EMBRASSONS-NOUS MON GENDRE
LE BEAU-PERE
A seul' fin que j' t' en cont' trois mots,
Viens ici. bon à pendre.
Quand verrai-je cesser les maux
Que ta conduite engendre?
Contre moi tes tours clandestins
Excit' la populace, Tu s'ras cause, un d' ces quat' matins,
De la pert' de ma place.
LE GENDRE
De quoi, j' te conseill', vieux rasoir,
D'oser parler des autres, Tyran qui, du matin au soir.
Sur un billard te vautres.
Pour un homm' de ta condition,
C'est être assez volage, Tu vendrais la Constitution
Pour un carambolage.
LE BEAU-PERE
Quand j' donne, avec mon pauvre argent,
Un bal à l'Elysée, Toi qui t' prétends intelligent
Et d'un' natur rusée, Tu fais exprès de t' déhancher,
Pour échauffer ma bile; Tu t' crois toujours entrain d' guincher
Sous les palmiers d' Mabille.
LE GENDRE
Toi, tu vois la paill' du voisin
Quand dans l'oeil t'as un' poutre :
Au bal, t'as l'air d'un argousin
Enfermé dans une outre.
Malgré les partis déchaînés,
Moi, Y suis un honnête homme, Et tout' les fois qu' tu t' piques 1' nez,
Je n' vais pas Y dire à Rome.
LE BEAU-PERE
Tu t' conduis comme un vrai forban,
T'es caus' d'un tas d'histoires, Tu vends des mètres de ruban
A des prix dérisoires; Tu trafiqu' sur n'importe quoi,
Tu fais d' la politique En un mot, le Pays pour toi
N'est qu'un' vaste boutique.