‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 129 sur 135 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

du dde rapporter à une cause connue, les objections de l’auteur

de l'article cité ont beaucoup de poids. Mais contre l'opinion que je soutiens, elles sont sans force.

Il m'est impossible d'examiner ici les objections tirées de l’insuf-

fisance des documents géologiques. Mais je crois qu’elles aussi

se réduiront à fort peu de chose si on suppose que le développement des structures et des instincts est guidé par l'intelligence et la mémoire, qui même dans des conditions instables, pourraient encore, dans une certaine mesure, faire face aux exigences de la situation.

Quand M. Mivart traite de l’évolution dans ses rapports avec la morale, j'avoue que je me sens encore plus en désaccord avec lui que je ne l'ai été avec M. Darwin. En effet, il écrit (La Genèse des Espèces, p. 234) : « que la « sélection naturelle » ne peut avoir tiré, des sensations de plaisir et de douleur éprouvées par les bêtes sauvages, une moralité plus élevée que celle qui était utile à ces animaux. Par suite, elle a pu produire une immense quantité « d’habitudes avantageuses », mais non pas l'horreur pour certains actes impurs ou considérés comme des péchés ».

Il est fort possible que la « sélection naturelle » ne puisse pas faire grand chose lorsqu'il s’agit d’accumuler des variations qui ne se produisent pas. Mais je ne doute guère que, selon l'hypothèse exposée dans ce volume, tout ce qu'il y a de plus élevé et de plus beau dans l'âme, aussi bien que dans le corps, a pu provenir, et est provenu, du développement d'êtres inférieurs à l’homme.

D'ailleurs, nous ne nous trouverions probablement pas d'accord, M. Mivart et moi, sur la question de savoir ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Ainsi, 1l parle de la « noble vertu d’un Marc- Aurèle » (p. 235), qui est bien, de tous les personnages dignes de respect que nous présente l'Histoire, un de ceux vers lesquels je me sens le moins attiré. Je ne peux pas m'empêcher de penser que M. Mivart a acquis de seconde main l'opinion qu'il porte sur cet empereur, et sans consulter les écrits qui, heureusement,

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LA VIE ET L'HABITUDE nous permettent de nous faire une idée assez exacte de son véritable caractère.

Voyez, par exemple, les premiers paragraphes des Pensées (1

de Marc-Aurèle, dans la traduction de M. Long :

« (Je dois) à la réputation de mon père et au souvenir que j'ai de lui, d'avoir appris la modestie et la virilité du caractère : à ma mère, d'avoir appris la piété et la bienfaisance, et à m A | non seulement des mauvaises actions mais même des mauvaises pensées. À mon grand-père je dois de n'avoir pas fréquenté les

écoles publiques, et d’avoir eu de vertueux précepteurs à la maison,

et de savoir que, pour ce qui regarde ces choses, 1l convient de dépenser largement. (Je dois) à Diognetus d'avoir appris à fond la philosophie... et d’avoir, dans ma jeunesse, écrit des dialogues, et d'avoir désiré un lit de planches et une couverture de peau, et toutes les choses de ce genre qui font partie de la discipline grecque. Je dois à Rusticus d'avoir senti que mon caractère avait besoin de s'améliorer et de se discipliner » et ainsi de suite jusqu'à la fin du chapitre, vers laquelle cependant il est juste de dire qu'il y a un trait qui rachète un peu ce qui précède : en effet

1l rend grâces aux dieux de ce qu'il était incapable de faire des !

vers et de ne s'être jamais préoccupé de l'apparition des météores dans les cieux.

Ou encore, en ouvrant au hasard la traduction de M. Long, je trouve ceci (p. 37) :

« De même que les médecins tiennent toujours leurs instruments et leurs lames prêtes pour les cas qui exigent l'intervention de leur art, toi de même fais en sorte d’avoir toujours des principes prêts à l'avance afin de comprendre les choses divines et humaines, et de faire toujours les choses, même les moindres, en te souvenant du lien qui rattache l'humain et le divin l’un à l’autre. Car tu ne feras rien de bien de ce qui est du domaine de l’homme si tu ne songes en même-temps aux choses divines, et réciproquement ».

Le malheureux ! Il n'est pas étonnant que l'empire romain se soit effondré peu après lui. Si j'ai bonne mémoire, il fonda et subventionna des chaires d'études dans toutes les provinces de ses états. Sur quoi 1l arriva aux arts et à la littérature de Rome ce

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