‹ La vie en chansonsChapitre 13 sur 97 · CHANSON POUR ELLE · texte numérisé non relu

CHANSON POUR ELLE

Quand de son carton, le dimanche, Tu sors ton bonnet le plus beau.

Tout garni de dentelle blanche.

Cent fois plus joli qu'un chapeau ; Quand sur ta tète je le pose.

J'admire ses rubans moirés Et je crois voir sur une rose Une pâquerette des prés.

Lorsque tu mets, ô ma Lisette !

Tes deux bras autour de mon cou*

Réclamant certaine amusette

Qui, de bonheur, me rendra fou;

Quand dans le mien ton cœur s'épanche,

A ces instants délicieux.

Je vois le désir qui se penche

A la fenêtre de tes veux.

Parfois, je vois plus d'une larme Couler sur ton minois mutin, Ainsi que sur la fleur de Parme Tombe la rosée au matin; En perlant ta gorge d'ivoire, Ces pleurs, vois-tu, me font bien mal. Et, pourtant, je voudrais les boire Dans un calice de cristal.

Dans le calme de ma mansarde, Lorsque je veille et que tu dors, Avec amour je te regarde, Agenouillé près de ton corps.

Emporté par ma rêverie, Je quitte ce séjour mortel Et, devant ta beauté, je prie, Comme on prie au pied d'un autel.

Tu te souviens de ces fleurettes Qui parfumaient notre grenier?

Ne sont-elles pas, les pauvrettes, Mortes quand vint l'hiver dernier.

Ainsi tout meurt dans la nature, Ton amour même doit finir, Et mon cœur est à la torture Lorsque tu parles d'avenir!

A Gustave Sadaud.

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