Y. — RÉPARTITIQN DES CHARGES, EMBALLAGES, ETC
Dans le chapitre spécial, traitant du personnel ordinaire d'une caravane — autre que les caravanes arabes, composées souvent exclusivement d'esclaves, à la lois soldats, porteurs, ouvriers et agriculteurs,— nous avons caractérisé les deux races avec lesquelles ont affaire les voyageurs européens, et dont il s'agit de tirer le meilleur parti possible.
Aux Zanzibarites, engagés surtout comme soldats, le bagage le moins lourd, le plus aisé à déballer et qui s'allège au fur et à mesure de la marche, de façon à ce qu'ils arrivent presque les mains vides à l'entrée des Poris, où il peut s'agir de faire le coup de feu, et complètement délestés à Tabora, sauf, toutefois, les hommes de confiance, chargés du matériel de route, de la batterie de cuisine, etc.
Les Oua-Nyamouézis, eux, préfèrent traîner jusqu'au bout leur pesant fardeau, plutôt que d'avoir l'ennui de le déficeler et de le reficeler à chaque étape. Qui plus est, il y aurait quelque danger a les exposer aux tentations de ce déballage perpétuel. C'est, en effet, au milieu des marchandises de réserve, à eux confiées, que les Arabes, en gens pratiques, ont imaginé de placer le prix du salaire de leurs porteurs à gages. Aussi, il faut voir avec quel soin le Mnyamouézi, après avoir choisi un ballot approprié à sa force, travaille h le rendre plus portatif, de façon à grossir encore sa charge. Il met deux jours à ficeler le précieux ballot, recouvert d'upe natte (1) et qu'il revêt de son cccket personnel. S'il était obligé de l'ouvrir et de le refermer en route, cette opération lui prendrait au moins une couple d'heures. Et puis, il ne faut point tenter le diable. Si les Pagazis de l'intérieur s'enfuient rarement avec leur ballot, de crainte, peut-être, d'être pillés en route par les Rougas-Rougas, et, très certainement, de ne plus trouver à s'engager après cet abus de confiance, ils considèrent comme leur propriété les étoffes à eux remises conditionnelleraent. Aussi, pour ne pas s'exposer à les voir, dans le voisinage de leurs districts, déserter en emportant les dites étoffes, restées dans leur ballot amoindri, leur défend-on rigoureusement de l'ouvrir. Et leur fuite serait certainement le signal de celle des Askaris, requis pour le transport des colis laissés en souffrance.
On confiera donc, aux seuls Askaris, pour alléger leurs charges, et les mettre à même de mieux remplir leur office de soldat :
1® Les marchandises de Pôsho, de Hongo et d'échange courant ;
2' Les provisions de bouche (pour les voyageurs européens\ la batterie de cuisine et le service de table, les objets de campement et de literie d'usage courant, les objets de précision et la pharmacie por-
(1) Il serait bon de doubler encore cette natt?, à rintérieur, d'une toile cirée, en vue des pluies, des inondations et des chutes dans les cours d'eaux, traversés à gué ou sur des ponts vacillants.
tativo; enfin, une partie des objet? d'habillement, do toilette, d'hygiêno et de lournitures de bureau .
Les coriaces Oua-Nyamouézis, eux, seront chargés, pour ne pas devoir ouvrir à chaque instant leurs ballots :
1<^ Des marchandises, des munitions, des provisions, dos objets de toilette, des médicaments, des livres de réserve, etc. ;
20 De l'outillage ne devant être employé que dans les stations, des semences, etc.
Pour ramener à 100 le nombre des Zanzibarites, grossi de 10 Akidas, on pourrait confier, toutefois, une partie des provisions, des marchandises et du matériel de campagne à des Oua-Nyamouézis, ayant déjà fait partie de caravanes européennes. Du reste, dans cette question, comme eu bien d'autres, c'est a l'expérience personnelle du voyageur à faire fléchir la règle. Des rapports des Blancs avec les gens de l'es- Qorte et les porteurs, ressortent suffisamment les aptitudes spéciales de ces derniers, et la nature des services qu'on peut réclamer d'eux.
Bien que la charge normale des porteurs soit de 70 livres anglaises, il s'en faut qu'on puisse leur imposer ce poids en marchandises. Il faut compter, en effet, avec l'emballage, parfois très lourd, et sur le petit matériel qu'à défaut de famille les Oua-Nyamouézis traînent avec eux. Une charge de 48 livres niarcliandises^ ou tout au plus de 30 kilos, est donc tout ce qu'on peut exiger des Oua-Nyamouézis, et 20 des Zanzibarites. Quant aux Pagazis qui en transportent le double ou le triple, ils sont naturellement dédommagés par des augmentations de salaire et de Posho. Bon nom))re de nos porteurs cheminaient parfaitement avec une charge de 12 pièces de Satini, soit 105 livres, et j'en ai connu un qui allait jusqu'à 4 frasillas, plus de 70 kilos, sans préjudice d'une certaine quantité de céréales de réserve, pour la traversée des régions dévastées par la guerre ou par la famine. Cette disproportion doit faire rejeter, par conséquent, les types uniformes de caisses et de ballots.
Mulheureusement, les nègres ont une propension à porter lescaisses, le couvercle snr l'épaule. Ainsi font parfois aussi nos commissionnaires, lorsqu'ils n'ont point un camarade pour les aider à soulever leur fardeau. Saisissant les colis des deux mains, ÏU les font naturellement basculer, et comme nous avons l'habitude de régler nos emballages de fa^^on à ce que les plus gros objets se trouvent au-dessous, il s'ensuit un méli-mélo général, dans lequel on ne se retrouve plus, et qui a pour résultat de nombreuses détériorations d'objets fragiles ou délicats.
Pour obvier à cette manœuvre à rebours, le capitaine Storms avait imaginé un système de caisses, à fond arrondi et à couvercle pourvu de bords droits et tranchants. Entre les deux, le. . . cuir du Pagazi ne balance pas. Il préfère, naturellement, la surface légèrement ondulée, d'un port facile, à celle qui lui meurtrit cruellement l'épaule. Ce moyen original mérite d'être signalé aux futurs explorateurs.
Les vêtements, et tous les objets d'équipement qui craignent Thumidite, ou ce qu'on appelle vulgairement la casse, doivent être emballés dans des caisses en tôle, se fermant hermétiquement au moyen de bandes de cuir ou de caoutchouc, ménagées entre les parois supérieures et le couvercle. Les ballots sont, en effet, empilés assez arbitrairement, àTarrivée dans les Cambis, et môme, dans la tente, sont sujets à se trouver inondés, en temps de Massika.
Môme observation pour les objets de toiliette et d'habillement.
Les cartouches seront classées dans de longues boites en fer-blanc, doublées d'une caisse en bois, au couvercle maintenu seulement par quelques vis. Quant à Tenveloppe de métal, on se borne à l'entamer au moyen d'un vulgaire couteau à sardines.
Renfermer les conserves , d'emploi quotidien , dans une caisse de bois peint, revôtue de numéros et de marques de couleur différente.
Les menus objets de campement peuvent combler les vides des paniers contenant la batterie de cuisine et le service de table.
Les couvertures seront roulées dans un sac de caoutchouc, à fond plat, de 1 mètre 50 de hauteur sur 40 centimètres de diamètre.
Le transport de la tente requiert l'emploi de 2 ou 3 porteurs, suivant qu'elle est parfaitement sèche ou détrempée par les pluies.
Comme nous le recommandons plus loin, il serait désirable que tous les mécUcamenfs, indépendamment des appareils et des produits photographiques, tinssent dans une seule boîte à compartiments. Mais cela n'est pas toujours possible, lorsqu'on est chargé, par exemple, d'établir une Station, et que, par conséquent, on est exposé à servir de médecin (de sorcier) aux îiourgsdu voisinage, éprouvés par quelque épidémie. Il faudra donc réunir l'indispensable dans sa pharmacie portative,et caser le reste, parmi les objets de réserve, les vêtements, par exemple, dans une caisse facilement reconnaissable.
Les instruments de précision et les fournitures de bureau se marient très bien. Rien n'empôchede les emballer, au mieux, dans des caisses d'un format unique, et plus que jamais à l'abri de l'humidité.
L'outillage, proprement dit, n'étant guères employé que dans les Stations, peut être renfermé dans des caisses de bois à couvercle vissé. Il faudra, cependant, réserver les outils dont on pourrait avoir besoin pendant la route, et les faire porter par des Askaris.
Les graines et semences doivent faire l'objet de soins particuliers. On sait que, trop voisines les unes des autres, elles peuvent perdre, en se neutralisant, une partie de leurs qualités d'acclimatation. Il conviendra donc de les soigneusement isoler.
Jusquà présent le transport de la poudre, par barillets de dix livres, a offert de grands inconvénients. Parfois, les douves se disjoignent. Il faudrait songer à établir un type de caisse, à la fois solide, étanche et portative, qui rendrait les plus grands services aux caravanes un peu fortes.
Ce (jui vaudrait peut être encore mieux, ce serait d'enfermer la poudre dans des bonbonnes, clissées d'osier, de la contenance d'une quin-
zaine de litres, et portées, deux par deux, aux extrémités d'une barre, en forme de picoulan javanais. Cette disposition aurait encore l'avantage de cacher aux Sultans de l'intérieur, les quantités de poudre, sur laquelle ils exigent les plus forts Hongos, et dont ils réclament avidement leur part, tandis qu'ils ne demandent rien pour le transport des liquides. Et comme les porteurs ignorent le plus souvent eux-mêmes la nature de leurs charges, il n'y aurait pas d'indiscrétions à craindre de leur part.
Outre la liste générale des caisses ou des ballots de marchandises, d'objets d'équipement et de provisions de bouche, établie par ordre alphabétique d'après leur contenu, il est urgent de dresser un invent aihb DÉTAILLÉ de toutes les caisses numérotées, avec le nom de l'Akida ou du Nyampara de brigade, responsable des diflérents groupes de porteurs.
On fera bien aussi de teinter, de couleurs ou de marques particulières, los différentes catégories de marchandises, et de ne recourir à de nouveaux colis que pour autant que les ballots entamés soient déjà épuisés ou près de l'être.
Par conséquent, il faudra tenir soigneusement note des quantités distraites et veiller à ce que les caisses, d'usage courant, portées par des hommes de confiance — d'ailleurs enchantés de voir diminuer chaque jour leur charge, — soient mises au sec et à l'étal, aussitôt arrivées au lieu de campement.