CHAPITRE XVIIl
Rentrée en France. — La vie à bord. — Une lettre sévère. — Laquelle des deux l'emportera } — Mathurin n'est pas content.
Environ deux semaines après cette aventure, j'étais allé, en compagnie d'Harlèset de Barrot, faire une promenade extra-muros. Le soir, en rentrant à Theure du dîner, nous trouvâmes à bord une animation extraordinaire. L'officier de quart ne nous reçut pas à la coupée; la joie paraissait peinte sur les visages de nos braves matelots. Évidemment il se passait quelque chose d'insolite.
Gastinet se promenait sur l'arrière avec le commandant.
— Messieurs, nous dit. celui-ci, en nous apercevant , puisque vous venez de terre , vous ne connaissez pas la bonne nouvelle.... Nous rentrons en France; j'ai reçu, il y a deux heures, une dépêche de l'Amiral, m'annonçant notre délivrance. Nous partirons dans quatre jours; prenez donc vos dispositions et faites vos adieux à vos amis.
Au jour fixé, nous partîmes.
Depuis vingt-quatre heures , V Ailée , fuyant, à toute vapeur, les rives vaseuses du Yang-tse-Kiang , naviguait en plein océah.
La vie de mer, si monotone, et en même temps si remplie , avait été reprise, par la plupart des officiers, non S£ftis une sorte de* satisfaction. Chacun retrouvait, avec un certain plaisir, ses habitudes de labeur et de ponctuelle exactitude, toujours un peu abandonnées pendant les longs séjours en rade.
En perspective d'une traversée ennuyeuse, on s'était muni de tous les livres nouveaux apportés par les dernières malles. L'approvisionnement des cartes, fraîchement renouvelé , promettait aux amants de la dame de pique les émouvantes séductions de délicieuses parties de whist et de piquet. Grâce à la prévoyance de l'intelligent chef de gamelle, les jeux les plus variés, dames, tric-trac, échecs, bilboquets, questions, casse-têtes chinois et mille autres babioles du même genre, s'étalaient aux quatre coins du carré, à la disposition des désœuvrés; et pour l'heure où ces moyens de distraction seraient épuisés , pour le moment où la fatigue morale et la lassitude physique, s'emparant des esprits et des corps, viennent appesantir la paupière, de bons et larges fauteuils de bambou, symétriquement rangés sur l'arrière, le long de la claire-voie du carré, tendaient leurs bras engageants, aux amateurs du sommeil à la belle étoile et des confidences à la lune.
Le temps était superbe. Toutes ses voiles serrées, notre croiseur filait facilement douze milles à l'heure, à Taide de sa puissante machine. Pas l'ombre de roulis; une mer d'huile, comme disent les Provençaux.
Dans ces conditions, le métier de marin est char-
mant; mais il est aus.si d'une monotonie désespérante, quand le calme se maintient.
Une journée prise au hasard donnera une idéef exacte ' des autres; c'est le cas ou jamais d'appliquer le proverbe :a^ uno,,, etc.
La cloche placée à Tarrière , près de la roue du gouvernail, non loin des habitacles, vient de tinter trois coups doubles, suivis d'un coup simple. Il est trois heures et demie du matin. Un timonier entre discrètement dans la chambre du lieutenant, allume une bougie, puis, lui mettant son fanal sous le nez:
— Lieutenant, lui dit-il, il est trois heures et demie:
— Merci, répond invariablement le lieutenant, en se retournant du côté de la muraille , pour continuer son somme ; et le timonier sort.
Un quart d'heure après , apparition du même timonier.
— Lieutenant!
— Voyons, qu'est-ce qu'il y a ?
— Il est quatre heures moins un quart.
Le lieutenant le sait bien; depuis une heure, sans vouloir s'en rendre un compte exact, il entend tous les bruits du bord; l'instant désagréable, où il faudra sauter à bas du lit, approche; il éprouve une sensation de bien-être indéfinissable, mêlée d'une sorte d'angoisse nerveuse, qui lui tiendrait lieu de réveille-matin et le ferait réveiller à la seconde, sans le secours du timonier. Mais il est si bon de paresser un peu et de se faire prier; ne gagnerait-on qu'une minute! Une minute, dans ces moments-là, semble longue et courte à la fois. Qui n'a ressenti cet effet au collège.^ Qui ne
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s'est plus ou moins exposé de ce fait aux admonestations pédagogiques d'un brave homme de pion? Qm n'a été aux arrêts, ou qui n'a copié cent lignes, une fois dans sa vie, pour n'avoir pas voulu entendre le roulement désobligeant de la diane, ou le carillon agaçant d'une clochette trop matinale !
Quoi qu'il en soit , le lieutenant s'est levé , maussade, — on le serait à moins ; — et au moment où l'on pique huit, ce qui signifie qu'il est quatre heures, une tête apparaît au sommet de l'échelle de la passerelle ; c'est la tête du lieutenant , de cet excellent lieutenant qui vient, par pure bonté d'âme, — car il pourrait s'en dispenser — faire le quart de quatre à huit, dit quart du jour, probablement parce qu'il se fait , pour une bonne moitié , pendant la nuit.
— Quoi de nouveau? dit-il d'une voix enrouée, à l'officier qu'il vient relever.
Celui-ci^ enchanté de pouvoir, enfin, aller se coucher, rend compte des événements de la nuit, transmet les ordres du commandant, indique la route à suivre et se sauve , non sans souhaiter toutes les chances possibles à son successeur.
On entend descendre l'échelle de l'avant-carré; une porte s'ouvre et se referme bruyamment, un rideau grince sur sa tringle; parfois le buffet est mis à contribution , mais le plus souvent le sommeil l'emporte sur l'appétit et les repas de cette heure matinale sont généralement vite expédiés. Bientôt tout rentre dans le calme ; Morphée est maître en ces lieux. De ci , de là , un de ces chuchotements , une de ces boutades somnambuliques, partant en fusée et s'arrêtant brusque-
ment dans un susurrement indécis, une de ces exclamations incohérentes des gens endormis; puis, plusrien.
Sur le pont, de temps à autre, un commandement de Tofficier de quart, le coup de sifflet du maître, un brouhaha de quelques minutes, pour l'exécution ; mais tout cela, comme dans un rêve, dans une demi-teinte; une sorte de bourdonnement qu'on cherche à étouffer,, un bruit discret suivi d'un long silence.
Tout à coup, une rumeur lointaine, un roulement sourd et prolongé; c'est le branle-bas. Tandis que le tambour fait résonner sa peau détendue, le clairon lance aux échos de l'avant ses notes joyeuses et pressées. Curieux spectacle ! La ruche s'éveille, les bourdons grondent; c'est le capitaine d'armes, suivi de ses deux acolytes, le sergent et le caporal d'armes. Il faut les voir secouer les dormçurs entêtés, émoustiller les retardataires, porter sur le cahier de punitions les récidivistes. Le pont est envahi ; les hamacs roulés, pliés,^ empaquetés, sont placés, suivant leurs numéros d'ordre, dans les bastingages. Un premier appel commence ; de combien d'autres sera-t-il suivi d'ici au lendemain ? Dieu le sait et le matelot aussi.
A cet instant, si, par hasard, un des dormeurs du carré ouvre une oreille en changeant, de position, il pourra ouïr un bruit étrange et vague, un tintement confus d'assiettes de fer-blanc ; c'est l'heure du café et du boujaron. Le biscuit, résistant à une mastication énergique, craque sous la dent du matelot, et les quarts s'entre-choquent dans les tiroirs. Au- bout de quelques minutes, un commandement sec retentit,
commandement capable de faire rêver longtemps le bon bourgeois transporté , tout à coup , à bord d'un navire de guerre :
— A ramasser les plats! crie le lieutenant de mauvaise humeur.
— A ramasser les plats ! répond , en écho , le maître de service.
Un vacarme suit de près cet ordre : les tables , simples planches munies , d'un côté , de deux crochets s'adaptant à la muraille du bâtiment, et de l'autre, d'un pied mobile , sont démolies avec fracas et remises en place dans le faux-pont.
Un instant de silence; puis, nouveau vacarme; le nettoyage est commencé. Des escouades de balayeurs enlèvent la poussière et les ordures tombées sur le pont pendant la nuit. Aux balayeurs succèdent les ^nqueurs: dix à douze matelots, rangés sur deux files et armés de briques , frottent le pont en cadence et à tour de bras pendant une heure.
Alors , bien heureux sont les sourds , ou ceux dont le sommeil de vingt ans résiste à tout , même au canon. Rien de plus énervant que ce grincement interminable. Après la brique^ la gratte; puis, les seaux d'eau, les jurements des maîtres , les cris des matelots appelant le contre-n^ître de cale, pour obtenir : celui-ci, un bout de filin; celui-là, du bitord; un troisième une moque de goudron ou de peinture. C'est une cacophonie indescriptible.
Pourtant , tout le monde dort au carré et huit heures approchent. Seul, le médecin a remué, pour se rendre à la visite. Enfin huit heures piquent; une tête ébou-
riffée, mal éveillée, sort d'une chambre ; un corps mal habillé la suit ; cel2 représente Tofficier de quart qui doit relever le lieutenant.
En rade, c'est Theure des couleurs. Attention pour les couleurs ! commande Tofficier, aussitôt après avoir pris le quart des mains du lieutenant. Les factionnaires de la coupée amorcent leurs flingots , reliques du temps de Colbert; un timonier se tient à la drisse du pavillon, paré à hisser. Au commandement : Envoyez ! chacun se découvre devant les couleurs françaises, les Jlingots ratent ou font long feu; et le pavillon, déferlé par un coup sec , se déploie dans les airs et va s'arrêter à la corne.
A la mer, la cérémonie des couleurs est supprimée ; au changement de quart, à huit heures , la propreté continue; les timoniers et les mousses, sous la haute direction du chef de timonerie, astiquent les cuivres. Pendant ce temps-là, les aspirants, les pieds dans Teau, prennent des hauteurs. Vers la demie, Tofficier chargé des montres, après avoir remonté le moral à ses pensionnaires, daigne paraître sur le pont son sextant d'une main, son compteur de l'autre; son cahier d'observations sous le bras, il s'avance majestueusement vers ses petits camarades qui s'escriment depuis une heure, à cracher le soleil. Un timonier est réquisitionné pour compter; parfois un ami complaisant remplit cet office ; et la marche du navire , sa route , son sort, sa vie peut-être sont discutés dans ce cénacle.
Durant ces occupations, le carré est resté libre; le maître d'hôtel et ses aides en ont profité pour balayer, nettoyer, frotter et tout mettre en ordre.' Le couvert est
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installé sur la table à roulis, que Ton garde toujours, malgré le calme, en cas de mauvais temps soudain; et voilà qu'un bon parfum d'omelette au saindoux, mélangé d'une forte partie d'eau de Lubin ou du docteur Pierre, annonce que le déjeuner est servi.
Le clairon sonne la casquette et, seuls, le lieutenant et le docteur sont à table. Les autres, où sont-ils donc> L'officier de quart bat la semelle sur la passerelle ; celui des montres profite de ce moment pour cônimencer ses calculs; le commissaire a jugé l'instant opportun pour tailler la besogne à son fourrier et tancer son commis aux vivres ; quant aux autres , ils sont encore au lit ou entrain de faire leur toilette. Vers neuf heures vingt minutes, la tablée est complète; mais l'omelette est froide.
Peu d'amabilité sur les visages renfrognés ; au premier plat, toujours l'éternelle omelette , on a encore souvent le cœur sur les lèvres ; la nuit n'a peut-être pas été bonne; c'est l'heure où parfois on échange des paroles aigres-douces , regrettées quand paraît le deuxième plat , pardonnées au dessert et oubliées au café.
Après le café , les pipes, la chartreuse; la table est desservie, le tapis réglementaire, l'immuable tapis vert, fourni par l'État , reprend sa place sur la table à iroulis; un premier whist commence, mais sans grand entrain; le vrai moment n'est point encore venu ; seuls, les fidèles s'y mettent ; les autres flânent sur le pont, s'étendent sur les coussins du carré , et Ton peut entendre , alors , de ces conversations panachées , dont la vie de bord , seule , peut donner le secret.
Bientôt , nouveau remue-ménage : mardi , mercredi , jeudi, vendredi , manœuvre de ceci, exercice de cela : voiles, fusils, canons, pistolets, sont passés en revue; branle-bas de combat, appel à Tincendie; tout le monde sur le pont ! Le tambour bat le rappel , le clairon sonne la charge; c'est à se croire au milieu d'une action véritable. A trois heures, généralement, tout est fini ; les guerriers débouclent leur ceinturon et vaquent à leurs affaires personnelles.
Le whist recommence au carré; les fanatiques s'^n •donnent à cœur joie; les laborieux se retirent dans leur chambre pour travailler, les désœuvrés bâillent aux corneilles et, au premier coup de quatre heures, Tétatmajor, cette fois au grand complet — sauf bien entendu Tofficier de quart — se trouve réuni pour la deuxième fois de la journée , autour de la table à roulis.
Le samedi, du matin jusqu'à midi, grand nettoyage; briquage, frottage, astiquage, toilette générale du navire, en vue de l'inspection du lendemain. L'aprèsmidi, l'équipage aux sacs! Le sac, c'est la malle du matelot, c'est sa garde-robe, c'est aussi son secrétaire et son coffre-fort. L'équipage aux sacs ! Cela veut dire : allez, vous avez deux heures de liberté, deux heures pour arranger vos affaires , vérifier vos hardes, les repriser; les brosser, les mettre à l'air ; deux heures pour faire votre correspondance et relire les lettres de votre famille. Aussi, ce moment est-il toujours accueilli avec joie.
Le dimanche, grande fantasia en plusieurs tableaux; A bord des navires où se trouve un aumônier, la journée débute par la messe ; puis, inspection du comman-
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dant, défilé, parade ; et enfin, après le dîner, loto pour Téquipage. Il faut voir avec quel entrain , jeunes et vieilles barbes se livrent à ce passe-temps devenu légendaire dans la marine; les enjeux sont tolérés; que d'attrait, que d'émotion autour de ces bienheureux cartons !
Quelques loustics disséminés aux diverses tables, animent la scène par des lazzis, renouvelés des Phéniciens, mais toujours jeunes et toujours nouveaux ; chaque numéro a son nom : 4 , le chapeau du commissaire ; — malgré les recherches les plus minutieuses, je n'ai jamais pu savoir pourquoi; — 11, les deux jambes du maître-coq ; 71 , le pendu et la potence ; et 96 autres bonnes plaisanteries du même goût, qui font la joie du matelot, s'esclafîant toujours de rire à Ténumération de ces vieilles facéties qu'il sait par cœur.
La fête dure jusqu'au dîner ; et quand vient l'heure de se glisser dans son hamac, plus d'un grand enfant s'endort en pensant à la joie de recommencer la partie, huit jours après.
Un temps splendide favorisa constamment notre traversée de retour.
Un mois, jour pour jour, après notre départ de Shanghaï et après différentes relâches, nous arrivions à Pointe-de-Galles, juste en même temps que le paquebot des Messageries.
Vite, on met un canot à la mer ; et le vaguemestre, envoyé à bord du courrier, revient bientôt avec le paquet de nos correspondances.
Au moment où j'allais m'enfermer dans ma chambre, pour lire, avec recueillement, mes chères lettres de
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France toujours si ardemment attendues, Kerpenic arriva un papier déployé à la main.
— Tiens, me dit-il, voici une missive de ma mère ; depuis deux mois, je n'avais rien reçu d'elle ; lis et donne-moi ton avis.
La lettre de M™* la marquise de Kerpenic n'était pas longue, elle contenait les quatre lignes suivantes :
« Vous m'avez fait grand'peine, mon cher enfant ; « j'ai tenu à ne point vous répondre immédiatement f pour vous prouver que ma décision est mûrement « réfléchie et, partant, irrévocable. Je n'ai qu'un mot « à vous dire : Jamais. »
— Tu n'avais donc point parlé de miss Tillia à ta mère, pendant notre séjour à Yokohama, demandai-je à Kerpenic, car tu aurais dû, ce me semble, recevoir plus tôt cette réponse ?
— Avant de faire des ouvertures à ma mère, au sujet de mon mariage possible avec M"« Simpson, j'ai préféré prendre le temps de la réflexion ; je voulais aussi savoir quel effet produirait l'éloignement sur ma chère Tillia.
— Crois-tu le jamais de ta mère absolument définitif }
— Je le crois. '
— Alors, que comptes-tu faire .^
— Attendre.
— C'est assurément le plus sage ; du reste, tu connais le proverbe: ce que femme veut si l'un des
partenaires était un homme, sans aucun doute, l'homme devrait baisser pavillon ; mais dans l'espèce, comme on dit au palais, il n'y a pas d'homme en cause, car tu
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dois, en apparence, te désintéresser de la question. Il reste deux femmes en présence : d'un côté, ton excellente mère, légèrement entêtée, — pardonne-moi le mot, — très bretonne et ultra-catholique et noble ; de l'autre, ta belle fiancée, M"® Tillia, pure Yankee. Ce que Tune désire de toute son âme, Tautre n'en veut point ; la guerre est entre ces deux volontés ennemies. Ce que femme veut, Dieu veuty dit-on ; mais à qui Dieu donnera-t-il la victoire? A la plus forte, à la plus juste, sois-en certain; et qu'y a-t-il de plus fort, de plus juste que l'amour? Espère donc!
Les tribulations de notre ami Kerpenic n'empêchaient pas V Ailée de faire, en moyenne, ses quatrevingts lieues par jour. Un beau matin nous passâmes le détroit de Gibraltar ; et trois fois vingt-quatre heures après, la vigie signalait une terre; c'était la France, c'était Lorient.
— Eh bien, MathurinI dis-je à mon domestique , en ce moment occupé à ranger je ne sais quoi dans ma chambre, as-tu entendu ? Nous arrivons ; tu vas boire une fameuse chopinée de cidre, ce soir, hein ! Es-tu content?
— Content Content grommelait Mathurin,
entre ses dents, sans se retourner.
— Enfin, l'es-tu, content ? Tu n'«n as pas l'air.
— Dame ! mon commissaire, me répondit le matelot poussé dans ses derniers retranchements: moi, voyezvous, j'ai ma vieille mère et la petite à mon défunt frère, à qui j'envoie ma délègue (i). Nous ne sommes
(i) Les matelots emploient d'habitude le mot délègue pour
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pas riches, à terre. Au quartier, il rCy a pas gras: faut porter ses hardes neuves les jours de la semaine ; et puis, vous le savez bien, vous, mon commissaire, ici, à bord, j*ai quinze francs de plus par mois et /'use pas de souliers.
Brave garçon, va! Tous les mêmes, nos marins : des cœurs d'or ; bons filé, bons pères ; et au feu, au danger quel qu'il soit, il faut les voir! On n'en trouve pas de pareils. Aussi, dame ! — comme disent les Bretons, — faudrait pas qu'ils s'y frotttent les autres!
délégation. La délégation est là somme prélevée sur la solde du marin, la plupart au temps, avec l'assentiment de l'intéressé et même sur sa demande expresse, pour être envoyée à sa famille, par les soins de l'autorité.