LETTRE D'UN ROSSIGNOL A M. GRÉVY
Monsieur Grévy. je prends la plume Et vous écris ce petit mot.
Dans l'espoir que sans amertume Vous me répondrez au plus tôt.
Je suis un rossignol poète, J'habite au bois un entresol.
Occupant mes loisirs de bête A gazouiller en ut, en 50/.
C'est pour vous faire des reproches Que j'interromps mon joyeux chant Ma lettre attendrira des roches Et vous montrera bien méchant
Je chantais sous les églantines, Hier, lorsqu'un petit lapin, Qu'avaient blessé vos chevrotines, Vint s'abattre au pied d'un sapin.
Maîtrisant sa douleur atroce, Le pauvre animal me jura Que vous étiez le plus féroce Des chasseurs ventrus du Jura.
Puis il m'énuméra vos crimes :
Les lapins occis au tiré, Et j'ai moins accouplé de rimes Que vous n'en avez massacré.
En un mot, votre carabine (C'est malheureusement trop vrai ) Devient, parmi la gent lapine, La terreur de Mont-sous- Vaudrev.
Pourquoi causer cette panique ?
Pour le seul plaisir de viser?
Alors, un lapin mécanique Suffirait à vous amuser.
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Et. parfois, quand votre plomb rase Le poil des gibiers imprudents.
Dites-moi donc quelle est la phrase Que vous mâchez entre vos dents.
Vous ne croyez pas, je suppose, Oubliant l'amour du prochain, Tirer sur le député Chose Ou sur le ministre Machin.
Est-ce donc par gastronomie !
Est-ce un amour de gibier fra;> ?
Serait-ce par économie.
Lorsqu'un gala vous met en frais?
Non, cent fois non, c'est impossible!
Je dois le reconnaître ici.
Votre cœur est large, sensible, Et la vérité la voici :
Vous sentez pousser votre centre, Votre centre de gravité, Chaque jour enfle votre ventre Et vous craignez l'obésité.
Être bientôt un pachyderme Est pour vous l'arrêt du destin, Vous prenez le mal dans son germe En chassant du soir au matin.
Pour sécher une panse grasse, C'est un traitement des meilleurs, J'en conviens, mon cher, mais, de grâce, Allez vous amaigrir ailleurs.
Ne convertissez pas mes trilles, Mes joyeux trilles de jadis, Plus gais que les plus gais quadrilles, En lugubres De profundis.
Ne repoussez pas la supplique Qu'un oiseau présente à genoux :
Président de la République, Ne venez plus chasser chez nous.
Et les linots aux notes franches Rediront votre nom puissant, Les arbres courberont leurs branches Pour le murmurer au passant.
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Les ruisseaux, miroirs des verdures, Le soir, avec un soin jaloux, Sous le cristal de leurs eaux pures, L'écriront avec des cailloux.
Et quand la nuit, jetant ses voiles, Des bois ombrera le décor, Tout en gravitant, les étoiles Dans les cieux l'écriront encor.