‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 143 sur 203 · Voir l'anecdote raconl«;o par Diogône Laërce, II · texte numérisé non relu

Voir l'anecdote raconl«;o par Diogône Laërce, II

2. Diogèiie Laërce, IX, 39. M. Tannery no croit pas que les écrits do Démocrite aient été connus ot répandus à Athènes avant le temps d'Aristote. C'est ainsi sans doate qu'il faut expliquer l'oubli dans lequel le philosophe d'Abdcre a été laissé pendant toute la période socratique.

3. L'histoire de la civilisation offrant dos retours tout à fait Inattendus, une Revue publiait naguère l'information suivante: « L'industrie du livre étant aujourd'hui en Allemagne au moins aussi peu lucrative qu'en France, les auteurs allemands ont adopté le système de lire leurs ouvrages en public dans les grandes villes de l'empire avant de les publier. »

4. Une expression qui revient fréquemment à propos des ouvrages ou des résumés sortis de la main des premiers philosophes, c'est celle de TiîpiTv- •/eiv (Diogène Laërce, par exemple, l'emploie (IT, 12) en parlant de l'exOedi; d'Anaximandre citée par ApoUodore). Sans doute nous disons encore: « Le hasard a fait tomber sous mes yeux telle brochure, tel livre » : mais ce; n'est qu'à titré d'exception.

YomeDt élevé du papyrus ^ au temps considérable qu'exigeait leur confection ou au peu d'empressement que mettaient les anciens à livrer sans retour à la curiosité publique les produits de leur plume, donne seule quelque vraisemblance à certains récits, d'après lesquels un traité de Philolaûs, par exemple, aurait été payé 100 mines attiques (près de 10,000 francs) et le Meya^ SiàxoGjjio; de Démocrite jusqu'à 30 talents ^. Plusieurs auteurs veulent qu'Aristote ait acheté trois talents (près de 18,000 francs) les livres de Speusippe ^ : rien ne fait supposer que ce fussent ses autographes auxquels se serait attaché un prix exceptionnel ; cette passion devait être d'autant plus étrangère aux collectionneurs de l'antiquité que le premier auteur lui-même recourait d'ordinaire à la main des copistes, et qu'entre des documents d'époque différente, mais sans date, il était difficile de distinguer sûrement le plus ancien *,

Un dernier fait peut servir à prouver combien à l'époque dont nous parlons les livres sont encore peu répandus. Aujourd'hui désirons-nous préciser ou rectifier un souvenir, hésitons-nous sur un titre, sur un passage saillant de tel ou tel ouvrage, nous allons droit au livre lui-même ou tout au moins à une de ces Anthologies de morceaux choisis déjà si appréciées au

1. D'après des calculs que nous pouvons croire exacts, la feuille de papyrus revenait ù une drachme et deux oboles : aussi écrivait-on sur des tablettes de cire ou des planchettes de bois tout ce qui n'avait pas une réelle importance. En tout cas le prix du papyrus était hors de toute proportion avec la valeur de notre papier d'aujourd'hui.

2. La légende pythagoricienne contient à cet égard un trait bien signlGcatif. Un des membres de la communauté, chargé de la bourse de tous, la perd : pour se procurer dos ressources, on décide simplement qu'on publiera un ouvrage géométrique, dont le trésorier recueillera les profits.

3. Ânlu-Gelle dit qu'il s'agissait d'un très petit nombre d'ouvrages (III, 17) : « pauculos libros. »

4. L'adjectif aÙT^ypa^o; lui-même est de création relativement récente ; il se rencontre chez Denys d'Halicarnasse {Antiquilés romaines, V, 7), et Plutarque {Vie de Serlorius). Ce dernier écrivain est le premier à employer les deux substantifs aÙToypa^ov et */c(pÔYpa?ov. Les textes conservés ne laissent d'ailleurs supposer aucune distinction essentielle entre l'original et une copie. Cependant Pline et Aulu-Gelle se préoccupent de l'origine des manuscrits : s'ils ne peuvent (rencontrer manus scriptorum, ils recherchent au moins des copies de domo ac fàmiiia Vergilii,

déclin de Tantiquité. Chez les contemporains de Platon, rien de semblable. Si Ton connaissait l'existence de ce qui avait été écrit et publié antérieurement, on n'en avait presque jamais sous les yeux la teneur exacte, sauf pour certaines assertions devenues en quelque sorte proverbiales et fixées dès lors dans toutes les mémoires. On citait de souvenir S sans viser en aucune manière à Texactitude matérielle, et pour juger un homme ou un système, on s'appuyait sur la tradi-. tion à laquelle, comme chacun le sait, on ne doit demander ni précision, ni clarté.

Il faut convenir que la situation, telle que nous venons de la dépeindre, tend à se modifier dès la première moitié du iv« siècle. Dans des cités où <( tout dépendait du peuple, et où le peuple dépendait de la parole », il est bien naturel qu'avant, tout l'on ait demandé réputation et célébrité à Taclion personnelle, soit en public du haut de la tribune, soit auprès d'un auditoire recruté en vue d'un but déterminé. Mais ceux à qui, comme à Isocrate^ il manquait ces deux qualités essentielles de. l'orateur, la voix et Tassurance, ou encore ceux qui voulaient se tenir à Técart du tumulte de Tagora et des compétitions; des partis, devaient-ils par là même se condamner sans retour à l'obscurité et au silence ? devaient-ils renoncer à tout espoir « d'agir dans un sens donné sur Topinion publique? Non, sans doute, et nous voyons notamment les brochures politiques sa' multiplier à cette époque d'une façon assez inattendue. Ce serait à coup sur une erreur étrange de se figurer alors une publicité analogue à celle de nos grands journaux : Isocrate avoue n'écrire que « pour qui voudra l'accepter - » : mais il semble qu'à ses yeux l'écrivain peut prétendre désormais à lamème renommée que l'orateur, et personnellement il est assuré, en prenant la plume, d'être agréable aux hommes les plus distingués de la patrie hellénique.

Les logographes eux-mêmes ne se contentent plus des succès

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