Elle a régné en Espagne , sans être reine ni ùiTorite
la moitié; je ne savais où étaient les fenêtres, parce que nous étions arrivés de nuit dans ce lieu-là ; je pensai me casser le nez contre la muraille, et nous fûmes, le roi d'Espagne et moi, près d'un quart d'heure à nous heurter en les cherchant. Sa Majesté s'accommode si bien de moi , qu'elle a quelquefois la bonté de m'appeler deux heures plus tôt que je ne voudrais me lever. La reine entre dans ses plaisanteries ; mais cependant je n'ai point encore attrapé la confiance qu'elle avait aux femmes de chambre piémontaises. J'en suis étonnée, car je la sers mieux qu'elles ; et je suis sûre qu'eZfe^ ne la déchamseraient point amsi proprement que je h fais. »
Anne d'Autriche, régente de France, faisait assez souvent fouetter son fils, le futur roi Louis XIV. C'était la manière, ou, si vous voulez, la manie d'élever les enfants des deux derniers siècles. La régente mère ne manquait jamais néanmoins à l'étiquette, car avant et après^ elle faisait de profondes révérences à l'enfant souverain. Le jeune monarque, assez impatienté de tout ce cérémonial, lui dit un jour : < Eh! madame, ne me faites pas tant de révérences et ne me faites pas tant fouetter. »
Mais l'étiquette était là, inexorable! Le roi fut très-salué, et l'enfant trës-fouetté.
L'étiquette des cours a eu souvent des résultats
plus fâcheux. Vous connaissez celle d'Bspagne, qui forçait la reine, emportée par ses chevaux, ou dans tel autre danger, à ne pouvoir être secourue; car le mot fatal était là comme une menace : « Ne touchez pas à la reine! »
Vous savez, à une époque plus rapprochée de nous, que l'étiquette de France défendait, à Saiut- Gloud, au roi Charles X, de connaître promptement et à chaque minute, par le premier gentilhomme venu, la véritable situation des choses au moment où l'orage amoncelé s'échappait des entrailles de la capitale.
Ce que vous savez peut-être moins, c'eftt ce qui arriva au roi d'Espagne Philippe III. Le roi était au conseil avec ses ministres ; il faisait froid. On avait placé devant Sa Majesté un grand brasero * qui lui donnait si fort au visage, que la sueur ne tarda pas à lui ruisseler du front. Le roi était d'un naturel si désintéressé pour ce qui le concernait personnellement, qu'il s'oubliait toujours pour les autres, et ne trouvait jamais rien à redire , dit l'historien. Il grillait, mais ne se plaignait pas.
Le comte de Pobar dit au duc d'Albe, gentilhomme de la chambre, de faire retirer le brasero. Le duc d'Albe répondit que ce serait contre Véti"
1. Usage espagnol, qui a causé bien des maux de tête, sans ' parler des apoplexies I
qwttôy que cela regardait le duc d'Uzeda, sommelier du corps. On envoya vers le duc d'Uzeda ; il n'était pas au palais. Il fallut le faire chercher dans Madrid....
Avant qu*on*feût découvert, le roi était mort d'un coup de sang!... sans qu'aucun de ceux qui étaient là eût pris sur lui de retirer le fatal brasero^ « et sans que le pauvre roi eût trouvé à redire^ » ajoute Bassompierre.
Il n'y a pas toujours des circonstances aussi sombres dans les exigences de l'étiquette. Il y en a de ridicules, quelquefois de plaisantes.
Le descendant de ces célèbres et puissants Lorrams, du temps du Balafré, le duc de Guise, mari de IDle d'Âlençon, fille de Gaston, cousin germain (fe Louis XIY , avait un pliant devant sa femme, et mangeait au bout de la table lorsque sa femme lui permettait de s'asseoir.
L'abbé de Choisy dans ses Mémoires nous a cons^vé une anecdote d'étiquette qu'il appelle la veillée de M. de Bellegarde.
Bellegarde était, à la mort d'Henri lU, grand écuyer de France, seul premier gentilhomme de la chambre et maître de la garde-robe.
Il se rendit aussitôt auprès d'Henri IV, et, dès le premier soir, coucha au pied de son lit, comme faisait alors le premier gentilhomme de la cham-
i08 LA VIE ËLËGANTE A PARIS.
bre. Henri lY, s*étant éveillé la nuit, appela M. de Bellegarde et lui dit : « Oh çà» monsieur de Bellegarde, comptons ensemble. Je vous laisse la charge de grand écuyer ; mais il faut que vous partagiez votre charge de premier gentilhomme de la chambre avec le vicomte de Turenne , qui a toujours été le mien. »
M. de Bellegarde poussa un profond soupir et s'inclina.
Deux heures après le roi se réveille encore et appelle encore son premier gentilhomme. Cette fois c'est pour lui proposer de céder à M. de Roquelaure la moitié de la charge de maître de la garde-robe.
Bellegarde était perdu si le roi faisait encore un mauvais rêve. Il lui dit : « Eh bien ! sire, je le veux bien; mais ne vous réveillez plus, s'il vous plaît ! »
De nos jours, nos chargés d'affaires près des cours lointaines sont témoins ou acteurs de scènes d'étiquette qui ne manquent pas d'un certain iatérét. M. de Montigny, consul de France et chargé d'affaires à la cour de Siam , rend ainsi compte de sa présentation offlcielle au premier roi', qui est le grand roi (car il y en a toujours deux) :
« A l'exception d'une voie laissée libre au milieu d'une immense galerie^ le parquet était couvert par