LA MORTE BU 31 DÉCEMBRE
Minuit va bientôt frapper à l'horloge du yiUage
désert. Au milieu du silence de la campagne , on marche lentement, car on enfonce jusqu'au genou dans la neige du triste hiver!... Les vents s'épuisent en longs soupirs.... Vieux sonneurs de l'église, apprétez-vous à balancer la lugubre cloche de minuit.
Marchez sans bruit, parlez bas.... nous avons là une pauvre malade; c'est notre année qui se meurt!
Vieille année, vieille année!... ah! ne mourez pas!
Je m'en souviens, vous êtes venue bien vite, jeune et brillante, avec le soleil qui grandissait à pas lents.... ^Depuis, nous avons vécu comme frères, comme inséparables; ne vous en allez pas!
Elle paraît ne plus m'entendre, elle s'éteint et ne verra plus l'aube matinale. Pour elle, plus de lumière des cieux, plus d'harmonie de la terre, plus de verdure des forêts, plus de soupirs de la mer, plus de parfums des fleurs , plus de concerts des anges!... Quelle amie je vais perdre là!
Pourquoi partir, vieille année? N'avons-nous pas vécu ensemble! N'as-tu pas connu mes douleurs et mes joies? suivi mes peines et mes plaisirs, et partagé avec moi les mystères de la vie?... Ne pars pas, reste avec moi.
Vous ne savez pas assez que cette vieille année était une fée joyeuse pour moi. Que de fois par sa
301 LA YIB CLtGANTB A PAEIS.
riante flgure elle a dissipé mes tristesses ^ comme pour d*autres elle les chassait par des rasades écumantes! Ohl le temps ne ramiènera pas son égale l
Déjà chacun en prend son parti.... Les oublieux ressemblent aux ingrats!... Mais pour moi, voyezvous, c'est encore une année amie.
Non, vieille année , tu ne mourras pas. Ensemble nous avons ri; ensemble nous avons pleuré! j'aurais presque envie de mourir avec toi, vieille année!
Qu'elle étût brillante de saillies, de plaisirs et d'amours!... quand dans le sanctuaire de chaume.... Mais adieu toutes ces belles folies, adieu aussi tous nos grands rêves! Tenei, regardez , voilà sa fiUe, son héritière, qui court à travers l'espace, qui perce la voie éthérée pour venir la voir mourir et s'as* seoir sur son trône.
Les étoiles brillent au ciel, la gelée est piquante; et des flammes inconnues traversent Fair comme des âmes fugitives.... Ajnis toujours joyeux, préparez-vous à saluer la nouvelle année, toute jeune, toute vivace, qui vient s'empara de son droit et régner sur le monde !
La vieille année respire à peine, les ombres vol-^ tigent çà et là; le grillon chante avec inquiétude, la lampe affaiblit sa lueur.... Le coq s'éveille pour répéter trois fois minuit! l'heure va sonner....
Donne-moi ta main avant de mourir, vieille année.... Ah! que je te regrette! Que puis-je faire encore pour toi, vieille amie? parle avant de mourir.
Ses traits s'amaigrissent et s'effacent , ce n'est plus qu'une ombre!... L'horloge a sonné, le coq a chanté!... Hélas! elle vient de passer, notre amie, fermons-lui les yeux. . . . Adieu , chère !
Laissez entrer celle qui attend à la porte.
Amis, voici le nouveau visage que vous attendiez ; elle paraît bien jeune, mais elle est souriante et nous tend la main; nouvelle année,' bonjour; voilà ma main.... tâche, comme ta mère, d'avoir le cœur!
ClQ^Cl^