‹ La vie élégante à ParisChapitre 33 sur 85 · M. de Vivonne. — 2. M. d'Àubigny · texte numérisé non relu

M. de Vivonne. — 2. M. d'Àubigny

170 LA VIE ÉLKGANTK A PAKIS.

vois sa négligence dans une affaire qui la touchait de si près.

c Mme de Maintenon n*a pas été si pressante.

Gela me fait souvenir, continue l'historien, d'un trait piquant de M. d*Aubigny, son frère : il jouait un jour à la bassette avec d'autres gentilshommes, et mettait sur les cartes des monceaux d'or, sans les compter. Le maréchal de Vivonne entra dans le lieu où l'on jouait, et voyant remuer tant d'argent, il vit qu'il sortait de la poche de M. d'Aubigny.

< Je me doutais bien, dit-il, qu'il n'y avait que « lui qui pouvait jouer si gros jeu. » D'Aubigny, qui avait entendu, n'hésita pas un instant et répliqua brusquement : « C'est que j'ai eu, moi, mon bâton « en argent, » Le mot courut fort et accrut encore l'inimitié qu'on portait au fond à toutes les favo* rites. »

Le marquis de Genlis, étant au jeu de la reine, jouait un soir fort gros jeu. La fortune lui était tellement favorable, qu'il avait pris le parti de jeter tous les louis qu'il gagnait dans son chapeau, qui s'emplissait à crever. Son voisin de droite, gentilhomme breton, qu'il ne connaissait pas, lui dit en regardant ce chapeau qui le touchait :

« Monsieur, voulez-vous me prêter cinq louis? j'ai une idée.

— Les voilà, > dit M. de Genlis.

Le voisin, les ayant perdus lestement, revint à la charge....

« Volontiers, » continua le marquis; puis glissant son chapeau du côté opposé à l'emprunteur, il lui dit avec une parfaite politesse et en le saluant :

« Je crois, monsieur, que maintenant nous sommes quittes! »

Triste ûiorale! qui m'amène à vous dire : donnez avec mesure, mais ne prêtez jamais. Rappelez-vous toujours ce mot d'une personne dont on n'ose dire ni le nom ni le sexe : « L'ingratitude n'est que l'indépendance du cœur. » Je ne puis prolonger ce chapitre du jeu. Il me semble que tout a été dit sur cette affreuse passion, et je ne m'étonnerais, pas d'ailleurs d'en parler à contre-sens, puisque je ne m'en occupe qu'à contre-cœur.

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