‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 83 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

les impressions que les souffrances et les blessures de ce genre-là laissent en nous, sont incomparablement moins durables que celles que fait une lésion organique. Il est donc probable que ce sentiment, que tant de gens ont décrit, et où ils croient voir le souvenir de quelque incident qui leur est arrivé dans une vie antérieure, est purement imaginaire, et plutôt dû à ce qu'ils reconnaissent inconsciemment et d'une manière générale le fait très certain qu'ils ont déjà vécu, qu à aucun incident antérieur correspondant exactement l'incident qu'ils croient reconnaître. Enfin nous devrons nous attendre à trouver dans le fonctionnement de la mémoire, telle qu’elle se transmet d’une génération à l’autre, un reflet des fréquentes anomalies et des nombreuses exceptions aux règles ordinaires, que nous observons dans le fonctionnement de la mémoire telle que nous la pouvons étudier dans ce que nous appelons notre vie unique, et dans les vies isolées d'autres hommes. Nous devons nous attendre à ce que le retour soit souvent capricieux, c'est-à-dire à ce qu'il nous faille, pour l'expliquer, prendre plus de peine que nous ne pouvons ou ne voulons en prendre. Et c'est ce qui se passe dans la réalité. M. Darwin, qu'on ne saurait citer trop ni trop abondamment, attendu que personne d'autre que lui ne met à notre disposition une si ample collection de faits, si bien classés, et tellement au-dessus de tout soupçon soit de négligence soit de fausseté, — en sorte que, même quand nos opinions s'opposent aux siennes, c'est lui-même qui nous enseigne à différer de lui, dont nous sommes tous les élèves, — M. Darwin écrit : « Nous pouvons être certains que chez tout être vivant une foule de caractères depuis longtemps perdus se trouvent prêts à se développer si des conditions favorables se présentent » (n’éprouve-t-on pas comme un désir violent de mettre, à la place du mot « caractères », le mot « souvenirs » 2) « Comment rendre intelligible et relier à d’autres faits cette faculté à la fois ordinaire et étonnante du retour, — ce pouvoir de rappeler à la vie des caractères depuis longtemps perdus ? » (Plantes et Animaux, etc…., vol. Il, p. 369, éd. 1875). Certes, nous pouvons nous risquer à répondre que nous le ferons lorsque nous pourrons rendre intelligible la faculté que nous avons de rappeler à la vie

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