‹ La vie en chansonsChapitre 25 sur 97 · L'ARBRE VOLÉ · texte numérisé non relu

L'ARBRE VOLÉ

GENRE VAUNEL

Elle était drôle cette histoire d'arbre volé que racontait souvent un de mes vieux amis. Il la détaillait avec une verve cocasse que je vais essayer de vous rendre :

C'était durant le siège de Paris. Un obus avait déraciné un petit arbre planté devant la porte de ma demeure et, depuis deux jours, je nourrissais le dessein de le monter chez moi pour me faire du feu.

Un matin qu'il faisait un froid à faire éclore des carafes frappées, je plaçai l'arbre sur mon épaule et je le montai jusqu'au sixième étage.

Il tenait toute la largeur de ma chambre. D'un trait de scie, je le divisai en deux parties égales. J'avais à peine eu le temps de balayer la sciure qu'une rumeur m'arriva par la cage de l'escalier.

— C'est là-haut! au sixième, l'arbre n'est pas^à lui, à bas 1' voleur !

Bigre ! me dis-je, je vais être forcé de rendre l'arbre. Je plaçai les deux morceaux perpendiculairement dans une armoire obscure et profonde et j'allai ouvrir.

Je vis entrer quatre hommes et un caporal.

— Halte ! à gauche, front !

— Ah! ça, dites-donc, vous, l'homme; il paraîtrait que vous avez volé z-un arbre ?

— Moi. mon caporal? un arbre? ça ne tiendrait pas dans la largeur de la chambre: et puis ce n'est pas un cure-dents, je ne le cache pas dans le coin de ma bouche.

— Vous pourriez bien avoir raison. Vous vous êtes trompés, citoyens, cet homme n'a rien volé ! Attention ! par le flanc droit, en avant, arche !

Lorsqu'on n'entendit plus le bruit de leurs pas sur le bitume, j'ouvris la porte de mon armoire et je m'apprêtai à sortir l'arbre, lorsqu'un bruit de pas ébranla l'escalier. Je n'eus que le temps de refermer l'armoire et d'aller ouvrir.

C'était un sergent à la tète d'une section.

— Section, halte ! à gauche, front !

— Ah ça! dites-donc, vous, l'homme: il paraîtrait que vous avez volé z-un arbre ?

— Moi, mon sergent? z-un arbre? Ça ne tiendrait pas dans la largeur de la chambre. Et puis, ce n'est pas une allumette, je ne l'ai pas dans ma poche.

— Taisez-vous! nous allons perquisitionner. Là-dessus, il regarde dans mon lit, il regarde dans

ma table de nuit, il regarde dans mes bottes... Il ne trouve pas l'arbre. Furieux, le sergent commande à ses hommes :

— Par le flanc droit, en avant, arche ! Lorsqu'on n'entendit plus le bruit de leurs pas sur

le bitume, j'ouvris la porte de mon armoire et je m'apprêtai à sortir l'arbre , lorsqu'un bruit de pas ébranla l'escalier. Je n'eus que le temps de refermer l'armoire et d'aller ouvrir.

6i l'apbre volé

C'était un capitaine à la tète d'une compagnie.

— Compagnie, halte! à gauche, front!

— Ah ça! dites-donc. vous, l'homme: il paraîtrait que vous avez volé un arbre ?

— Moi. mon capitaine?... Un arbre?... Ça ne tiendrait pas dans la largeur de la chambre ! Et puis, je ne l'ai pas avalé votre arbre: il m'en sortirait bien une branche par

— Taisez-vous!... Fouillez-moi c't'homme là!

Là-dessus, ils fouillent dans mes poches, ils fouillent dans mon gousset, ils regardent dans le boîtier de ma montre ; ils ne trouvent pas l'arbre.

Furieux, le capitaine commande à ses hommes :

— Par le flanc droit, en avant !... arche ! ! Lorsqu'on n'entendit plus le bruit de leurs pas sur

le bitume, j'ouvris la porte de mon armoire et je m'apprêtai à sortir l'arbre, lorsqu'un bruit de pas ébranla les marches de l'escalier. Je n'eus que le temps de refermer l'armoire et d'aller ouvrir.

C'était le colonel à la tète du régiment; il avait échelonné ses hommes en tirailleurs dans la cour et sur les marches de l'escalier.

Cette fois, le colonel entra seul.

— Ah ça! dites-donc. vous, l'homme; il paraîtrait que vous avez volé un arbre, vous ?

Je regardai la figure du colonel: il avait ce qu'on appelle une bonne bille. Je me posai carrément devant lui, et je lui dis :

— Eh bien ! oui. je l'ai volé ! Et puis, après?

— Ah ça! mille millions de bon Dieu! de nom de Dieu ! voilà une heure qu'on vous Y demande, et vous ne le dites pas?... Vous l'avez? Eh bien, gardez-le!...

— Attention!... Par le flanc droit, en avant!... arche ! !

Page 1