‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 122 sur 203 · Perrot, L'éloquence à Athènes, p · texte numérisé non relu

Perrot, L'éloquence à Athènes, p

2. On Ta dit avec raison : pour qa'Isocrate trouvât dans sa patrie un théâtre digne de lui et en rapport avec ses aptitudes, il eût fallu qu'à côté d'un Sénat, TÂthènes de Périclés eCit son Institut, mais au milieu de tant de choses brillantes ou utiles celle-là lui faisait défaut.

3. Il est un fait tout au moins que M. Campbell et d'autres critiques ont mis en lumière : c'est que dans le style de Platon vieillissant se trahit

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D'autres mérites sans doute contribuaient à rendre le rhéteur cher au philosophe.

On sait ce que pense Platon du gouvernement d'Athènes : or Isocrate, Tennemi-né des mœurs démagogiques» n'est pas tendre même pour cette démocratie plus modérée qu'avait tenté de constituer Périclès ; las des caprices et des excès de la multitude, il ne dissimule pas son aversion contre ceux qui élèvent au pouvoir ou y laissent élever <( les hommes les plus pervers, les plus audacieux, les plus indifférents à la prospérité du pays. » Cet Athénien de la vieille roche n'a pas de plus ardent désir que de voir sa patrie revenir aux mœurs et aux institutions qui firent autrefois sa grandeur.

Socrate et Platon avaient voulu faire de la philosophie un instrument efficace de régénération sociale : Isocrate s'abandonne au môme rôve en ce qui touche la rhétorique, laquelle, dit-il, n'a d'autre objet que de nous disposer et de nous former à toutes les vertus *. Il fait lui-même de visibles efforts pour atteindre à cet idéal et fulmine contre Tavilissement de Tart par les sophistes. A l'entendre, son école est fermée à leurs tromperies, à leur vantardise : on n'y exalte que ce qui est vraiment digne de tout éloge, la grandeur d'âme, le désintéressement, le culte des antiques souvenirs. La réalité répondait-elle de tout point à de si belles promesses? Je n'ose m'en porter garant; aussi bien n'est-ce pas le sort de maints programmes de souffrir des lacunes dans leur exécution? Du moins qu'on relise le Panégyrique ; rarement dans l'éloquence profane de plus nobles pensées furent exprimées sous des dehors d'une plus irréprochable perfection. Quel qu'en soit le titre, tous les grands discours d'Isocrate sont une perpétuelle prédication morale, à telles enseignes que son dernier traducteur français, le duc de Clermont-Tonnerre, voyait en lui

rinfluence visible de la méthode de composition dont Isocrate est le plus saillant, sinon le plus ûminent représentant.

1. a J'ai souhaité surtout l'approbation de ceux qui n'écoutent rien aTec plus do plaisir qu'un discours où se trouvent rappelées les gloires des per sonnages célèbres et les mœurs d'une cité bien gouvernée. »

« une sorte de chrétien anticipé, à qui avait manqué seulement un rayon de la lumière évangélique. » Sans aller aussi loin, nous reconnaîtrons volontiers qu'Isocrale, honesti ftudiosus^ comme le définit très sensément Quintilien, est du petit nombre des auteurs païens qu*on peut mettre en entier, sans restriction ni réserve, entre les mains de la jeunesse. Bref, pour parler avec un des appréciateurs les plus compétents de la Grèce antique, notre maître regretté Emile Egger *, « Tœuvro d'Isocrate nous le représente comme un personnage toujours grave et décent, toujours préoccupé des plus sévères intérêts de la vie, fidèle à ses amis, courtois envers ses ennemis jusqu'à les attaquer en termes si vagues qu'on a peine aujourd'hui à les reconnaître aux traits par où il nous les désigne, justement fier de la nombreuse clientèle que ses talents lui avaient assurée parmi la meilleure société d'Athènes et de la Grèce, mais tournant toute sa popularité au bien public par la défense des idées qui font la force et l'honneur d'une grande nation. »

Voilà certes autant de points de contact, autant d'occasions de rapprochement entre Platon et Isocrate ; mais en cherchant bien, ne trouverait-on pas quelques ombres au tableau?

Pour Isocrate, le premier des arts, c'est la rhétorique qu'i définit à la façon de Gorgias, « l'ouvrière de la persuasion ^. » Tout lui est subordonné, même la philosophie, ou ce qu'il plaît à l'auteur du Panégyrique d'appeler de ce nom; car ses vertueuses déclamations ne prouvent pas qu'il se soit jamais fait de la philosophie une idée bien élevée. Laissons même de côté, si l'on veut, d'aussi frivoles jeux d'esprit que VEloge d'Hélène : libre à l'auteur de varier son sujet par les digressions les moins justifiées ; néanmoins, quand il veut faire honneur à la fille de Lérla des heureuses conséquences d'une guerre allumée par sa passion adultère, on ne pardonne plus, et l'on regrette une fois encore le tort irréparable fait aux âmes par la sophistique. Mais jusque dans les compositions en appa-

1. Notice historique sur le duc de Clermont^Tonnerre, 3» édit., p. 40.

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