‹ La vie élégante à ParisChapitre 68 sur 85 · DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA MORT

La mort arrive incessamment, puisque nous mourons un peu tous les jours; mais je n'ai pas à vous entretenir de ce sujet peu récréatif.

Je vous dirai seulement qu'il y a plus que du dédain à ne pas se rendre à la maison mortuaire, ou au moins à l'église, lorsque l'on a reçu une lettre spéciale pour assister à cette dernière et triste cérémonie; je vous rappellerai aussi que votre toilette doit être complète et sans pardessus de couleur. C'est manquer de convenance que d'en agir autrement, comme ce serait une impertinence que de suivre le convoi avec une figure souriante ou en faisant quelques plaisanteries.

Si vous avez été à la maison mortuaire, vous suivrez le corps à pied et tète nue jusqu'à l'église; et, au départ du temple pour le cimetière, veus suivrez en voiture.

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Préservez-vous (et préservez les autres) du discours sur la tombe !...

La Bruyère a écrit , peut-être trop philosophiquement : « Il faut rire avant d'être heureux, de peur de mourir sans avoir ri. » Je crois, moi, qu'au point de vue de la religion, il faut remplacer le mot rire par celui aimer. Être bon et aimer, sont des qualités que le monde en général ne se croit pas toujours obligé d'avoir ou d'admirer chez les autres. Il semble que toute qualité doive attirer un reproche et toute vertu un ridicule.

Pénelon a dit : « Il n'y a que les grands cœurs qui sachent combien il y a de gloire à être bon. » Ne faites trophée de rien, ni de l'amour, ni du dévouement, ni de l'abnégation. Celui qui se dévoue pour un autre doit le faire sans ostentation. Il doit être comme le matelot dans la tempête : ni l'un ni l'autre n'appelle le péril.,,, tous deux le bravent quand il arrive.

En matière de religion, croyez qu'il y a plus d'ignorants que d'incrédules.

Mme de Maintenon désirait faire catholique un fils naturel de son frère, M. d'Aubigné ; elle lui écrivait un jour: « Charles est un original, il ne sait pas croire. »

Que dirait-elle de nous, aujourd'hui que le hasard, le peut'-être, la fortune, sont nos seuls dieux, parce que nous ne savons pas croire?

Trois besoins urgents se dressent devant notre société moderne : Tun, de donner constamment un travail lucratif au peuple ; l'autre, d'augmenter les produits alimentaires du pays ; le troisième, de trouver un contre-poids aux appétits matériels qui dépravent la société. Il faut opposer à l'or les idées généreuses; aux mauvaises pensées, le travail; aux mauvaises actions, les vertus chrétiennes.

Enfin prions Dieu qu'il protège la France, et qu'il nous donne à tous, et en toutes choses, la croyance, cette grande tranquillité du cœur et de l'esprit !

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