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LE POETE SANS CHEVEUX

MCNOLOGl/E

Dit par Tarride du Vaudeville.

Hé ! oui, je suis poète et n'en fais point mystère; Roi de l'alexandrin j'aurais tort de le taire, Il m'importe plutôt que vous sachiez, messieurs. Que j'enfourche Pégase et plane dans les cieux.

Eh ! quoi ? vous souriez ! Seriez-vous incrédules ? Aurais-je un faciès à vendre des pendules? Mais non. Vous dites : c'est un faiseur d'embarras. Et l'on n'est point poète avec des cheveux ras.

Hélas ! je ne l'ai plus. La longue chevelure Qui donnait à mon être une si noble allure, A subi des ciseaux le ravage insolent; Vous croyez qu'avec elle est parti mon talent. Je ne vous en veux pas; je vous approuve même : Il faut de longs cheveux pour faire un long poème. Corneille sans perruque eut semblé moins puissant Et je ne vois pas bien Racine à la Bressant.

Au temps où mes cheveux tombaient sur mes épaules,

Blonds, recourbés ainsi que les branches des saules,

Un éditeur m'offrit de publier mes vers,

D'étaler leurs beautés aux yeux de l'Univers.

Pour être tout entier dans mon premier volume,

J'enrichis ses feuillets d'un portrait à la plume.

Le libraire, escomptant la vogue que j'aurais,

De deux éditions voulut faire les frais.

L'une, offerte aux gens« chic », ayant quelques ressources

L'autre très bon marché, pour les petites bourses.

Donc je fis dessiner deux portraits différents.

L'un, auxcheveuxcoupés, fut donné. . .pour deux francs;

L'autre, avec les cheveux, fut vendu trois cinquante

Et servit à mes vers de préface éloquente.

En huit jours on en fut au trentième millier.

Chacun des acheteurs, détail particulier,

Des deux éditions prenait un exemplaire.

C'était pour les portraits : les deux avaient su plaire.

Jaloux de leur succès, un critique baveux

Dit que mes vers étaient tirés par les cheveux

Je ne daignai pas même écraser ce cloporte.

Un jour un vieux monsieur vint frapper à ma porte.

Il prononça mon nom avec un grand respect

Et je restai frappé de son étrange aspect.

Cet homme, à l'air béat de chanteur de romance,

Tenait à chaque main une pancarte immense,

Une affiche barroque illustrée en couleur.

De suite il déclama ce speech avec chaleur :

Je suis, très cher monsieur, la richesse en personne. Je ne sais pas combien mon confrère vous donne, Mais je viens vous offrir le double, car je sais

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