DU BAPTÊME
L'Église a toujours des caractères sacrés dans ses fonctions. C'est la naissance de l'homme qu'elle sanctifie, c'est son mariage qu'elle bénit, c'est sa mort qu'elle consacre.
Beaucoup d'hommes se refusent à être parrains; c'est pourtant une noble fonction chrétienne. Ils invoquent plusieurs motifs : le premier, c'est l'ignorance de tout ce qu'ils auraient à faire à l'église
OU ailleurs; les autres raisons se divisent : c'est principalement la dépense que ce titre entraîne pour le présent et les obligations qu'il trace en quelque sorte pour l'avenir.
Je vais tâcher de vous rendre palpables toutes ces charges, et vous verrez qu'elles sont fort légères.
Lorsque vous serez certain du choix de votre aimable partner (comme on dit quelquefois), qui, autant que possible, est déjà de votre connaissance, vous allez à l'église de la circonscription de la commère pour régler le jour et l'heure du baptême soit de l'enfant nouveau-né, soit de la personne adulte qui se convertit. Après la cérémonie , vous passez à la sacristie pour signer l'acte, et vous laissez une bagatelle sur la table pour le clergé. Vous donnez après au bedeau, aux enfants de chœur, au suisse et aux pauvres. Toutes ces charges sont de peu d'importance.
En rentrant chez votre commère, que vous devez accompagner jusque chez elle, vous la remerciez d'avoir bien voulu vous accepter pour son confirpère.
Les deux dénominations sont un peu surannées; mais il n'y a pas moyen de ne pas s'en servir quelquefois, jusqu'à ce qu'on trouve mieux.
Là, me direz-vous, commencent les charges sé-
rieuses. Détrompez-vous. Toici comme la bomie compagnie entend aujourd'hui ces obligations pour le baptême, soit après la naissance, soit après une conversion.
Si Tenfant vient de nattre, vous donnez à la nourrice et à Taccouchée, si cette dernière est une femme de condition inférieure à la vôtre.
Si la convertie est adulte, vous ne donnez qu'à la marraine, qui, comme toutes les femmes qui se respectent, a été, dès le premier jour, trèsexplicite sur les charges du parrain, et a été audevant de l'histoire des gants qu'on donnait autrefois à sa commère. Une femme comme il faut achète ses gants et n'en reçoit pas d'un homme qui, une heure avant, lui était peut-être entièrement étranger. C'est surtout si votre commère occupe un rang dans la société, qu'il faut agir à cet égard avec beaucoup de réserve et de délicatesse.
En revenant donc, vous remercierez votre commère, et vous vous quitterez, suivant toutes les apparences, assez satisfaits l'un de l'autre.
Le lendemain, vous pouvez lui envoyer une jolie botte de bonbons fins. Je dis fins à dessein, car vous envoyez à la nourrice ou aux gens de ces dragées qui n'ont pas de nom, dans ces bottes qui n'ont pas de valeur.
Au jour de l'an suivant, vous devez une marque
DB L'£l£6ANG& £N PUBLIC. ' 311
d'àttdntion^ u& sourenir élégant à la personne qui a bien voulu contracter avec tous cette espèce de lion religieux^ qui tous charge moralement tous deuiE de Teiller à la destinée plus ou moins heureuse de l'être que voua aTes tenu sur les fonts baptismaux.
Voilà donc ee qu'on vous a dit être um toûteuse coroéêy réduit h sa pluâ naturelle expression. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, si le filleul ou la filleule se conduisent bien dans leur jeunesse, vous aVes le droite presque le devoir de les suivre, de les aider dans les voies honnêtes qu'ils parcourent.
Bt; llAtltÂGB.
Les mariages sont presque toiyours les produits du hasarda 6eux dont on parle avant les publications à la mairie sont des mariages manques, du moins très«généralement. Un mauvais plaisant, ami du eélibat^ a dit : « Les mariages les plus complètement heureux sont ceux qui ne se font pas. »
Passons au sérieux pratique des premières formalités et de la conclusion. Lorsque tout est convenu, le contrat rédigé et adopté par les parties, les publications habituelles terminées, on fixe le jour pour la cérémonie , qu'on a soin maintenant
de faire à une heure très-matinale pour éviter l'affluence des curieux, des désœuvrés, et aussi des coupeurs de bourses qui se glissent et font foule dans l'église et la sacristie, malgré la surveillance active des sergents de ville.
Pendant la cérémonie religieuse, où vous paraissez, soit comme acteur, soit conune témoin, ou comme spectateur, vous devez être attentif, silencieux, pénétré et respectueux. Vous êtes dans la maison de Dieu, soyez humble en toute chose.
Le règlement pour tous les frais de la cérémonie est fait d'avance entre le clergé et le futur ou celui qui le représente. Quant aux largesses aux pauvres, on se réserve ordinairement de les fabre soi-même, à la porte, en sortant de Féglise.
Gardez-vous, n'importe où vous serez, avant, pendant, ou après la cérémonie, de fabre la moindre allusion maligne, la moindre plaisanterie sur les mariés; c'est du plus mauvais ton.
Tout le martyre qu'on faisait endurer aux futurs, soit en prenant une heure publique pour la célébration, soit en donnant un grand dîner ou un grand souper et un bal après la cérémonie religieuse du mariage, a été réformé avec beaucoup d'autres gênes. On se lève de très-bonne heure, à dix heures on revient de l'église, à onze heures on déjeune en famille et avec les témoins. A deux
DE L'ËLËGâNGë en public. 313
heures tout le monde se retire, et le mari emmène sa femme en Chine ou à Saint-Gloud; personne ne s'en mêle et ne s'en occupe. Seulement les jeunes mariés profitent souvent de l'occasion pour aller voir le beau ciel d'Italie , et goûter là, bien réellement, la Iv/ne de miel. A leur retour, quelques mois après, ils vont ensemble faire visite à toutes leurs connaissances anciennes et nouvelles ; visites qu'on doit leur rendre dans la huitaine. Puis on ouvre sa maison, si on le veut et si on le peut.
Je ne traite pas, comme vous le voyez, la question de Y exposition universelle des nippes de la mariée. C'est aujourd'hui relégué dans le domaine des vanités puériles. Le spirituel baron Denon en avait déjà fait justice, en racontant un soir qu il avait trouvé l'exhibition du trousseau de Mile *** fort élégante, mais ses guimpes à la vierge trop décolletées, et ses chemises trop courtes.
Cependant, comme la vanité des gens riches aime les mises en scène, vous assisterez encore à bien des exhibitions de ce genre.
Il y a deux sortes de lettres de faire part pour le mariage. La première, qui s'adresse la veille ou Favant-veille, comprend l'invitation d'assister à la cérémonie religieuse. Elle est destinée aux amis et aux connaissances les plus intimes.
La seconde est l'avertissement banal du mariage
contracté. On l'envoie quelques jours après la célébration, et pendant que les mariés gagnent, à tire-d'aile, le pays des amours !...
Ceux qui reçoivent ces deux genres de lettres doivent toujours envoyer des cartes dans la hui« taine au domicile des nouveaux mariés ou cliez leurs parents.