UN MOT AUX VOYAGEURS
Lo travail qui suit n*est point sans lacunes.
En fait d'expéditions lointaines, en Afrique surtout, qui pourrait tout réglementer et tout prévoir ?
Il m*a fallu une expérience de plusieurs années pour équilibrer pratiquement cette liste, cependant encore rudimentaire, et pour appuyer, sur des données soigneusement contrôlées , les recommandations qu'elle comporte. Mais, tout modifiable que soit mon Vade-Mecum, j'ai la conviction que les voyageurs ne le consulteront point sans quelque fruit, avant de s'aventurer dans les quasi-solitudes du Continent Noir.
Afin de tout ramener à l'unité, je n'ai fait mention que de l'équipement et des provisions de route d'un seul Européen ; mais il est rare que les caravanes, pour Tintérieur, n'en comptent pas au moins deux, ne fût-ce que pour se suppléer, dans les cas probables d'indispositions ou de maladies.
Il faudra donc répéter autant de fois les provisions et les objets, spécialement affectés au voyageur- type, qu'il y aura d'Européens dans la caravane, et engager le nombre de porteurs supplémentaires nécessité par l'adjonction de leurs bagages particuliers.
Il reste entendu, aussi, que toutes les quantités peuvent être majorées ou minorées, et les divers articles de consommation remplacés par d'autres, suivant les habitudes nationales, les préférences et le tempérament particulier des Chefs de caravanes.
En premier examen, on sera peut-être surpris de la complication de vivres exigés pour un seul voyageur, alors que les
denrées agricoles, le bétail, les fruits et le gibier, abondent dans les districts habités. C*est qu'ils sont rares, les blancs, qui puissent, sans transition, passer de la forte nourriture européenne à l'alimentation presque exclusivement végétarienne des nègres de l'intérieur. Pour ce qui me concerne, je m'y suis fait assez vite, ainsi que Roger, et nous n'usion» guères plus de nos conserves, que lorsque nous avions à traiter quelque voyageur, ou à célébrer dignement les fêtes carillonnées.
Mon évaluation rigoureusCy d'une caravane de près de 220 hommes, chargés de bagages et d'armes, qu'il faut payer, habiller et nourrir pendant une année entière, ne se monte pas à moins de cent soixante mille francs, et encore, sous la réserve qu'elle ne compte qu'un seul Chef européen.
C'est énorme sur le papier. En réalité, il faut, pour s'en tenir étroitement à ce chiflfre, bénéficier presque de circonstances exceptionnelles.
Lorsque sir Gordon Bennett envoya Stanley à Ja recherche de Livingstone, la dépense prévue par le journaliste américain, préludant à ses voyages d'exploration, se bornait modestement à 2,500 livres (62,500 francs). De combien fut-elle dépassée, je l'ignore. Mais à cette époque, on pouvait encore voyager dans l'Afrique Orientale, sans sacrifices exorbitants. M. Bennett, d'ailleurs, ne s'arrêta pas même au devis optimiste de son reporter. — « Vous prendrez d'abord mille livres, se borna-t-il à lui dire: quand elles seront épuisées, vous ferez une traite d'un nouveau mille, puis d'un troisième, et ainsi de suite. Mais retrouvez Livingstone. »
L'argent, répandu à pleines mains, ne suffit pas, dans tous les cas, à vaincre les difficultés de ces longs exodes, au cours desquels le plus robuste porteur, doublé d'un soldat nègre armé, consomme lui-même la presque totalité de sa charge, Ainsi avons-nous vula caravane de Tipo Tipo, malgré son ivoire, arrêtée, en plein désert, par la famine, et perdant près du tiers de son personnel.
Lorsqu'en 1885,je fus envoyé pour la seconde fois en Afrique, accompagné de MM. Durutte, Dubois, Dhanis et MoUeur, les districts de l'intérieur, jusqu'à la Mrima, pourtant assez facile-
ment ravitaillée, étaient éprouvés par une effroyable disette. Les hommes émigraient par centaines, et aucune caravane n'aurait osé se risquer dans des régions oii les vivres avaient quintuplé de prix. Nos Pagazis n'auraient pu transporter des étoffes en assez forte quantité, pour se nourrir même jusqu'à Tabora, où Ton renouvelle ses marchandises. J'ai vu des négresses, venues de BagamoyOy présenter leurs enfants en vente, pour trois, deux et même pour une roupie! Forcément, l'expédition dut être indéfiniment remise, comme il appert d'une lettre do sir John Kirk, consul d'Angleterre à Zanzibar, dont je tenais à rapporter en Europe le témoignage autorisé.
Pour la facilité du lecteur, j'ai divisé mon travail en chapitres spéciaux. Tout s'y trouve classé logiquement, d'après mes carnets d'Afrique, renseignant les moindres achats. Puissent ces renseignements épargner, à ceux qui auraient à affronter, à leur tour, les pièges et les hasards du Continent Mystérieux, une partie des déboires que nous n'avons pas toujours pu éviter nous-mêmes, faute d'un guide pratique dans le genre de celui que j'ai entrepris de drosser.
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VADE-MEGUM
DU
Organisation d'une caravane de 200 hommes et de 100 fusils
(quantités minima, pour une année de séjour.)