‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 112 sur 203 · Lois, I, 643 E et 644 A · texte numérisé non relu

Lois, I, 643 E et 644 A

3. Alcibiade 1, 123 B : IUt* èyw T,xouffa àv8pb; àÇioirîjxToy tûv àva6s6r,xéTù>v Tipb; pa<Tt)ia. Celte allusion à VAnabase (I, 4, 9) supposerait évidemment un anachronisme : mais co n'est pas le seul que IMaton aurait à se reprocher.

4. Que l'on compare nolainment Ion, 530 B, 536 E et 538 B avec Xénophon (Banquet, III, 6 et IV, 6).

cité du premier de ces écrits, on a crié au plagiat, alors que les deux auteurs n^avaient qu'à s'inspirer d'un spectacle qui chaque jour, pour ainsi dire, s'offrait à leurs yeux : cent témoignages nous apprennent que la sottise des rapsodes de ce temps n'avait d'égale que leur suffisance.

Mais voici que dans le Ménon Platon choisit comme principal interlocuteur Tun des plus en vue parmi les Grecs à la solde de Cyrus le Jeune, et oublie de lui prêter, dès ses premiers rapports avec Socrate, toute la perfidie et toute la scélératesse dont il a fait preuve dans la suite, d'après le récit de YAnabase. Là-dessus, Dacier affirme que Xénophonn'a tracé un portrait aussi affreux de Ménon que pour le punir d'avoir été intime ami de Platon, qui l'avait loué : au contraire, Athénée voudrait nous persuader que Platon ne s'est montré si indulgentque par esprit d'opposition contre son rival. Lequel croire? De part et d'autre l'erreur est égale, d'autant plus ^que si certains détails sont relevés chez Xénophon avec une vivacité particulière, au fond, la physionomie de ce triste personnage est esquissée par Platon en termes d'une très médiocre sympat hie.

Enfin, nous dit-on, tandis que le Socrate de Xénophon se garde de disserter sur les causes naturelles et sur les mouvements célestes, convaincu que la connaissance de ces mystères doit être regardée comme un privilège de la divinité, le Socrate de Platon est bien éloigné d'observer une égale réserve. — Il suffit de se rappeler que le premier parle en son propre nom, au lieu que le second est l'interprète des spéculations souvent hardies de son disciple: toute autre explication serait superflue.

Ainsi, chose extraordinaire, tandis que les inimitiés entre écrivains qui courent une môme carrière ne négligent aucune occasion de s'afficher au grand jour, celle que l'on suppose entre Platon et Xénophon met tous ses soins à se dissimuler. Les passages que l'on cite trahissent non un dissentiment irréconciliable, mais tout au plus de ces divergences d'opinions sur lesquelles un homme d'esprit n'appuie qu'en souriant. Platon s'y prend d'autre façon, quand il a devant lui un ennemi

véritable à combattre : Gorgias, Calliclès, Tbrasymaque, Antisthène en savent quelque chose. Et non seulement les textes et les faits sont rebelles à la démonstration qu'on veut à toute force en faire sortir, mais encore, considérée en elle-même, la thèse dont il s'agit a bien peu de vraisemblance.

En eifet, Xénophon est un homme grave, religieux : Dacier lui-même avoue qu'il est impossible de l'accuser de calomnie et d'imposture. Sa beauté noble et modeste , dit M. Deltour, était une image fidèle de son caractère droit, modéré, affectueux et juste. De son côté Platon, qui a trouvé des paroles si éloquentes pour flétrir Tenvie et les envieux S avait l'âme trop élevée et trop généreuse pour se créer sans motif des adversaires et des ennemis. Or, qu'avait-il à redouter dans Xénophon ? une rivalité de doctrines ? non certainement: une rivalité d'influence? moins encore : une rivalité littéraire? Je n'ignore pas que les jalousies de ce genre sont parfois implacables, et que les anciens déjà attribuaient à Platon un secret dépit d'entendre appeler Xénophon tantôt la Muse, tantôt labeille attique ^ : mais qui nous assurera qu'il y a là autre chose qu'une simple conjecture ? On oublie que l'auteur des Helléniques et des Mémorables était pour lui un allié, allié des plus précieux à la fois et des plus honorables, sur presque tous les champs de bataille où il déployait sa verve éloquente ^ Il y a mieux, on peut citer une page entière d'un des traités les plus célèbres de Platon, sa Républiques^ où se rencontrent à la fois la peinture et l'éloge d'une destinée singulièrement voisine de celle de Xénophon. Une courte citation en fournira la preuve : « Celui qui goûte et qui a goûté la douceur et le bonheur qu'on trouve

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