‹ La vie en chansonsChapitre 42 sur 97 · LES AUTRES · texte numérisé non relu

LES AUTRES

Ce que l'ouvrier a semé, C'est le patron qui le récolte.

Et de l'éternel opprimé.

Que de fois l'esprit se révolte; .Mais toujours le besoin d'argent Est là pour le rendre docile, Et l'on voit l'homme intelligent Gagner le pain d'un imbécile.

Combien de crétins ici-bas.

Du capital fervents apôtres, Sans se douter qu'ils n'en ont pas, Se servent de l'esprit des autres.

J'ai mainte et mainte fois jugé Que, sous ce fard : l'Hypocrisie.

Nous avions tous le coeur rongé Par ce chancre : la Jalousie.

Pourquoi nous entredédaigner?

Nos mains sont faites pour se tendre Et non pas pour égratigner.

Amis, sachons mieux nous entendre:

Sous les plis d'un même drapeau, Que tout citoyen soit des nôtres, Car cela serait grand et beau, $i Ton s'aimait les uns les autres!

.4» citoyen Eug. Châtelain.

A SAIXT-SULPICE

Sans être un buveur d'eau bénite Et rien moins que dévot fervent, On me voit faire une visite ASaint-Sulpice très souvent. J'aime ce lieu cdme où résonne Le bruit des pas heurtant le sol, Avec un écho monotone Et triste comme un la bémol.

Pour rêver l'endroit est propice, Et. délaissant les oraisons, Moi, je compose des chansons.

Lorsque je vais à Saint-Sulpice.

Je m'assieds, la messe commence, Les orgues aux puissants accords Font tressaillir la nef immense Par leurs harmonieux transports ; Puis vibre la voix argentine Du soliste, jeune marmot, Qui mâche une strophe latine Dont je ne peux saisir un mot ;

Oubliant le prêtre et l'office, Je me crois au café concert, Et cherche le garçon qui sert, Lorsque je suis dans Saint-Sulpice.

Ayant l'air d'écouter la messe, La fillette à quelque farceur Fait une amoureuse promesse Et de l'ouvrage au confesseur.

Celui-ci que le diable tente, Après tout, n'en est pas fâché, Il sait bien que sa pénitente Viendra lui conter son péché.

L'esprit toujours à la malice, Etant donné ce que j'y vois, Je trouve des sujets grivois.

Lorsque j'observe à Saint-Sulpice.

A SAINT-Sn.PICE I I I

Bien qu'ils aient été moralistes, Et par conséquent radoteurs, Je veux, dans les Evangélistes, Ne voir que des littérateurs.

Or avec eux je m'accommode.

Car de leur temps ces bons garçons, Si la chose eût été de mode, Eussent très bien fait des chansons ;

Ils eussent blagué la police Et les cagots, dans leurs refrains.

Bref! je vois en eux des copains, Lorsque je rime à Saint-Sulpice.

Quand le prêtre qui moralise Se donne des airs triomphants, Je ris en pensant que l'Eglise Adore les petits enfants.

Elle gouverne les familles, Et c'est, ma foi, tant pis pour nous, Car ce ne sont pas que des tilles Qu'elle élève sur ses genoux.

Oui, n'ignorant point que le vice Loge au séminaire en garni, Je pense à monsieur Germinv.

Lorsque j'écoute à Saint-Sulpice.

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