Expressions du Phédon
2. M. Hild (Aristophanes impielatis reus, p. 98) va jusqu'à supposer qu'il 7 eut entre le philosophe ot le poète converti tout un échango de bons procédés. c< Unde non solum potestcolligi nullas jam, si qux unquam fuerunt, in Socratis censorein piissimo discipulo rcmansisse inimicitias, scd inter poetam philosophumque communia quoidam fuisse studia, ita ut comicus suavitate ingenii gravissimum virum delectaret, ipse séria multa edisceret quorum vestigia in ultimis ejus fabulis deprehendi possunt. »
:m LA VIE DE PLâTO!!
et celui de la République ont couru la même carrière; c'est assez dire tout ce que la connaissance de leurs mutuelles relations offrirait de piquant au moraliste et à l'érudit.
Mais à notre grande surprise (car il s'agit d'écrivains dont l'œuvre entière nous a été conservée) textes et documents font absolument défaut à qui cherche à résoudre ce problème. Platon n'a parlé d'Isocrate que dans uo seul passage, et ce passage est conçu de telle sorte qu'il prête à des interprétations divergentes ; quant à Isocrate. moins généreux encore, il n'a pas daigné nommer une seule fois Platon, pas plus qu'Euclide, Xénophon ou Eschine, ou tout autre de ceux avec qui il avait entendu les leçons de Socrate. Serait-ce un exemple de ce que les modernes appellent la « conspiration du silence » ? Il est bien difiicile d'admettre que, tandis qu*il composait ses nombreux discours, il n'ait jamais songé à aucun de ses contemporains, amis ou adversaires, pour les gratifier ceux-là d'un éloge, ceux-ci d'une critique; mais telle est la hauteur où aime à planer sa parole que ces questions de personnes perdaient à ses yeux toute importance. Chose encore plus surprenante, cet écrivain qui a sans cesse à la bouche les mots de philosophie et de philosophes ne parait pas s'être donné la peine d'étudier sérieusement l'histoire de la pensée grecque. En ce qui touche Platon en particulier, se poser ouvertement en rival et en antagoniste ne répondait ni au tempérament ni aux préférences d'isocrate; d'un autre cAté, certaine compétition d'amour-propre le détournait du rôle d'admirateur et de panégyriste.
Voyons cependant si un examen plus approfondi n'autorisera pas tout au moins quelques hypothèses probables sur les relations réciproques de ces deux célèbres Athéniens *.
Isocrate, l'ainé de Platon de neuf ans environ (il est né en 436), put jouir assez longtemps de l'intimité de Socrate. t II se fit remarquer auprès du maître par l'intérêt avec lequel il écoutait sa conversation, par la justesse de ses réponses, par le
1. Dans SCS ScoUna hypomncmata (1884) Bako a inséré sous ce titre : De œmulalione Platonem inter et Isocratem^ une étude qui m'est restée inconnue.
sincère désir qu'il laissait paraître d'être lui-même bon et vertueux, ainsi que d'éclairer et de corriger les méchants *. » Mais n'a- 1- il pas prêté une égale attention aux leçons des Corax, des Tisias et des rhéteurs plus ou moins suspects qui se firent un nom et une fortune durant les tristes péripéties de la guerre du Péloponnèse? Quoi qu'il en soit, après avoir fait du vivant même de Socrate ses débuts au barreau d'Athènes, si l'on nous permet cette expression toute moderne, désespéré par la faiblesse de son organe qui l'empêchait de se faire entendre sur la place publique, il ouvrit une école d'éloquence*. Chose curieuse, ce fut Ghio et non la capitale de l'Âttique qui eut les prémices de son enseignement. Le prix élevé de son cours (mille drachmes) semble avoir accru plutôt que ralenti l'empressement des nombreux disciples attirés par sa réputation de toutes les parties de la Grèce et môme des contrées limitrophes. Comment s'en étonner, alors qu'il a pris soin lui-même de nous avertir qu'il était entouré, parmi les Athéniens, d'une renommée semblable à celle dont jouissait Athènes elle-même au milieu du monde hellénique? Un esprit plus porté à la critique qu'à l'enthousiasme, mais étrangement amoureux d'atticisme, Paul-Louis Courier, s'écriait après avoir lu les chefsd'œuvre d'Isocrate : « Quel écrivain ! Quel écrivain I » Et en vérité ceux qui, dociles aux conseils de BufTon, affectent dans leur élocution une noblesse et une élégance soutenues ne sauraient se proposer un modèle plus accompli. Impossible de concevoir pour la pensée un vêtement plus ample, un tour plus harmonieux. Platon lui-même, malgré la hauteur et l'originalité de sa pensée a dû, si nous en croyons M. Perrot, apprendre certains secrets du métier chez cet Isocrate dont il fait un si vif éloge ^ La chose, il est vrai, n'est rien moins que certaine.