‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 148 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Chose étrange, Platon, ce modèle des écrivains, n'eût jamais d& écrire s'il eût voulu demeurer conséquent avec lui-même. Il met une véritable coquetterie d*artiste à se montrer plein de dédain pour ces dialogues auxquels depuis deux mille ans sa gloire est attachée.

<c Les meilleurs écrits, lisons-nous dans le Phèdre *, ne servent qu'à réveiller le souvenir de ceux qui sont déjà instruits : les discoars dialectiques, véritablement écrits dans les âmes des auditeurs et consacrés au juste, au beau et au bien, réunissent seuls la clarté, la solidité et le sérieux : seuls ils peuvent passer ajuste titre pour les enfants légitimes de leur auteur; les autres ne sont dignes d'aucune attention... Celui qui n'a rien de plus précieux que ce qu'il a composé et écrit tout à loisir, en tourmentant sa pensée, en y ajoutant et en retranchant sans cesse, nous lui laissons les noms de poète, de discoureur et de publiciste. » Platon ne chante-t-il pas la palinodie dans telle page des Lois où il proclame bien haut l'influence légitime de la littérature sur le mouvement des esprits? nous

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n^agiterons pas la question : il nous suffit d'avoir constaté que le fondateur de TAcadémie eût peu goûté ce mot d*un de nos académiciens : u La science est dans les livres. Le livre est le plus complaisant des guides : c'est le maître des maîtres. »

Et cependant, bien que Platon éprouvât plus de fierté à voir la jeunesse athénienne affluer à ses leçons qu*à supputer le nombre de lecteurs que lui réservait l'avenir, on peut affirmer qu'à l'exemple des plus grands d'entre ses contemporains, et notamment de Thucydide, il a songé à la postérité *. S'il avait voulu seulement se parler à lui-même, selon un mot do 6ôthe, ou laisser à ses interlocuteurs un sommaire quelconque des entretiens qui avaient animé la solitude de l'Académie, il n'eût certainement pas pris aussi au sérieux sa tâche d'écrivain *.

On a dit, il est vrai, que « les Grecs, ces artistes par excellence, n'ont presque jamais retouché leurs ouvrages et que du premier coup ils ont atteint à la perfection ^. » Ne nous en persuadons pas trop aisément. Leur heureux naturel n'a jamais méprisé ni exclu le secours de l'art. Qui ignare que les poètes dramatiques du siècle de Périclès, instruits par la critique, n'ont pas hésité à refondre plusieurs de leurs pièces, et qu'Isocrale a consacré la moitié de sa vie à remanier et à polir son Panégyrique ? Le même rhéteur n'avoue-t-il pas * qu'une des considérations qui le détournent de détruire son Panathénatquey c'est la peine qu'il lui a coûtée? Phanias n'était apparemment pas seul de son temps à trouver que certaines harangues de Démosthène « sentaient l'huile ».

1. Diogène Laërce (III, 38) rapporte de lai un trait qui fait songer à une phrase bien connue de La Bruyère. On agitait devant le philosophe la question de savoir si on lo citerait plus tard comme ses prédécesseurs. 11 répondit : f<Faisons-nous un nom d'abord, et ensuite les citations se multiplieront d'ellos-mômes ».

2. Loiigin (Voir la Vie de. PloUn par Porphyre, ch. 20) nomme quelques philosophes de son temps qui, après avoir initié personnellement à leurs ▼ues le polit, groupe de leurs élèves, s'étaient fort peu préoccupés de la valeur de leurs écrits, TtâpcpYov r/) Toiautri -/priO-afisvoi (nco*j6iî xai y.r\ npoTjYOu- (jLévr,v rspi toC fçii^ii^ opp^v >aîi($vTe;. — Personne ne prêtera une pareillo résolution à l'auteur de la République et du Timée,

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