LES DEUX JARDINS
Dans une campagne prospère.
L'n vieux fermier était le père De deux enfants : Paul et Gaston, Les deux plus gentils du canton.
Pour voir quel serait le plus sage.
A chacun d'eux un beau matin Il donna, dans le voisinage, Un petit carré de jardin.
Le jeune Paul, avec courage, Aussitôt se mit à l'ouvrage, Du jour devançant le réveil, A chacun demandant conseil; Et, quand la saison printannière Exhalasses douces senteurs, Prix de sa peine journalière, Son jardin fut rempli de fleurs.
Sans prendre exemple sur son frère.
Gaston, lui, fit tout le contraire.
Chaque jour, pendant plusieurs mois, Il courut les champs et les bois, Occupant sa jeune cervelle Avec des riens et des joujoux, Et, quand vint la saison nouvelle, Son jardin fut plein de cailloux.
Alors, pâlissant de colère, Il s'en alla trouver son père Et pleura fort en lui disant :
« Père, vous m'avez fait présent D'une terre inculte et sauvage Où par les vers tout est rongé.
Ah! pourquoi vous si bon, si sage, M'avez-vous si mal partagé? »
Et son père lui dit : « Ecoute, J'ai vu ton jardin, sur ma route; Il est laid; mais, l*as-tu bêché, Labouré, hersé, défriché, Préservé de là sécheresse, Ainsi que Paul fit pour le sien ?
Mon fils, accuse ta paresse :
Sans le travail, on n'obtient rien. »
A Madame M. Lapérer.