CHAPITRE V
réussit pas, à user à propos du grand argument employé dans les pantomimes foraines. Cette démonstration frappante n'est jamais prise en mauvaise part lorsqu'elle est accompagnée d'un gros quolibet dans le goût du terroir.
Nous avons mis au rancart le gilet à poches, fermé sur le devant, trouvant absurde de nous surchauffer la poitrine, au détriment du dos qui, par réaction, est d'autant plus disposé aux refroidissements. Nous nous sommes également débarrassés de nos fusils et de notre matériel de bureau portés par nos blackboys.
La caravane serpente à travers le val, entre de belles prairies naturelles et gravit la pente douce; l'avant-garde, fifre et tambours en tête, disparaît bientôt à nos yeux derrière l'horizon de verdure.
A une lieue environ de Bighiro,sur le côté gaucho du soutier, S3 présente un objet véritablement hideux. C'est le cadavre d'un honune pendu par les pieds à une branche de tamarinier et maintenu, dans la position oblique, au moyen d'une cordi3 nouée autour du cou et accrochée à un arbre voisin. Des miUions de fourmis se sont emparées de la dépouille doublement sinistre, déjà à moitié dévorée. Je glisse et manque da tomber sur un objet gluant que je reconnais être la main du cadavre, coupée net et jetée au milieu de la route. Daïmo, mon domestique, qui a pris langue dans le pays, explique à M. Sergère que le supplicié n'est autre que le sorcier en titre de Bighiro, rendu responsable de la mort du Chef. Chaque tribu a ainsi son Mganga, personnage influent, toujours consulté dans les questions de justice. C'est lui qui découvre les voleurs et les meurtriers au moyen de breuvages soi-disant magiques et, en réalité, simplement empoisonnés. Le coupable en meurt et l'innocent on réchappe, ce qui fait supposer que le rusé fonctionnaire se laisse volontiers circonvenir, graduant le toxique révélateur d'après S3S soupçons particuliers, ses rancunes ou ses intérêts. Pour ces peuplades grossières, dont les seules idées religieuses se composent de farouches superstitions, le mauvais gré est la cause des maux et des accidents les plus vulgaires. La mort naturelle d'un indigène notable, attribuée aux maléfices d'un ou de plusieurs sorciers marrons {Tchaouis), réclame vengeance. Le Mganja désigne le ou les coupables qui sont pendus, brûlé:^ ou
par quatre jours d'entretien. Les Pagazis sont chargés des gros bagages, ballots de Mérikani, do Satinî, d3 perles, etc., auxquels on fera plus tard de larges saignées pour acquitter les Hongos, réclamés par les moindres chefs d'au delà de la Mission Anglaise de Mpouapoua, établie sur les confins de l'Ou-Gogo. Ils portent encore des marchandises et des provisions de réserve qui nous seront nécessaires à Karéma,en attendant la caravane de la C*® Sewa-Sergère.
Les apprêts du départ nous réveillent, et nous voyons partir nos hommes, leur Kirongozi en tête, sans aucune des bruyantes démonstrations que les gens armés de Tescorte croient de nature à rehausser leur caractère martial.
Ces derniers sont presque au complet lorsque le jour se lève. Les autres nous rejoindront en route. Pour les remplacer provisoirement, Saïd-bin-Salem, notre Akida en chef, recrute quelques Gombozis, porteurs indigènes engagés pour une ou plusieurs étapes, aux fixais des retardataires.
— Notre premier repas est simple. Café et biscuit, riz cuit à Teau et sucré au miel, ou bien encore qu3lqu3 léger morceau de viande. On ne se départira point de cet ordinaire, conforms aux lois de la prudence. L'escorte, elle, n3 prend généralement rien jusqu'à l'étape. Notre gourde, remplie d'eau mélangée de café, nous donnons, vers sept heures et demie, le signal du départ. (Malgré cette précaution il est bon de s'habituer courageusement à lutter contre la soif et d'éviter tout ce qui pourrait la provoquer. Un simple caillou, une herbe mâchée suffisent à entretenir la salivation et à diminuer la sensation de soif, do moins en moins persistante).
Le pays continue à être fort giboyeux. Gaz3ll3s et antilopes s'élancent des halliers à notre approche et égaient I3 site africain de leurs gracieuses évolutions. Les arbres sont pleins (Vécureuils.
Au lieu de cheminer de compagnie, comm3 avant Bighiro, nous avons pris notre rang respectif, M. de Leu à Tavant-garde, le capitaine Ramaeckers et M. De M3use au centre et moi, fermant la marche avec M. Ssrgère, auquel sa connaissance parfaite du Ki-Souahili a fait préférer ce poste. Mon compagnon s'entend fort bien à stimuler les indolents et, lorsque la p3rsuasion ne lui