‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 128 sur 135 · EN AE · texte numérisé non relu

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pencher la balance que lorsque ses deux plateaux sont très exac-

tement de niveau, et un avantage numérique a bien son poids, tout comme un avantage de structure. Avant qu'un avantage, si grand qu'on l'imagine, puisse permettre aux descendants d'un couple unique d’exterminer les descendants d’un grand nom-

- bre de couples, —— en supposant que ce couple et tous ses des-

cendants se croisent fréquemment avec les individus de la variété . inférieure et vont ainsi perdant peu à peu leur supériorité, — il faudrait d’abord, pour que les chances qu'a cette variété privilégiée de survivre l’emportassent sur les chances qu'elle a de s'éteindre, que ses avantages relatifs augmentassent sans cesse - dans la proportion où le nombre de ses représentants diminuerait ». br North British Review, Juin 1876, p. 286. La Genèse des Espèces, . p. 64 et suivantes.) Contre cet argument, il faut se souvenir qu'il y a toujours, antérieurement, une probabilité pour que plusieurs spécimens | d'une même variété apparaissent au même lieu et en même temps. C'est ce qui se passerait peut-être même selon l'hypothèse de M. Darwin, d’ après laquelle les variations seraient fortuites. . Mais si les variations sont surtout guidées par l'intelligence et le | sentiment du besoin, c'est presque certainement ce qui se passe- “rait, car tous les animaux d'une même espèce auraient à peu » près les mêmes idées touchant leur bien-être, et la cause qui pousserait un d’entre eux à varier dans une certaine direction en con- duirait bien d’autres à faire de même en même temps, ou à suivre l'exemple. C’est ainsi que nous voyons qu’un bon nombre d'in-

+ + À: don

ventions et d'idées humaines ont été conçues indépendamment * |

mais simultanément. De plus, les chances que les spécimens qui ont varié avec succès ont de se marier entre eux sont, je crois, plus grandes que l’auteur de l’article que je viens de citer ne l’admettrait sans doute. Je pense aussi que ces variations heureuses, — selon l'hypothèse d'après laquelle elles seraient fortuites, et certainement selon celle d’après laquelle elles seraient intelligentes — apparaissent chez les membres d’une même famille, ce qui augmenterait leurs chances de se reconnaître et de s'unir. L’objection soulevée par le collaborateur de la North British Review, bien qu'elle ne soit pas sans force contre la théorie de M. Darwin, peut cependant se réfuter complètement sans sortir du point de vue de M. Darwin. Mais la ( petite dose de jugement et de raison » la fait disparaître entièrement et une fois pour toutes. Quant au naufragé dont il nous parle, l’auteur de l’article doit fort bien savoir que M. Darwin, pas plus que lui, ne s’attendrait à ce que la population noire de l'île devint blanche, ou même à ce que le mélange de sang blanc s'y fit remarquer au bout d’un petit nombre de générations. Mais si nous passons de ce qui { pourrait être » ou de « ce qui serait » à ce qui « est » en réalité, nous voyons qu'un petit nombre de familles blanches a presque complètement délogé les Indiens des Etats-Unis, les indigènes australiens de l’Australie, et les Maoris de la Nouvelle-Zélande. Sans doute, ces familles ont été aidées par l'immigration ; mais on avouera que l'immigretion n'a fait qu'accélérer un résultat qui, sans elle, n'aurait pas manqué de se produire.

C'est qu’en effet il y a une grande différence entre une variation brusque, ou même une variété importée d’une source étrangère, et le progrès graduel, intelligent et, dans l’ensemble, constant, d'une race vers des buts toujours un peu — mais guère — en avant de ce qu’elle est actuellement capable d'accomplir, jusqu'au moment où elle atteint le point où elle est en équilibre avec son milieu. Dans la mesure où les variations de M. Darwin participent de la nature des « sports », c’est-à-dire dans la mesure où elles sont rares et ne sont dues à rien que nous puissions le moins

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