PRÉSENTATIONS
U nous tombe aouvent à Paris des gens qui iont accpiis leur fortune on ne sait comment, et qui la dépensent on. ne sait à quoi. On appelle ce genre de monde « nouveaux débarqués. »
Ces nouveaux venus, qui savent qu'on peut s'amuser librement à Paris, veulent jouir de ce qu'ils ont, ce qui est assez naturel, et demandent des présentatùms^ ce qui est indispensable.
On appelle cela ouvrir un salon; ce n'est pas encore ouvrir tme maison.
Dans le désir de jouir promptement, ces excellents étrangers ne se donnent pas le temps de choisir leur monde; ils l'acceptent de toutes mains.
C'est ce qui a fait dire au chevalier de B***,
DE k'fiLfiGANOJg; J)ANS LJE MQIiDE. il5
h propos de Mmess ***, ^ quel»nxs rouis étaient des détmasiS^*
Il fout du temps et du tact pour se former ua monde h so^» à Parî3, tosqu^ou est étrancpsr. U faut se .&ire présenter cbâ/iue homme par une femuïevetcbaque. femme par. son mari.
Lorsqu'un homme btoi éli^é .vient se foire pré* senter dans une maison de bonne compagnie, il faut qu*il prie une femme 4gée de sa connaissanoe de vouloir bien se cbarg^ir de sa ^présentation. On se trompe beaucoup si l'on croit qu'il fout être introduit dans le monde par une jeune :et jolie . femme; c'est se fourvoyer. La femme âgée et distinguée par son esprit ou sa posttionest une puis* sance réelle dans la bonne compagnie; il faut la soigner beaucoup. Si les hommes attaquent un homme en son absence, il suffit qu'une (femme respectable le défende, pour que les malveillants ne soient point écoutés. Soignez même ks vieilles et les laixles ; elles vous ado[lt^ont, vous chaperonneront, et vous défendront oivers et contretous.
Ily aupa^ans doute quelques Jeunes gens, peu au fait 1 de oe qui se posse dans. le vrai monde, qui douteront de Yimpuissance d'une femme belle pour les protéger. Il fout s'expliquer : s'ils recherchent, dans une présentation faite par de certaines beUâs femmes à : un haut fo»etiomiaire public, les «van-
il6 LA VIE ËLËGANTE A PARIS.
tages que peut leur faire pressentir certain passage des Mémoires de M. Yéron ' ; si ces messieurs pensent tirer quelques fruits matériels de cette présentation , je n'ai plus rien à dire. Seulement, je les préviens qu'ils ne trouveront que peu de femmes qui s'adonnent à cette spéculation, et pas de ministre royaliste, impérialiste, ou républicain, qui y prête les mains.
Pour ce qui est de la belle femme ^ en général, il faut ne pas avoir vécu pour ne pas s'être aperçu que c'est une espèce d'enfant gâté qui s'occupe de son visage, de sa toilette, et des jeux d'une coquetterie qui recherche continuellement les hommages. Il n'y a, quoi qu'ils en pensent, aucun fond à faire sur ce papiUon qui fait admirer ses ailes, sur ce paon qui fait la roue, sur ce tonton qu'on fait tourner.
Ceux qui veulent être présentés dans un salon en vogue pour le connaître, et pour prendre leur part de ses plaisirs honnêtes, le trouvent quelquefois divisé en petits groupes qui ont chacun leur variété de conversation, leurs façons d'agir, leur manière de prendre la vie, et même de sentir. Il faut aller par-
1. c En France, la plupart de nos hommes d*£tat montrent, quel que soit leur âge, un certain goût pour la galanterie; on désire surtout être ministre pour éblouir la vanité et le cœur des fonmes. » (Mémoires d'un bourgeois de Paris, t. III, p. 113.)
tout, y être prudent, réservé, écouter beaucoup, parler peu, et saisir habilement la meilleure manière d'être.
Sheridan faisait ainsi. Sheridan, l'habile homme, le grand séducteur du monde d'alors , savait écou* ter, ce qu'on ne sait pas aujourd'hui; lorsque la conversation était arrivée au point où il sentait sa puissance, il lançait un bon mot; et si l'entraînement et l'esprit amenaient les anecdotes, les petites histoires, il en racontait de plaisantes ou de mélancoliques suivant la disposition des esprits, et toujours avec un charme entraînant.
Gomme élément d'instruction mondaine, j'engage ceux qui veulent entrer dans le monde et le con-* naître à lire spécialement les Lettres de Mmes de Sévigné, du Deffant, de L'Espinasse; les Mémoires de Mme d'Épinay, ceux de Lauzun, de Bezenval, de Dangeau, de Saint-Simon, de Tallemant des Réaux, d'Horace Walpole, de Grimm, de Champfort, et autres bons peintres des us et caxUiwnes^ des faits et gestes des cours et de l'élégante bonne compagnie.
La fenune comme il faut qui reçoit, ne présente ses invités les uns aux autres, soit au diner, soit à ses soirées, qu'après avoir demandé l'autorisation aux deux partenaires ^ et toujours d'inférieur i supérieur. Une femme, en toute occasion, est la personne supérieure aux hommes, n'importe leur
118 LA YS fiUtoàim A PAftlS.
09iKbtûQ ouisnr iUusInliafn; il'û'ya qwlesiuiQ- ^eraîiB et tes princes du sang ^qni domineot. AiM, présentez M. le général duc de Saint-» IKmon, ije siimMie, À lidy Losîaa ***, ou iitéseiitez loid^o- UMigfamiive à Ifmella "comlesae Anna de S'*^"''.
(QiMqiie lanllMMadeur ou «ministre de leur coir, l^résfiitBz également les. aimaUes marcpû&de *yillar- JtefiBaf ou delferly^Àla gra(sî<sas& comtesse derF***.
lies iperaiHWias nâses en rapport ^se ^saluent, et :se larisnt, suis ne «e donnent point encore la main, babîtiide du freste dont j'aurai à -parler, n œ iaut pas oublier que la mattresse delà maison. cpi reçoit dût^étre plus ^sîmphœtent mise que les pesaMBes qtt'eUe a invitées. .En A^giettrce, en Alleiaagae, m Italie, -etc., ieem»e len Fmaoe, c'ett tonjotsps rkomme, qu^e que soit son tiévation {exeepléise ipie j'ai dit du souvemînet des princes du^to&g), (fà estpréssnié à. la fismme du monde , quels «pie «éent son âg&et son rang . En lagir aulrmneat ji^est :paftwulementafi»Nsidrir la femme, auiisant Tes^t dei noire civiltsatioa , mais c'est, encore rnsmi^er de «ovoir^^viTre. .'Les* exigences semMaUes poar>lei)al «e modifient souT;i»it. Ainsi^ quand un homme d'une dUtiBetionœmuie Ta inviter unejeaume peraonaie à duser,. illeiait qudquefois direoieamm ; daxBgse »sh là» àà jmne .peraonne iaeQ^te>aaBs ^.ex^r WMtft présenlatÎQn ; rseulemmt il ftat sei^peler cp&iKs
DE L*ÉL£GAr(C£ DAHS LE MONDE. ii9
mpiNMrts ^Mmèras, «t i)etie présmlofrân 4ii«e«e, aeïSMttittevtraqKaaires.'OQrne setTecoDoatt plus le lendemain, et Thomme comme il: fiait ne ae permetjde aaiitier sa daaseuteten la rmeoBtraat, que si elle lui en dMBetL'Mtorîafttion psr im ^it nouvraaeoLt deiJ^. Al<»s il ddt ksflJmr.iaifmiuiieT^ pecbieiuie aismee, mais m foint lui adsesaer la
Racine raconte .qu*à jUsatiMurg, tonqiie ^Its d^ pHléS'Suîsse» (dïtiareiit l'heniMiir d'^treiMéafniés à Louis Xiy, rarehevèqœ .4e Reirn^, voyant parmi jHix un évéque, dit ii aon Toisîn : «C'aàt^sna doute q[udqiie pauvre diable , qnetqttemîsérable?
— Non, dit rinterpellé, c'est Vévèqfxd^ Bile, qui A cœt mille livres deneote.
— Oh I alors , c'est uu! hmnéte homme; je vais lui parler. »
.Voilà, hélas! le^sœsde tpiekiaes yrésanlatioas.
Je dois vous prémumir contre une -de oes ]présc»r tidtOBS de baille sphère, qui houleveraeraieBt votre esprit et saistoaîent votne âiae..*. Prenez ^arde, «oyez i»rud^t et modeste; la portedutâel est petite et basse; 11 faut y passer à genoux.
D'un autre eôté, si un de oes. hasards, fréqpients dans la vie, vous isâaait rencontrer ikma leimraAe unefemme avec laqui^ vous aumz eu uiie!i:eptaiiie iatinûté^ gsntez-^ous de la: laisser «eupçomwc ;
VOUS perdriez la femme et vous seriez blâmé : car une des jouissances du monde en général» c'est d^at* taquer les deux parties.
Ne faites connaître aucun de vos succès» aucune de vos supériorités, dans aucun genre; on ne vous pardonnera jamais un avantage que vous pourriez avoir : ni fortune, ni esprit» ni talent. L'amour a, dit-on, beaucoup d'imagination; la haine en a plus, et surtout p/ttô de persévérance!...
Si vous tenez à conserver douce et bonne l'affection qui vous lie à une personne amie, ne parlez jamais d'elle, comme elle ne doit jamais parler de vous. Le bonheur se consacre par le mystère. Si vous ébruitez des rapports de longue affection, vous éveillerez l'envie, la jalousie, le besoin de ne pas laisser aux autres la félicité qu'on n'a pas soi-même. La statue qui reçoit votre culte sera bientôt descen* due de son piédestal ; ce ne sera pas assez , il faudra qu'elle soit brisée : elle le sera.
Tout pourtant n'est pas méchant et odieux dans ce monde ; il faut seulement du tact et de l'observation , pour creuser les individualités. Par exem* pie, si vous êtes étranger, du Nord surtout, vous trouverez au premier aspect deux choses : la société française légère et inconséquente à sa surface, comme vous trouverez chez les individus des don Juan à l'épiderme et des fanfarons de vices.
Mais si vous pouviez vivre dans cette patrie de l'intelligence et de la liberté, comme aussi dans Fintimité de ces fameux^ si effrayants par les apparences qu'ils se donnent, vous reviendriez de beaucoup de préventions et vous seriez étonnés, surtout pour ce qui concerne les individus prétendus dissipés, même corrompus, de l'élévation de leurs idées, de la bonté de leur cœur, de la simplicité de leur vie , de la solidité de leurs rapports. Leurs mots mordants, leurs dérèglements, leur athéisme, disparaissent bientôt comme ces vapeurs malsaines qui séjournent la nuit sur les marais et s'évaporent à l'aube matinale.
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