DE CERTAINES HABITUDES ACQUISES
. Dans les chapitres qui vont suivre nous examinerons si J'inconscience, ou la presque inconscience, avec laquelle nous
‘accomplissons certains actes qui nous sont devenus habituels, ne jetterait pas quelque lumière sur l’'Embryologie et sur l'Héré-
En ‘ ER . :
dité des instincts. Nous considérerons successivement toutes les
réflexions que pourraient nous suggérer les actions de ce genre,
en particulier lorsqu'on les envisage dans les rapports qu ‘elles paraissent avoir avec l’origine des espèces, et la perpétuation de
Ma vie par générations successives, tant dans le règne animal
que dans le règne végétal.
Toutefois, avant de commencer, je voudrais qu'il fût bien
tentendu que ces pages n’ont pas la moindre prétention à une valeur
pu à une originalité scientifique quelconque, et que même en ait de précision, elles ne visent qu’ à une exactitude purement
Dur, car si une vérité n est pas assez solide poux sup-
porter qu'on la dénature et qu’on la malmène, elle n'est pas d'une espèce bien robuste, et si elle se brise la faute en sera plutôt à sa propre faiblesse qu'à la négligence de celui qui l'aura brisée. … Je n’ai pas le désir d’instruire et n'ai guère celui d'être instruit. Mon but est simplement de distraire et d'intéresser les nombreuses personnes qui, comme moi, ne savent rien de la science, mais aiment à spéculer et à réfléchir (non pas trop profondément)
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sur les phénomènes qui les entourent. Aussi me suis-je donné libre carrière pour discourir sur toute idée qui se présentait. avec force à mon esprit, sans m'arrêter à considérer si elle était nouvelle ou ancienne. Car j'étais bien sûr que si elle était juste | elle devait être très ancienne, sans quoi elle ne serait jamais venue ! à quelqu'un d'aussi peu versé que moi dans les sciences ; et je savais bien qu'il est parfois plus agréable de rencontrer le déjà connu dans des conditions légèrement altérées que d'affronter, les formalités et les incertitudes par lesquelles nous passons chaque fois ‘que nous faisons une nouvelle connaissance. Je dois dire, : aussi, que je n'ai jamais pris sciemment les idées d'autrui sans en faire l’aveu formel.
Il est donc clair que ce livre ne s'adresse pas aux savants. Il ne s'adresse qu'au grand public, avec qui j'ai la conviction d'être! en harmonie, n'ayant ni beaucoup plus ni beaucoup moins de! connaissances que la plupart des gens. |
Si donc nous prenons l’art du pianiste comme exemple de ces | actions quasi-inconscientes dont nous parlions, nous remarquerons ! qu'un bon pianiste peut jouer des morceaux très difficiles sans | effort apparent, et même qu'il est capable de les jouer tout en occupant sa pensée — et en parlant — de choses complètement | étrangères à sa musique. Et cependant il jouera sans se tromper, et peut-être même d'une manière expressive. S'il a joué une! fugue en quatre parties, par exemple, il aura maintenu chaque partie parfaitement distincte, prouvant ainsi que les autres préoc- | cupations de son esprit ne l'empêchaient pas de suivre en même temps, consciemment ou inconsciemment, quatre enchaînements de pensée musicale, ni de mouvoir ses doigts avec toute la pré-| cision nécessaire pour produire chacune des notes de chacune des parties. |
Il n’est pas rare qu’un pianiste produise de quatre à cinq mille notes dans un espace de quatre à cinq minutes. Si on ajoute à cela les silences, les notes pointées, les signes accidentels, les variations de temps, etc., on s’apercevra qu'il a dû exercer son attention en beaucoup plus d'occasions qu'il ne l'a fait pour! frapper simplement les touches ; en sorte qu'il n'y a pas d'exagé-|