LA BRETELLE DU NOTAIRE
GENRE CAUDIEIX
S"lon la noble coutume, Un" petit' brune, un soir, Arpentait le bitume, A l'angle d'un trottoir.
Baladant son corps sans homme,
Elle opinait du chignon,
Quand, sur un' pelur' de pomme,
Trébucha son pied mignon.
(A Paris, pour les homm's mûrs.
Les trottoirs ne sont pas sûrs).
.Mais un grave notaire
Passait tout à côté ;
Au lieu d' tomber par terre,
Avec habileté, Juste au cou du vieux satrape, Et dans un fol abandon, La petite se rattrape En lui demandant pardon.
(A Paris, pour les homm's murs, Les trottoirs ne sont pas si;
— Faut-il que je sois buse, Lui dit-elle aussitôt,
Car j'ai, si je n' m'abuse, Fait craquer vot' pal"tot?
— Bah ! c'est une bagatelle, Répondit, alors, le vieux, Je crois c'pendant qu' ma bretelle Vient de se casser en deux.
(A Paris, pour les homm's mûrs Les trottoirs ne sont pas sûrs.)
Sacristi ! ma culotte Va m' tomber sur les g'noux Qu'est-c' que dira Charlotte Quand j' rentrerai chez nous?
Puis, comprenez qu'il me coûte De faire un quart d'heur' de ch'min En tenant, tout Y long d' la route, Mon douz' cinquante à la main.
(A Paris, pour les homm's mûrs, Les trottoirs ne sont pas sûrs.)
— Ah! qu'il me désespère.
Ce fâcheux accident !
Contre moi, mon p'tit père Tu vas avoir un' dent.
Mais cess' de t' fair' de la bile De te ronger les deux poings Viens jusqu'à mon domicile Là. je te ferai deux points.
(A Paris, pour les homm's mûrs, Les trottoirs ne sont pas sûrs.)