J'ASSISTE A TOUS LES ENTERREMENTS
Oh! là, malheur! mine' de débine!
Que pure' pour el populo.
Y fait froid, personn' ne turbine,
Et franch'ment, c'est pas rigolo.
Moi, j'en ai soupe du chômage,
Et, crevant d' faim sous mes vèt'ments,
Pour manger du pain, du fromage,
J'assiste à tous les enterr'ments.
A .Montparnasse, au Pèr'-Lachaise,
Au Champ-d'-Xavets comme à Clamart.
On n' voit qu' moi causer à mon aise
Avec les cochers d* corbillard.
Voyant que j" suis un' nature franche,
Les gardiens m' font des compliments
Les croqu'-morts m'appell'nt ma vieill' branche
J'assiste à tous les enterr'ments.
Quand la Chambre ouvre sa boutique, Et fait manœuvrer ses pantins, Pour être au fait d' la politique, J' lis mon journal tous les matins.
Je m' tords de rir' quand on enterre Les ministr's et leurs boniments, J' vous garantis qu j'ai fort à faire : J'assiste à tous les enterr'ments.
Dans la haute où l'on fait bombance,
Y' a deux typ's que tout 1' mond' connaît :
Jumeaux d' la table et d' la romance,
On les appell' les frèr's Lionnet.
J' chant' comme un veau qu'à la voix rance,
J' mets jamais des beaux habill'ments,
Pourtant j' leur-z'-y fais concurrence :
J'assiste à tous les enterr'ments.
Patrons goutteux ou rachitiques, Y fait trop froid vous êt's flambés; Vieux proprios apoplectiques, Qui s'rez bientôt des machabés, Avant qu' votre corps ne s' cavale Muni des derniers sacrements, Mettez-moi donc un' cart' postale :
J'assiste à tous les enterr'ments.
j'assiste a tous les enterr'ments 169
Pas 1' sou pour loger à la corde Ou m'offrir le lux' d'un mat'las.
J' pass' la nuit sous 1' pont d' la Concorde, (Quand la rouss' ne m'en délog' pas).
L'hiver, sous la froide avalanche, J' pourrais claquer y a des moments, Bah! ça m' f'rait du pain sur la planche : J'assiste à tous les enterr'ments.
Air : J'ai vu le Parnasse des Dames.
A Emile Zola.