POLICHINELLE EST ENTERRÉ
Oiselets qui chantez sans cesse, Aujourd'hui babillez moins fort :
Monsieur Polichinelle est mort!
Versez des larmes de tristesse, Entonnez-le « dies irae » :
Polichinelle est enterré!
Lorsqu'il dormait sous la tonnelle, Son nez aux reflets de rubis, Emergeant de ses beaux habits, Avait Tair d'une fleur nouvelle; Et plus d'un léger papillon, S'arrêtant dans sa course folle, Le prenait pour une corolle De coquelicot vermillon.
Pour vous, pendant l'hiver atroce, Sur la neige il éparpillait Du chénevis et du millet, Dont il se garnissait la bosse.
Alors, comme aux jours de printemps, Vous chantiez de votre voix franche, Et lui, saisissant une branche, Battait la mesure à trois temps.
Mais il est mort d'un coup de batte Qu'il a reçu d'un arlequin.
Si vous rencontrez le faquin, Oiselets, montrez-lui la patte, Car il vous prive, à mon avis.
D'un bon professeur de solfège Qui ne viendra plus sur la neige, Vous égrener du chénevis.
Plus tard, quand la saison bénie Aura fleuri l'herbe des champs, Retrouvant leur douce harmonie, Vous exprimerez dans vos chants Votre peine à Polichinelle; Et, de nouveau vous caressant, L'ombre de sa bosse, en passant, Frôlera le bout de votre aile.
Oiselets, qui chantez sans cesse, Aujourd'hui babillez moins fort; MonsieurTolichinelle est mort!
Versez des larmes de tristesse, Entonnez le « dies irœ » :
Polichinelle est enterré!