‹ La vie en chansonsChapitre 92 sur 97 · LES CARESSES · texte numérisé non relu

LES CARESSES

Je préfère cent fois, dans ma simplicité, Le tendre enlacement à l'étreinte féline; Pour l'àme n'est-ce pas la sainte volupté, Ce que nous ressentons lorsque l'on nous câline. Il connaît le secret du bonheur idéal Celui qui de l'épouse a fait une maîtresse : Il pourra chaque jour, éternel Floréal!

Cueillir entre ses bras la fleur d'une caresse.

Vivant, heureux époux, ainsi que deux amants. On sème des baisers, on récolte des anges. Les bébés sont venus et leurs balbutiements Font de l'humble logis comme un nid de mésanges. Le père est moins choyé, mais il n'est pas jaloux : C'est autour du berceau que la mère s'empresse; Des chers petits Jésus le sourire est si doux, Qu'elle garde pour eux sa plus douce caresse.

Les parents sont courbés, les enfants ont grandi : Il faut que tout se fane afin que tout renaisse; Tel qu'aux dépens du sol la branche a reverdi, C'est aux dépens des vieux qu'a mûri la jeunesse. La vieille dans ses fils voit ses traits refleurir; Lorsqu'elle est à leur bras, comme elle se redresse; Le père à ses enfants se joint pour la chérir Et la mère à son tour reçoit mainte caresse.

Mais parfois les aînés, espoir des vieux parents, Pour suivre une maîtresse ou tenter la fortune, Loin du foyer béni s'en vont, indifférents, Laissant à l'abandon la vieillesse importune. Pardonnant aux ingrats que portèrent ses flancs, (Car elle a dans le cœurun trésor de tendresse) La pauvre mère oublie alors ses cheveux blancs Et donne à son bon vieux sa dernière caresse.

A Pierre Trimouillat.

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