‹ La vie élégante à ParisChapitre 32 sur 85 · Né en 1360, mort en · texte numérisé non relu

Né en 1360, mort en

DE L*ÉLÉGâNG£ Dans 1e monde. 161

ainsi que d'autres jeuï, les jours de travail, aux gens de métier.

Le synode de Langres les interdit, en 1404, aux ecdésiastiques.

Poupart, argentier de Charles VII, paya à Jacquemin Gringonneur, en 1392, trois jeux de cartes quMl avait peints pour Yesbatement durai.

Les cartes sont maintenant partout : dans la malle du touriste, dans le colis du négociant, dans le sac du soldat.

C'est au philosophe à expliquer le phénomène de leur progression ; est-elle due à la cupidité, ou à ce besoin d'émotions qui, chez les peuples vieillis, remplace l'amour du merveilleux?

Ce que les cartes coûtent par jour à la société humaine d'heures déplorablement perdues et d'argent follement prodigué, est incalculable !

Le monde du jeu a été oublié (ou omis à dessein) par Mme de Toustain dans sa nomenclature. C'est une population à part, aux mœurs exceptionnelles, dont les moralistes n'ont pas assez décrit la vie pratique, les entraînements, les folies !...

M. le docteur Véron, en racontant l'emploi de son temps, au jeu ^ à une époque de sa vie, dit : « Le gain du jeu jette dans le cœur toutes sortes d'immoralités ; et rien surtout n'abrutit plus l'esprit, rien n'inspire un plus vif dédain de toute affaire ,

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un plus profond mépris de tout deroir, que ces richesses d'un moment que la fortune vous prête pour se donner la joie de tous en dépouiller.

« Je ne parle que du joueur qui gagne; qu'aurais-je à dire du joueur qui perd? »

La passion du jeu a cela de commun avec les grandes passions de l'humanité, qu'elle rend solitaire celui qui en est atteint; excepté dans les maisons de jeu, le joueur de profession aime à vivre seul, souvent avec ses rêves de fortune, plus souvent aveo ses désespoirs. C'est l'amant trompé, c'est le buveur avec une lumière de joie bientôt suivie de l'abrutissement, c'est le spéculateur de la Bourse» jouant à la hausse qui doit réaliser tous ses rêves et voyant arriver la baisse.

Avant que les jeux de Paris fussent fermés par le vote de la chambre des députés du 31 décembre 1837, ils avaient eu pour directeurs MM* Perrin, Bernard, Ghalabre, Boursault, et enfin Benazet» mort il y a peu d'années. Il était colonel de la garde nationale de la banlieue et chevaUer de la Légion d'honneur^ sous le ministère de M. Casimir

1. Son successeur, M. Benazet, actuellement directeur de la banque des jeux de Baden, est plein d'égards et d'empressement pour tous les Tisiteurs de cette belle partie de la Forêt- Noire. On assure qu'il pousse le désintéressement jusqu'à aider de sa bourse ceux qui retournent chez eux après avoir perdu ce qu'ils avaient apporté.

Périer. Les jeux versaient annuellement à la ville de Paris cinq millions cinq cent cinquante mille francs, indépendamment d*une foule de frais et faux frais j etc.

Le premier consul voulait faire fermer les jeux, mais Pouché lui dit qu'il perdrait son meilleur moyen de police. Indépendamment des jeux autorisés, il y avait un nombre infini de maisons où ron jouait la bouillotte j le pharaon , Y écarté^ et où Ton pouvait être certain d'être entouré d'escrocs et de filles de joie.

Sous la Restauration, le Cercle des étrangers, rue Grange-Batelière, avait, dit M. Véron, trois présidents : MM. le marquis de Tilly-Blaru, le comte Esprit de Castellane et le marquis de Livry. Ils recevaient chacun cinquante mille francs de traitement annuel.

On y donnait des dîners, des soupers et des bals. Il faut reconnaître qu'aucun des joueurs qui fréquentaient les maisons de jeux autorisées ne pouvait craindre une irrégularité, une surprise, une erreur. La banque était plutôt exposée à payer deux fois ou à subir quelques fines escroqueries. On se rappelle l'histoire de ces deux jeunes gens entrant ensemble, portant ensemble et mettant en même temps l'un un rouleau de cinquante doubles napo-* léons sur la rouge , l'autre un pareil rouleau sur

nomme le bog. On le joue à trois comme on peut le jouer à cinq ou six personnes. L'enjeu est aussi dans les limites de la bonne compagnie et de la convenance de la maîtresse de la maison ; car elle se dégraderait et laisserait planer des soupçons qui seraient probablement injustes, si elle souffrait chez elle des lansquenets, bacaras, etc., etc., où Ton joue gros jeu et où les pertes, par conséquent, sont considérables.

Les échecs sont du nombre des jeux qui sont adoptés par les personnes réfléchies et posées. Les deux Rousseau, Voltaire, les maréchaux de Saxe et de Richelieu, l'empereur Joseph II, Franklin, Marmontel, Diderot, Ghampfort, Bernardin de Saint-Pien'e, le marquis de Bièvre, le général Bonaparte, l'amiral Dumont-d'Urville, avaient le goût dont les célèbres Philidor , des Chapelles et de \ La Bourdonnaye avaient l'habile talent.

Les prévenances d'une maîtresse de maison l'Or bligent à régler d'avance (dans une pièce attenante au salon où l'on fait de la musique, si c'est une soirée) les tables où l'on fera le whist, seul jeu qui soit admis de droit dans la haute société.

Dans les petits comités, entre parents ou amis intimes, on peut admettre tous les jeux que j'ai indiqués ; mais toujours , croyez-moi , avec les mises les plus restreintes.

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Voilà seulement coDune on pent se permettre le jeu.

Il y avait à Londres, dans les premières années de ce XIX' siècle, un Club de Crockford, C'est le club des joueurs.

Ce M. Crockford pouvait s'appeler un )[iicheur d'hommes.... C'était, en effet, wn ancien pécheur, un marchand de poisson qui devint le fléau, et en même temps le favori de la fashUm anglaise. Il a gagné, avec tous les riches fa»hionnables de l' Angleterre, des millions au jeu ; et, par une de ces singularités excentriques de la nation, il a consacré une grande partie de cet argent à élever un palais au jeu !

Il y a déployé une splendeur asiatique qui éclipse presque le luxe des rois.

Ce palais, dans le style de Man^art, est enrichi d'ornements, de dorures et de peinture^ du plus éclatant effet.

Le cuisinier de Crockford était le célèbre Dde, quelque chose comme une doublure de Carême.

Dans ce palais, donc, on joue un jeu ff enfer. Cinq ou six cent mille francs passent, dans une soirée, d'une main dans une autre. Quoique les jeux de hasard soient défendus par la loi anglaise, n'est pas qui vent du club Crockford. La plupart des ministres en sont membres. Le duc de Wellington en a été longtemps l'un des commissaires.

On écrivait ceci, de Londres, à la date du 27 novembre 1856 :

€ On s'est préoccupébeaucoup a^jou^d'hui d'étonnantes révélations sorties d'un procès civil jugé hier devant la Cour du ban de la reine.

c Un riche négociant, qui en 1847 avait vingthuit ans, entra dans une maison de jeu dont il devint un habitué pendant un court séjour qu'il faisait à Londres.... Nolentem fata trahmu! Le malheureux jeune homme fut entraîné à jouer aux dés, et finit par perdre de vingt-quatre à vingt-huit mille livres sterling (six à sept cent miMe francs) !

« n souscrivit des billets pour le montant de ses pertes, et paya pour seize mille livres sterling (quatre cent mille francs) de ces billets.

« n résiste aujourd'hui au payement d'un billet de deux mille livres (cinquante mille francs) souscrit pour la même cause.

« Ce procès est un des rares éclairs qui font jaillir la lumière dans les sombres mystères de la vie anglaise, si étrangement murée pour les étrangers même les mieux accueillis, et qui pénètrent d'effroi ceux qui connaissent ces secrets, mais qui veulent les couvrh: en les niant.

« Ce procès enfin, qui s'est terminé en faveur du négociant imprudent^ a produit à Londres une impression que nous devons signaler, »

On a bien souvent parlé dans le siècle dernier du frère de Mme de Montespan*, du frère de Mme de Maintenon ■, et de l'extrême facilité de Louis XIV atout accorder à ses maîtresses. L'anecdote suivante nous amène au jeu où se rencontrèrent ces deux favoris, et va nous montrer avant, d'un côté l'âpreté envahissante de la marquise de Montespan, et de l'autre l'incroyable faiblesse du roi :

c M. de Louvois , dit l'abbé de Ghoisy dans ses .Mémoires, montra un jour la présence d'esprit d'un bon courtisan. Le roi avait fait avec lui la liste de ceux qu'il voulait honorer du bâton de maréchal; il alla ensuite chez Mme de Montespan, qui, en fouillant dans ses poches ^ y prit cette liste, et, n'y voyant pas M. de Vivonne, son frère, se mit dans une colère digne d'elle. Le roi, qui ne pouvait lui résister en face, lui dit qu'il fallait que M. de Louvois eût oublié de l'y mettre.

« Envoyez-le quérir tout à l'heure, lui dit- elle «d'un ton impérieux, et le grondez comme il faut. »

« On envoya chercher M. de Louvois; et le roi lui ayant dit fort doucement que sans doute il avait oublié Vivonne.... le ministre se chargea du paquet et avoua sa faute. On mit Vivonne sur la liste ; la

dame fut apaisée et se contenta de reprocher à Lou-

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