‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 82 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

n'est pas douteux », ajoute-t-il, « que c’est ce qui a lieu en effet », mais il paraît enclin à vouloir expliquer ce phénomène par le fait que des animaux au pelage multicolore et voyant seraient souvent victimes des bêtes de proie et des chasseurs. « Le cas de retour le mieux connu », poursuit-il, « et sur lequel repose apparemment la croyance si répandue en l'universalité de ces retours est celui du porc. Partout où ces animaux sont redevenus sauvages : aux Indes Occidentales, dans l'Amérique du Sud, aux Îles Falkland, ils ont repris la couleur sombre, les soies épaisses, et les grandes défenses du sanglier sauvage, et chez les jeunes, les raies longitudinales du pelage ont reparu (1) ».

Et, à la page 22 de Les Plantes et les Animaux à l'état domestique (vol. II, éd. 1875), nous lisons que « la réapparition des raies longitudinales colorées sur les jeunes porcs retournés à l’état sauvage, ne saurait être attribuée à l'action directe des circonstances extérieures. Dans ce cas et dans bien d’autres, tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il semble bien que tout changement dans le genre de vie d’une espèce favorise chez elle une tendance inhérente ou latente à retourner à son type primitif ». Sur quoi on ne peut s'empêcher de remarquer que, bien que n'importe quel changement puisse favoriser cette tendance, toutefois le retour aux habitudes et au milieu primitifs paraît la favoriser d’une façon trop marquée pour qu'on ne pense pas, immédiatement, à lui attribuer pour unique cause l’association des idées et la mémoire. Car, en somme, dans ces cas, la créature rentre dans son ancienne ornière, la reconnaît, et reprend toutes ses vieilles habitudes.

Pour ce qui est de la tendance à hériter (soit au cours de la période embryonnaire, soit pendant le développement postnatal), — telle qu'on la constate chez toutes les espèces, — de variations ou de particularités d’habitudes ou de formes qui ne sont pas d'origine morbide, il suffit de renvoyer le lecteur aux remarques de M. Darwin sur ce sujet (Plantes et Animaux à l'état domestique, vol. W, pp. 51-57, éd. 1875). Il n’est guère probable que personne nie l'existence de cette tendance. Les exemples

(1) Ch. Darwin : « Les Plantes etles Animaux à l'état domestique », t, II, pp. 5°7. [N. Trad,]

donnés par M. Darwin sont parfaitement probants en ce qui concerne toutes les variations ordinaires du mode de croissance ou de la forme, et même en ce qui concerne l’hérédité des habitudes et des tics acquis avant l'époque à laquelle le descendant est sorti du corps de son parent ou avant l’époque moyenne à laquelle, dans une longue suite de générations, il en sort : mais il faut bien se garder de supposer que le descendant sache par transmission héréditaire la moindre chose de tout ce qui arrive à ses parents après qu'il est né. Par suite, l'apparition de maladies chez le descendant, et à des époques relativement tardives de sa vie, mais au même âge (ou un peu plus tôt) qu'elles sont apparues chez ses parents, doit être attribuée à ce fait que, dans chaque cas, la machine ayant été construite sur le même plan (chose due à la mémoire) est sujette à avoir les mêmes points faibles et à se détraquer après avoir fourni la même somme de travail, mais, dans le cas du descendant, après en avoir moins fourni que dans le cas du parent : car un organisme malade est presque toujours un organisme en train de péricliter, et s’il se trouve reproduit assez exactement et sans corrections ni amendements, la reproduction vaudra encore moins que l'original. Car lorsque nous ne faisons pas de progrès, nous reculons. Du moins c'est là ce que nous voyons tous les jours.

Et nous ne pouvons pas croire, non plus, ainsi qu'on l’a parfois imaginé sans raison, que le descendant puisse conserver tant soit peu clairement le souvenir d'aucun événement dont l'effet a été, chez son parent, entièrement ou presque entièrement mental. L'intellect du descendant pourrait être affecté, en bien ou en mal, par le genre de travail auquel le parent a consacré ses facultés intellectuelles ; ou bien encore un grand choc produit chez le parent aurait pu détruire ou affaiblir l'intelligence du descendant ; mais, à moins qu'une impression profonde, rendue plus du encore par une maladie subséquente, n'ait été faite sur les cellules du corps, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que le descendant en ait autre chose qu'un souvenir extrêmement confus. Nous pouvons parler tant que nous voulons de « souffrance morale » et de « traces de blessures laissées dans notre âme » ; mais au fond

SE

RER Re

PR RS Ve A

Page 1