‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 109 sur 203 · VI · texte numérisé non relu

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3. IX, 48. La plupart des traducteurs avaient rendu inexplinUtis par recmiitx doctrinsB, Quicherat, en s'appuyant sur deux passages d'Horace {Sûtire$, II. 125 ; Odes, III, 29, 16) a rétabli le vrai sons de celte ôpithéte.

Platox, t. I. 18

change à la postérité sur l'orgueil accablant qu'il affectait à regard de ses contemporains?

Sur ce dernier point, il faut Tavouer, nous sommes en présence d'accusations formelles *, et toute l'antiquité s'étonne de ne retrouver parmi les amisde Platon, Euclide excepté, le nom d'aucun des disciples les plus connus de Socrate. Que l'auteur du Banquet et de la République ait exprimé tout haut son peu de sympathie pour le rigorisme grossier d'Ântisthène ou les théories si relâchées d*Âristippe, c'était son droit : s'il est allé plus loin et s'il a dirigé contre le premier de ces philosophes des attaques toutes personnelles ^ on ne doit pas oublier qu'Antisthène, fondateur d'une école rivale de l'Académie, en avait donné le signal ou du moins les rendit avec usure : parmi ses écrits les plus populaires figurait un dialogue intitulé SàOoç, véritable pamphlet dirigé contre Platon ^

Qu'Eschine, arrivant à la cour de Denys de Syracuse dans le plus modeste équipage, ait été l'objet de quelques quolibets de la part de Platon, traité par le tyran en grand seigneur, l'anecdote n'a rien d'invraisemblable, quoique à l'assertion de Diogène Lacrce on puisse opposer celle de Plutarque *. Idoménée de Lampsaque prétendait que Platon avait injustement attribué à Criton, au détriment d'Eschine, l'honneur d'avoir tout préparé pour faciliter l'évasion de Socrate : je préfère croire que les deux disciples, et sans doute plus d'un autre avec eux, s'étaient chargés en commun de ce rôle de dévouement, et que

1. Voyez Denys d'Halicarnasse, VI, 755 et Athénée, XI, 506; Tb xaO^Xov nâffi toi; 2]a)xpd(rou; |iaOrjTaT; Èneçûxei (jLT^tpuîac ^^^^ SiàOcffiv. Cette accusation se retrouve sous la plume des Pères de TEglise ; c'est ainsi que Platon nous est représenté par saint Joan Chrysostâme comme Cv)^0Ti5ica>c icpbc âicavTaç 6iaxEi(jL£vo;.

2. Sans parler du Sophiste (251 C), c*est Ântisthène que Ton croit désigné dans VEuthydème (301 A).

3. Diogène Laorce (III, 34 et VI, 7), et Athénée (V. 220 et XI, 507) men- Uonnent des traits plus ou moins satiriques échangés entre ces deux adversaires.

4. Diog. Lacrce, III, 3G ; Plutarque, De aduL et amico, 26. Cette page de Plutarque est une des plus fines et des plus ingénieuses du moraliste grec, dont le témoignage est confirmé par la 23* lettre socratique (29« dans OreUi).

parmi tant de généreux complices l'auteur du Criton, moraliste et philosophe et non historien, a librement choisi celui dont le caractère présentait avec la pensée si élevée de Socrate le contraste le phis propre à la mettre en lumière.

EnGn, la longue polémique de Platon contre Lysias, rapprochée surtout de ses sympathies pour Isocrate, ne doit-elle pas être interprétée dans le sens d'une profonde animosité politique? Nouveau grief aux yeux de ceux qui voient dans Lysias le lype du véritable patriote, dans Isocrate au contraire un esprit faible, flottant au gré des événements et accessible à toutes les séductions.

Philosophe, homme d'Etat ou poète, l'homme de génie qui a conscience de sa valeur affecte môme involontairement certains airs dominateurs : l'histoire entière est une justification decemot de Tacite : « Gupido dominandicunctis affectibus flagrantior » ^ Celui qui a réussi à grouper autour de sa personne tant de disciples divers, et qui se faisait un plaisir d'inviter à sa table amicalement hospitalière des Ath^^niens de distinction en dehors du cercle de ses auditeurs ordinaires ^, devait être aussi sensible aux marques de déférence et de respect qu'aux tentatives d'indépendance et aux paroles de mépris : dès lors, si nous ne nous trompons, Tabbé Barthélémy a apprécié Platon sans flatterie comme sans partialité quand il nous le représente « difficile et réservé pour ceux qui courent la même carrière que lui, ouvert et facile pour ceux qu'il y conduit luimême ». Tel sera sur ce point notre propre jugement.

Quoique suffisamment instructives par elles-mêmes, les réflexions générales qui précèdent nous donnent-elles une idée pr^isede la place que tenait Platon dans le monde pensant de wn époque, du rôle qu'il a cru devoir jouer à l'égard des plus

*. Amales, XV, 53.

2. Voir Diogène Laôrce, II. 8 ; Elien, II, 18 ; Athém^e. X, 14. On peut «marquer que l'auteur, quel qu'il soit, de la trente-deuxième lettre socratique (quarante-unième dans rédilion d'Orelli), censée adressée par Speusippeà Xénocrate, se fait l'écho d'une tradition entièrement sympathique i Platon : Tôv |iiv ykp a>; •XBWWYi<joLit twv Ôè w; eyepyéTirj; èireiicXeiTO* xoiv^ 5è irpb;

rquants d*ciitre ses con temporal as? A la seule condition de cueillir patiemment et d'interpréter habilement les données, op rares à notre gré, de Thistoire, il nous a paru que son iographe pouvait et devait aller plus loin : voilà ce qui nous . engagé à étudier dans autant de chapitres distincts les rapports de Platon avec Xénophon, autrefois son condisciple dans l'entourage de Socrate, avec Aristophane, le grand poète comique, le Molière et le Gavarni de T Athènes d'alors, avec Isocrate, fondateur d'une école de rhétorique dont Téclat égala et surpassa peut-être celui de l'Académie, avec Aristote enfin, son élève d'abord et plus tard son rival de gloire aux yeux de la postérité.

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