui ont plus qu'il ne leur est indispensable pour le vivre d'aujourd'hui, ceux qui n'ont pas le nécessaire de l'heure présente ne pourraient subsister.

il coNsnMMATio.w - HiwnaNE

leur travail iiièiiie, (lui leur penrifltrail tic produire pour plus lard seuleiniMit, ne leur serait tl'aucuue utilité, (l'iîst le travail antérieur (les autres et leur éparjj:ne antérieure (|ui les sauvent.

11 faut donc éparjj;ner, non d'une fac^on absurde, en se privant de tonte jouissance, de tout plaisir, du nécessaire même, comme ces avares qui se laissent jnourir de misère à côté de -dizaines et parfois de centaines de mille francs amassés sou à sou. Il faut épargner parce que la prudence le commande et aussi parce ([ue toute consommation inutile, tout gaspillage est une atteinte portée à la riches-;e commune du genre humain, une diminution de notre pouvoir d'assistance. On connait l'iiistoii-e de cette dame. fai-;ant une (luêlo p'»ur une grande infortune, ijui. au moment de frapper à une porte, hésite à le faire parce ((u'elle entend une vpix d'homme grondant une servante pour avoir jeté une allmiiette qui -n'était brûlée qu'à moitié. Elle entre cependant, et -se trouve en présence d'un vieillard d'asi>ect respectable, qui très simplement lui remet une aumône plu-; forte que toutes celles qu'elle avait jusque-là recueillies. Et comme elle ne peut s'empêcher de manifester, en le remerciant, quelque étonnement et de confesser l'hésitation qui l'avait arrêtée à la porte : « Madame, » dit-il," « si je ne faisais pas servir deux fois les allumettes, je ne pourrais pas vous donner vingt francs ; ils auraient été dissipés en fumée. »

J'ai quelque plaisir à appuyer cette anecdote d'un souvenir personuel. J'étais, il y a longtemps déjà, chez une vieille parente dont on allait enterrer la fille. Au milieu de sa douleur, qui était profonie. elle fit une observation à sa bonne pour je ne sais quelle négligence. .« La voilà bien, » me dit un ami de la maison; « elle grondera pour deux sous de braise, et tout à riieure elle fera sans hésiter une grosse libéralité. » Deux ou trois jours plus tard, li bonne vieille adressait à une amie de sa fille, retirée dans une ville de province dont le climat est rigoureux, et de qui les ressources étaient très réduites, un billet de mille francs, avee ces mots : « Voici la mauvaise saison. On a imaginé de nouveaux allume-feux qui sont, paraît-il, très bons^ je vous en envoie un échantillon ». Ma parente n'avait qu'une très modeste fortune, mais elle savait épargner pour ellemême et pour les autres.

J'insiste sur ces considérations, parce qu'il court, au sujet des devoirs prétendus des riches ou de ceux qui sont supposés riches, beaucoup d'idées fausses et, par suite, 'dangereuses et injustes.

F.E MO.NKi; .Ni; PHO(;UESSE QUE PAR t t 'ir LA ."-UPÉUIORITÉ DE L'ÉPAIUJjNE SUU LA DÉPENSE. -J- ■:{- -J- -^ -^- -}- "l- -^ -1- -j-

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