‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 12 sur 203 · DU PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

DU PHILOSOPHE

Chose assez étrange, Platon, si avare d'allusions à sa propre personne, n'a pas gardé le même silence sur ses ancêtres, et c'est une remarque très juste de M. Lachelier que ses dialogues suffisent pour reconstituer une notable partie de sa généalogie *.

Le sceptique Alcibiade faisait remonter sa famille jusqu'à Zeus : est-ce que Platon, si sévère à l'endroit des fictions mythologiques, aurait eu recours à quelque prétention analogue pour rehausser l'origine de sa race ? On hésite à le croire : et cependant son père Ariston, au témoignage de Diogène Laërce -, passait pour descendre par Codrus de Nélée et de Neptune : c'est même là le seul renseignement, peu historique à coup sûr, que nous ait légué sur lui l'histoire. Dans le Timée Critias, parlant de Selon, nous représente le célèbre législateur,

1. C'est là sans nul doute ce que Proclus avait déjà constaté, comme le prouvent les premières pages de son Commentaire du Timée»

2. IX, 31. Un ouvrage publié en 1512 sous ce titre : Platonia auetoritates, rattache Platon par son père à Neptune, par sa mère an très sage Salomon.

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le plus populaire des hommes d'Etat athéniens, comme le parent et l'ami de Dropide son bisaïeul; quel était ce degré de parenté? le texte est trop vague pour qu'on puisse en tirer une conclusion précise K Mais voici une indication un peu plus décisive. Dans le Charmide, le même Critias vante le goût que montre à la fois pour la dialectique et pour la poésie le jeune interlocuteur de Socrate ; et celui-ci de répondre : « Quoi de plus naturel chez un descendant de Solon! ^ » Or Charmide, cousin de Critias, était le frère de Périctione, mère de Platon ^

Le même dialogue vante la grandeur et la beauté de l'oncle maternel de Gharmide, Pyrilampe *, dont certaine tradition fait le second mari de Périctione ; mais cette assertion ne s'appuie que sur Tintroduction du Parmmide * ou sur des textes qui comme celui de Plularque, s'y réfèrent visiblement. Or sans même invoquer ici l'origine apocryphe de cet étrange traité philosophique, il suffit de rappeler les difficultés insurmontables qu'ont rencontrées les interprètes, lorsqu'ils ont cherché à justifier au point de vue chronologique le rôle attribué par l'auteur à cet Antiphon qu'il nous présente comme un frère maternel de Glaucon et d'Adimanle. On sait avec quelle verve et quel succès Platon dans sa République a mis en scène ces deux jeunes gens que l'antiquité entière a reconnus

1. Timée, 20 E. Platon so sert du mot oîxeîoc : or on lit dans le scholiaste : otxstot Xéyovrat xat ol crvyYeveî;.

2. Certains manuscrits de Diogène Lacrce (III, 1), sans doute par suite d'une erreur de copiste, substituent à ce nom celui de no-rcûvr^.

3. 155 A .' ToOto ic6(^p(i)0sv Ojiïv xb xa).ôv U7ràp-/£i àirb tt); 2^).h)vo; o'yyycvetaç, et 157 E : *1I TiaTpcoa ujiïv olxta i\ Kpiriou toO Apu)nî5ou xa\ uiz* *AvaxpéovToç xal \iTzh XoXwvo; xal \jn' a>.).o)v iroXXcôv hoitiTûv èYXEXb){iia<7(iévY] TrapaSéfiotai f,[jLÏv.

4. Plutarque parle d'un général de ce nom qui fut l'ami de Périclés et que les Lacédémoniens flrent prisonnier à la bataille de Délium en 424 {Périclés, c. 13). Il l'appelle ôpviOÔTpoço; et Glaucon i»asse pr 'cis.'îmont pour avoir possédé une très riche basse-cour [Uépuhlirjiie, V, 451) A). — Un autre Pyrilampe est connu pour avoir pris devant l'Aréopage la défense de Thucydide l'ancien, adversaire politique de Périclés. Or l'oncle de Charmide nous est représenté par Platon comme ayant en plusieurs circonstances joué le rôle d'ambassadeur.

5. 126 A-B. L'expression employée par l'auteur laisse percer quelque doute. Tcô icatpl» fioxû, IIvpiXà(iicT}; ovo(ia.

pour ses frères, sans s'arrôter à certaines difficultés historiques*: tous deux amis de la vérité, et passionnés pour la controverse, ce qui naturellement ne les empêche pas de professer à l'occasion un scepticisme discret et de bon ton : l'un plus profond, plus méditatif, avec une teinte visible de mélancolie ; l'autre plus ouvert, plus brillant, sachant estimer à leur prix les jouissances d'un esprit cultivé. En vain certains modernes ODt-ils tenté de se séparer ici de la tradition ancienne * : il n'y a aucune raison sérieuse de la soupçonner d'erreur. Il n'est donc pas surprenant qu'au second livre de la République ^ Socraie, ravi des discours de Glaucon et d'Adimante, rappelle à « ces enfants d'un père illustre » qu'un ami a eu raison de leur consacrer une élégie commençant par ce vers : « Fils d'Arislon, issus d'une race divine. » La fierté de Platon avait sa part dans ce pompeux éloge.

Où naquit le grand philosophe? si nous en croyons le témoignage presque unanime de l'antiquité, ce fut dans cette cité d'Athènes dont il devait faire la gloire à Tégal des plus illustres poètes et des plus habiles hommes d'Etat *. Je dis presque unanime, car je n'ignore pas que Favorinus, auteur d'une Histoire universelle^, place sa naissance à Egine, où son père était établi

1. Socrate affirme que Glaucon et Adimantc s'étaient signalés à la journée de Mégare : or Thistoire d'Athènes ne mentionne aucune bataille sous les murs de cette ville qui soit postérieure à 424.

2. ilermann incline à voir dans les interlocuteurs de la République des oncles de Platon : il avait môme cru pouvoir confondre Adimante avec le général dont la trahison, au témoignage de Pausanias (X, 911), avait amené le désastre d'iEgos-Potamos. — Adimante est cité dans l'Apologie (34 A) comme frère de Platon et fils d'Ariston : dans le Discours sur les mystères (c. 16), œuvre d'Andocide, nous voyons un Platon invoqué comme témoin, et an Adimante accusé d'avoir parodié les mystères avec Alcibiade dans la maison de Charmide, près du temple do Jupiter Olympien. D'un autre côté. Xénophon {Mém, III, 6) parle d'un Glaucon, père de Gharmide et fils d'Ariston : il est vrai que c'est pour signaler son ignorance, sa vanité et son ambition.

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