‹ La vie en chansonsChapitre 1 sur 97 · LE MEURTRE DE POLICHINELLE · texte numérisé non relu

LE MEURTRE DE POLICHINELLE

Le petit Paul étant bien sage, Un jour son papa lui fit don Pour les loisirs de son jeune âge, D"un polichinelle en carton, Possédant un visage énorme, Agrémenté d'un nez difforme.

Sur lequel se donnaient la main Le bleu, le rose, le carmin.

.Mais, avec la brosse au cirage,

I n matin, le jeune écolier

Lui barbouilla son beau visage.

Le lui cira comme un soulier.

De cette action criminelle.

II advint que Polichinelle,

Le bon vivant au teint rougeaud, Devint plus noir qu'un moricaud.

Mieux valait son enluminure, Son nez fleuri comme un bouquet!

Et, pour lui laver la figure, Paul le plongea dans un baquet.

Mais c'était achever son crime, Car le pantin, pauvre victime Que le savon nettoya trop, En sortit plus blanc,que Pierrot.

Hé! hé, dit Paul, comme il est pâle, « Aurais-je été son assassin ? »

L'enveloppant dans un vieux châle, Il alla voir un médecin.

Celui-ci, le sieur Mistenflûtes, Réfléchit pendant vingt minutes, Se gratta, se moucha très fort Et... déclara qu'il était mort.

On l'enterra près d'un vieil arbre.

Il dort à l'ombre des ormeaux.

Couché sous un morceau de marbre Sur lequel on grava ces mots :

« Dans cette retraite éternelle, » Ci-gît monsieur Polichinelle; » Vers d'autres cieux son âme a fui : » Petits oiseaux, priez pour lui. »

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