‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 11 sur 203 · Thucydide, II · texte numérisé non relu

Thucydide, II

ATUÈKES AU CINQUIÈME SIECLE AYANT NOTRE ÈRE i7

soumise aux règles éternelles du vrai et tendant avec intelligence vers un idéal invariable; la force avec la grâce, la souplesse, le naturel, la vie dans sa plénitude et dans son indépendance, puis à cdlé de ces qualités esthétiques l'élévation morale, la dignité, le respect et la pleine possession de soimême, le calme, la sagesse et la raison ^ » Mais n'est-ce pas précisément de tous ces mérites qu*est faite la grandeur du génie platonicien?

Aussi bien voilà sur quel sol merveilleusement préparé Platon allait naitre et grandir^, à l'heure où le premier enthousiasme n'avait pas encore eu le temps de se refroidir, où tout autour de lui rayonnaient dans l'éclat de leur fraîcheur tant de trésors accumulés par deux et trois^générations de penseurs, de poètes, d'orateurs, d'architectes, de peintres et de statuaires: heureuse époque, bien faite pour placer l'âme du jeune homme sur la voie de cet idéal qui devait être l'objet de ses rêves ! Sans doute, comme le disait Dumas recevant M. Taine à l'Académie française, si du temps de Phlon et d'Homère le Phédon et V Iliade étaient cachés dans chaque cerveau, pour les en tirer il fallait quelque chose encore que peu de têtes grecques ont possédé : il fallait être Homère et Platon : mais si le Ciel distribue ces dons éminents à qui il lui plaît, du moins convient-il de reconnaître que dans les trente dernières années du

!. Burnonf, Histoire de la littérature grecque, I, p. 338. — La môme pensée so dégage des lignes suivantes de M. Gebhart : « Ilavra litxii<j^r\(tt v6oc, ce principe d*Ana\agore est devenu la formule littéraire du siècle. Les dieux de Phidias, les héros de Sophocle, les personnages de Polygnote, l'architectare du Parthénon, la musique dorienne, la poésie do la nature, l'organisation politique de la cité athénienne, la prépondérance suprême de Périclés, les doctrines morales de Socrate. toutes ces choses si diverses ont entre eUes un lien commun : elles expriment toutes, chacune à sa manière, la beauté et la supériorité de rintelligoncc. o

2. « Plalo gehorte zwar nicht mehr zu den Mannern, welche das Athen des fûnften Jahrhunderts geschaffon haben : aber er wur cin Sohn des perikleischen Alters und brach die reifen Fruchte des wcltûberschattenden Biumes. Nichts was das reichste aller Jahrhunderte gezeitigt hatte fur ihn vergebens geblûht: ailes fand Raum in seinem umfassenden Geiste, mochte es io Poésie und Kunst, in Politik oder Hhetorik an das Lichtgetreten soin. » (Von Sybel).

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V® siècle tout était disposé à Athènes pour favoriser et inspirer le génie naissant du plus grand d'entre les spiritualistes païens. Même dans cette capitale intellectuelle du monde antique, cent ans plus tôt ou cent ans plus tard, un Platon en possession d'un tel ensemble de qualités brillantes constituerait un phénomène à peu près inexplicable.

M'est-il permis de hasarder à la suite de ce qui précède une réflexion beaucoup plus personnelle? Si Platon n'avait vu que l'apogée de cette époque mémorable, n'aurait-il pas été tenté de lui demander comme à la perfection même la règle suprême de la morale, de la politique, de la science et de l'art, assignant pour terme et limite à sa pensée Thorizon même de la réalité ? Mais avec les années il en a pu voir aussi ,1e déclin. Les ombres ont apparu à son regard à côté de la lumière, et il a eu comme un pressentiment de ce qui manquait à cette civilisation cependant si radieuse pour assurer le règne de la vertu dans les individus, de la paix dans l'Etat, de la concorde et du bonheur dans l'humanité. Ainsi, comme l'avait fait avant lui Thucydide, au lieu de ne s'adresser qu'à ses contemporains, il a cQrit pour le monde, il a parlé et enseigné pour la plus lointaine postérité.

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