‹ La vie en chansonsChapitre 81 sur 97 · UN MÈTRE DE LONG · texte numérisé non relu

UN MÈTRE DE LONG

Lorsque j'avais cinq ans à peine,

Tirant un sou de ma mitaine.

A l'épicier, le père Armand.

Je disais, comme un vrai gourmand :

Qu'ils sont courts vos sucres de pomme !

.Mais lui répliquait, le brave homme :

Allons donc, allons donc. Mad'lon !

T'en voudrais p't'ètre un met' de long ?

Un dentiste, le sieur Molaire, Inventeur d'une eau capillaire, Sur la tête d'un vieux débris Fit repousser quatre poils gris.

Puis il dit au porte-perruque Qui, mécontent, grattait sa nuque :

Allons donc, allons donc. Mad'lon !

T'en voudrais p't'ètre un met' de long ?

Un monsieur qui toujours critique

Sans connaître l'Art poétique.

Se donnant un air protecteur.

.Me dit un jour : « Mon jeune auteur,

» Vos sonnets d'être lus sont dignes.

» Mais ils n'ont que quatorze lignes ? »

Allons donc, allons donc; Mad'lon !

T'en voudrais p't'être un met' de long?

Mon concierge, ancien domestique.

Chevalier d'un ordre exotique.

Se croit bien plus considéré

Quand du ruban il est paré.

Mais il se plaint qu'il n'en peut mettre

Qu*a peine un petit centimètre.

Allons donc, allons donc. Mad'lon !

T'en voudrais p't'être un met' de long ?

Un jour, visitant de Palmvre Le jardin que chacun admire, Quelqu'un lui dit, mais sans raison :

— Il est bien court, votre gazon.

A ces mots la belle, fâchée, Répondit toute effarouchée :

Allons donc, allons donc. Mad'lon !

T'en voudrais p't'être un met' de long !

UN MÈTRE DE LONG I g3

Mes voisins, la fleur du jeune âge, Viennent de se mettre en ménage.

La nuit ils se parlent tout bas.

Et — ce que je ne comprends pas — Sitôt que la dame soupire, J'ouïs son tendre époux lui dire :

J'ai du bon tabac dans ma tabatière, J'ai du bon tabac, tu n'en auras pas.

Air : Çà d'vait bien l'gèner sus /' moment.

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