AU LECTEUR
Après avoir dépeint, dans un précédent ouvrage , les mœurs indigènes en extrême-Orient et particulièrement au Japon, j*ai pensé qu'il ne serait peut-être point banal de présenter un tableau des moeurs des Européens établis sous les mêmes latitudes.
J'ai voulu décrire, en même temps, la vie en campagne des officiers de marine de nos jours , que Ton juge encore dans le monde terrien (i) d'après les silhouettes , parfaitement réussies, il est vrai, mais un peu démodées , dues aux plumes des La Landelle et des Eugène Siie.
Conduit en extrême Orient par les hasards de ma carrière , j'en ai profité pour visiter , en ama-
(i) Terrien est ici l'opposé de maritime.
Au lecteur.
teur, ce mystérieux pays et Tétudier autant que me l'ont permis les exigences du service.
Mêlé par la force des choses, à de graves événements, au Tonquin, j'ai figuré, modeste comparse, dans la première partie d'un drame dont on prépare , peut-être , en ce moment , le dernier tableau. Le récit de ces faits pourra servir de prologue à ceux dont la politique nous réserve la surprise , et éclairer le lecteur qui s'intéresse aux succès de la France coloniale. Mais ne me considérant pas comme assez compétent en cette matière, je m'abstiens de tout jugement.
Au surplus, je ne suis pas un moraliste; un diplomate encore moins; il ne faudrait point, par suite, chercher au cours dé ces pages de hautes considérations politiques, philosophiques ou autres.
Comme un flâneur curieux , j'ai regardé devant moi et je raconte aujourd'hui, simplement, ce qui m'a frappé.
Cet ouvrage n'est donc pas, à proprement parler, un livre de voyage; c'est un résumé d'observations recueillies au jour le jour, glanées un peu à tort et à travers. Afin d'en rendre la lecture moins fatigante, j'ai tantôt employé le dialogue familier et tantôt je me suis servi de la
Au lecteur. itr
forme du récit . Un souvenir y est encadré ; idylle sans prétention destinée à soutenir l'intérêt.
Dans le Japon pittoresque, les opinions du brave père Mitani et les amours de la tendre O-Hana m'ont valu les étrivières d'un ou deux critiques sérieux qui ont traité mon épisode de hors-d'œuvre et de fade roman. Mais au risque d'encourir , à nouveau , les foudres de ces Aristarques dont la gravité n'aime point à être déri-^ dée; pour satisfaire, d'ailleurs, un goût de la majorité, je suis retombé, avec intention, dansle même péché, car amuser est mon seul but y trop heureux si je l'atteins.