L'ENFANT DE NEIGE
Deux bons paysans regrettaient sans cesse De se voir si vieux et de n'avoir pas Un blond chérubin, bâton de vieillesse Pour les soutenir et guider leurs pas.
Un soir que THiver au morne cortège Avait étendu sa blanche toison, Des petits gamins, dans un bloc de neige, Firent un bambin près de leur maison.
Et le paysan, montrant à sa femme
Le petit bonhomme, inerte glaçon,
Dit : « Si le bon Dieu lui donnait une âme.
» Cela nous ferait un petit garçon. »
Mais, comme il parlait, la neige et la glace Se mirent à fondre en quelques instants, Et les deux bons vieux virent à la place Un charmant lutin de six à sept ans.
Epanouissant la fleur d'un sourire,
L'enfant s'avança vers le paysan,
Et, tableau touchant que j'aime décrire,
Dit : « Bonjour papa ! puis : Bonjour maman !
» Voyez mes petons, voyez mes menottes, » Mes yeux de saphirs et mes blonds cheveux, » Ma bouche enfantine aux blanches quenottes: » Le Ciel se décide à combler vos vœux.
» Je vais, dans vos cœurs, mettre ma jeunesse, » Mon bonheur sera de vous caresser ! » Et vers eux, l'enfant, avec gentilesse, Tendait ses deux bras pour les embrasser.
On leur eût fait don de tout un royaume, Que les deux époux, le cœur moins joyeux, Eussent moins gaîment regagné leur chaume, Tenant par la main l'enfant merveilleux.
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Mais leur bonheur fut de courte durée :
Les deux pauvres vieux devaient mourir seuls.
Par une riante et fraîche soirée,
Ils s'étaient rendus près des verts tilleuls.
Là, dansant autour d"un grand feu de joie, Le hameau fleuri fêtait la Saint-Jean, Le noir bleu du ciel, comme un fond de soie. Faisait resplendir le croissant d'argent.
Pareil à l'oiseau tombant dans un piège, L'imprudent bambin s'approcha du feu, Et son corps, fondant ainsi que la neige, Fit monter son âme au firmament bleu.
Il en est ainsi dans la vie amère Par l'illusion l'on est ébloui, La réalité fond notre chimère Et notre bonheur s'est évanoui !