‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 47 sur 135 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

. quent il sait tout ce qu’elle sait. Eh bien, pourquoi nous serait-il

plus difñcile de supposer que les descendants des mammifères les plus élevés se souviennent, profondément mais d'une manière inconsciente, de l’histoire antérieure des créatures dont ils ont été, eux aussi, partie intégrante ?

Ainsi donc, l'identité personnelle nous apparaît comme assez semblable à l'Espèce. Aujourd’hui, grâce à M. Darwin, la grande majorité des savants tiennent que les espèces se fondent, ou se sont fondues, les unes dans les autres ; de sorte que la possibilité que nous avons de classer les formes de la vie, et leur apparente subdivision en groupes séparés, sont dues à la suppression, par la mort, non seulement d'individus, mais de genres entiers ; genres qui, s'ils avaient subsisté jusqu'à nos jours, auraient relié ensemble tous les êtres vivants par une série de gradations si fines qu'il aurait été à peu près impossible de les classer. Comment se fait-il que l'unique grande personnalité : la vie totale, se soit ainsi partagée en tant de centres de pensée et d'action, dont chacun est entièrement, ou presque entièrement, inconscient de sa parenté avec tous les autres, au lieu d’avoir grandi comme un immense polype, ou comme une sorte de banc de corail ou d'animal composé, recouvrant le monde entier, et qui ne serait conscient que de sa seule existence propre ? Comment se fait-il que l'usure quotidienne de cette créature se fasse au moyen de la mort consciente de ses membres individuels, au lieu d’être semblable à l'usure inconsciente des tissus qui a lieu dans le corps de chaque individu (s'il est vrai que le tissu qui chaque jour s’use dans notre propre corps est aussi inconscient de sa naissance et de sa mort que nous le supposons) ? Et comment la régénération quotidienne de cette immense créature : la Vie, s’est-elle décentralisée et se fait-elle par reproduction consciente chez ses parties constituantes, au lieu de se faire par la nutrition inconsciente de l'être entier au moyen d’un réservoir unique, ainsi qu'il nous semble (peut-être à tort) que s'effectue la nutrition de notre propre corps ? Ce sont là des questions que je n'ose entreprendre d'examiner ici, mais sur lesquelles j'aurai peut-être quelques remarques à faire dans les chapitres suivants.

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