Mme de Rambouillet
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coup de bruit : ce fut celle du samedi 30 décembre 1653.
Conrart ayant donné un petit cachet, accompagné d'un gracieux madrigal, à Mlle Bocquet, elle lui répondit par un impromptu dont les derniers vers étaient ceux-ci :
Il faut vous dire seulement Que vous donnez si galamment Qu'on ne peut se défendre De vous donner son cœur, ou de le laisser prendre.
Uassemblée, électrisée par cette bluette d'un basbleu sur le retour, se jeta à l'instant dans le madrigal; tout le monde en fit !... Il pleuvait des madrigaux, et cette étourdissante journée, cette pauvre débauche d'esprit, resta et fut connue sous le nom de la fournée des madrigaux!
Lorsque Mme de Sévigné fit sa première entrée à rhôtel Rambouillet, elle voulut combattre le ton précieux qui y régnait. Elle ne négligea rien auprès de Julie d'Angennes et de Mlle de Scudéri ; mais les précieuses l'emportèrent. La Carte de tendre dirigea de plus belle les Voyages du cœur.
On continua à désapprendre à parler naturellement, et l'hôtel Rambouillet en fit tant, qu'il finit enfin par s'écrouler peu après sous les coups du ridicule.
J82 LA VIE ÊLÊGAMTë à PARIS.
Cette cour plémère du bel esprit, et quelquefois du gai savoir, avait succédé à la Fronde; c'était une ooeupation moins offensive, et elle servait à faire briller la duchesse de Montauûer (Julie d'Angennes, immortalisée dans la Guirlande de Julie); Mlle de Scudéri, auteur très-connu; Mme de La Fayette (l'auteur de la Princesse de Clèves)^ etc.
L'apparition de Mme de Sévigné (en mars 1654) sur la scène du monde entraîna Chapelain, Ménage, le comte de Lude, le chevalier de Méré, le comte de Bussy-Rabutin, Corneille, le prince de Conti (frère du grand Condé}. On arriva peu à peu à perdre les fadeurs dont on s'était nourri. L'éducation des femmes était ou nulle ou trop recherchée. Malgré tout, la galanteiie se glissait entre ces deux abîmes.
Ninon de Lenclos et la Champmeslé contribuèrent à cette petite régénération qui surgissait par une voie tout opposée à celle que la raison indiquait.... Aussi vit-on une dame Gondran faire, à la face de teus^ la coquette avec le marquis de Sévigné et le chevalier d'Âlbret, jusqu'à ce que les deux soupirants, voulant savoir à quoi s'en tenir, se provoquèrent en duel.... Ce qui fit v^ve Mme de Sévigné, car M. d'Albret tua roide M. de Sévigné!...
J'ai dit que le poète Ménage était un de ceux que Mme de Sévigné rallia au véritable bon goût, on pourrait dire au véritable esprit. Indépendamment
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des attentions tendres qu'il avait pour la belle marquise, il en avait eu également pour Mme de La Fayette, avant son mariage, c'est-à-dire quand die n'était encore que Mlle de La Vergne. On raconte que Ménage, voulant la célébrer dans ses vers sans qu'on la reconnût, lui donna le nom de Laveme, déesse des voleurs chez les Latins. Ses rivaux, qui l'accusaient d'avoir pillé plusieurs vers, lui adressèrent, sans nom d'auteur, une épigramme latine dont cette traduction fut lue dans les salons du
Est-ce Corinne, est-ce Lesbie, Est-ce Phyllis , est-ce Cynthie, Do&& le BOXD est par lui chanté?
Tu ne la nommes pas, écrivain plagiaire; Sur le Parnasse vrai corsaire , Laverne est ta divinité 1
Mme de Sévigné n'était pas seulement aimée platoniquement (elle ne souffrit jamais qu'on Taimât autrement) par le poëte Ménage, son ancien mattre; eUe le fut eBC<»re par Turenne, par le prince de GcHOrti, par le cardinal de Retz, par son cousin Bossy-Rabutin, et aussi par le surint^idant des finances Fouquet, qu'elle défendit avec une chaleureuse amitié contre tous ceux qui l'attaquaient à l'époque de sa disgrâce. Mme de Sévigné, qui se mainfini tmjùots sage, ne craignit pas de braver
même le courroux de Louis XIV pour défep^re ses amis.
Il y aurait quelque chose d'incomplet dans ce chapitre, si je ne vous faisais connaître un des littérateurs du temps qui, dans sa sphère, a contribué, hélas! avec trop de talent, à saper les croyances honnêtes, je veux dire le duc de La Rochefoucauld qui, à la fin de la première Fronde*, publia un mémoire apologétique du prince de Marsillac, son fils, puis ses propres mémoires en 1662, et qui enfin, en 1665, fit paraître ses tristes Maocimes^ où vous voyez comme quoi Yintérét et Y amour-propre sont nos seuls mobiles.
Les Caractères de La Bruyère, tout en étant de la famille des Maximes^ sont empreints d'une tout autre philosophie.
Vauvenargues s'éloigna encore plus du système de La Rochefoucauld, et, malgré l'espèce de délire de la Régence, il osa dire : « Les grandes pensées viennent du cœur. »
De notre temps on s'est récrié, dans les salons de Paris, et on a eu raison, sur la démoralisation provoquée par les écrits de Balzac* , de Frédéric Soulié' et d'autres auteurs modernes. On a repro-