De seneclute, ch
4. De adm, vi Demos th., 51. — Lo mémo auteur s'exprime ainsi dans un autre de ses ouvrages (D/» nomp. verbonnn. 23, p. 208) : Ilâdt ôt^ttov toi; çiXoX^voi; T-vwpipLaTà 7r£p\ xr^ç ç'.ÀoTcovîa:; xàvSpb; laTopoû|X£va. — Platon, appelé par Quintilien (IX, 1, 77) « diligentissimus compositiunis » aurait pu dire avant J. J. Rousseau: « Mes manuscrits raturés, barbouillés, indéchiffrables, attestent la peine qu'ils m'ont coûtée. Il n'y en a pas un qu'il ne m'ait faUu transcrire quatre ou cinq fois » {Confessions ^ III, p. 80).
ne faisait qu'imiter l'exemple de Platon ^ : comme il connaissait le faible de ses concitoyens pour le beau langage, celui qui, dit-on, retourna de vingt façons différentes la première phrase de son dialogue capital, afin de la rendre aussi flatteuse que possible à Toreille ^ !
Membranis intus positis, delere licebit Quod noa edideris,
dira plus tard Horace : Platon le savait. Tout porte donc à croire que, jaloux d'une perfection vraiment idéale, il a dû différer lui-même d'année en année l'heure ot il se séparerait de ses écrits pour les livrer au public par l'intermédiaire ou de ses copistes ou de ses amis. Il convient aussi de remarquer que les plus importants contiennent une censure plus ou moins expresse des Athéniens, de leurs institutions, de leurs grands hommes, de cette démocratie à laquelle ils semblaient d'autant plus attachés qu'elle se compromettait davantage : faire paraître au grand jour d'aussi franches critiques, n'était-ce pas s'exposer à de sévères représailles? Ils étaient encore rares, ceux qui répudiaient le titre de citoyen d'Athènes pour celui de «citoyen du monde », et semblable opposition, pour être tolérée dans l'enceinte d'une école, fût devenue promptement dangereuse en affectant une plus vaste et plus bruyante publicité.
On lit sans doute dans une lettre prétendue d'Eschine que les théories de Platon l'ont rendu célèbre dès son vivant en Si-
1. Cron {Der Plalonische Slaat» 1876) considère la République non seulement comme Tœuvre platonicienne par excellence, mais comme le point central autour duquel seraient venus successivement se coordonner et se grouper tous les autres éléments du système. Si nous en croyons cet énidit, Platon a eu sans cesse ce dialogue entre les mains pour retendre* le corriger et l'adapter aux conquêtes successives de sa pensée. Les deux premiers livres seuls, à peu près contemporains du Charmide et dn I^w, composaient l'œuvre primitive, d'allure toute socratique : les huit autres, ajoutés à diverses époques, marquent les étapes parcourues par le génie personnel du philosophe.
S. On lit à ce propos dans Quintilien (VIII. 6) : « Neqne aliud potest sermonem facere numerosum quam opportuna ordinis mutatio ; neqne alio
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cile et en Italie ^: mais si cette affirmation avait la moindre valeur historique, les voyages du philosophe et de ses auditeurs lexpliqueraient d'eux-mêmes, sans qu'il fût nécessaire d'invoquer la diffusion de ses écrits.
Des considérations d'ordre différent vont nous conduire au même résultat.
On se figure volontiers les anciens (je parle des savants et des philosophes) enfermés dans leurs idées personnelles, étrangers les uns aux autres et habitant pour ainsi dire un monde à part au milieu de leurs concitoyens. Le portrait n'est vrai que de quelques-uns. Les rivalités de mérite, les divergences d'opinion, les jalousies de métier n'ont pas été plus inconnues des Grecs d'autrefois que des Français d'aujourd'hui : elles ont dû même être aussi promptes, aussi ardentes à se produire au grand jour. Lorsque les prosateurs anciens écrivaient pour la postérité, c'était en général des œuvres de longue haleine patiemment méditées, dont nous admirons à cette heure encore les vastes proportions, et qu'ils savaient capables de porter leur nom avec honneur devant les âges à venir. On est dès lors d'autant plus fondé à penser (hypothèse d'ailleurs confirmée par l'examen des textes) que les compositions moin s étendues, parfois même assez courtes, qui ont pris place à côté de ces œuvres magistrales, ont été très probablement dictées par quelque motif de circonstance, réponse à une agression ouverte ou détournée, réfutation d'une thèse jugée fausse ou périlleuse, désir de faire briller à son tour sur un sujet donné son esprit ou son savoir*. C'est le cas de plusieurs traités d'Isocrate et de
ceris Platonis inventa sunt quatuor illa verba, quibus in illo pulcherrimo opemm in Pirœum se descendisse si^nificat, plurimis modls scripta, cum namerum eorum quam maxime perfcctuni facere experiretur. »
1. La vingt-huitième dans la collection Orelli : IIXa-rtDv |tèv SOva-rac ti iiéya xa\ dicùiv toi; X^^oi;* oOsv T,8r, xa\ Tztç>\ 'Iia/tav Oa-jjiaseTa'., xal -ïrepi StxsXîav ics<rav. — Cf. Tzetzes, Chil., X, 790.
2. C'est ce que fait remarquer M. Henry à propos de la Cyropédie composée, si Ton en croit Aulu-Gelle, en réponse aux deux premiers livres de la/?epMblique de Platon: « So gewinnen wir ein Bild von der Art und Weise wie damais seiche Scriften zu entstehen pflegten, die wir fast wie Fossilien
Platon, t. I. 24
Xénophon : le même fait aide à expliquer l'abondance presque incroyable de dissertations de toute espèce qui avaient cours sous le nom des principaux péripaléticiens et stoïciens de l'ère macédonienne. 11 va de soi qu'après vingt, après quarante ans, auteur et lecteurs se désintéressaient aisément de cette seconde catégorie d'écrits : on sait à quel oubli sont fatalement condamnés chez nous les revues et les journaux de la veille. Or il est incontestable que plusieurs dialogues platoniciens offrent de près ou de loin le caractère que nous venons de rappeler.
Mais ce n'est pas seulement à ces œuvres d'importance secondaire et composées peut-iHre non sans quelque hâte, c'est à des ouvrages d'une portée supérieure que s'applique un autre ordre de considérations.
Aujourd'hui après la suppression de toutes les castes, de toutes les distinctions sociales, après la chute des barrières matérielles et surtout morales qui autrefois séparaient les peuples, récrivain peut avoir l'ambition d'être lu et connu par tous, dans les nombreuses contrées conquises à la civilisation. Chez les anciens au contraire, comme Ta fait voir un érudit contemporain, les ouvrages passaient avec lenteur d'une personne à l'autre : donner un livre à ses amis ou le répandre dans le public ne dilférait que par la quantité des copies que l'on en faisait faire. La limite était indécise et il était bien difficile de dire à quel moment précis commençait la publication. Presque tout ce que l'on écrivait alors s'adressait presque nécessairement à un petit nombre, élite intellectuelle au milieu d'uneélite politique. Les dédicaces à tel ou tel personnage déterminé, qu'il s'agisse d'un enseignement donné, d'une curiosité satisfaite ou d'un hommage rendu, doivent être prises infiniment plus au [)ied de la lettre (jue de nos jours : selon toute vraisemblance, le Discours à Nicoclès^ par exemple, et la Rhétorique à Hérenniiis ont été composées pour Nicoclès et pour Ilcrennius plus sûrement encore que le Discours sur fhistoire universelle ne le fut
anzustaunen gewohnt sind, die in Wirklichkeit aber weit mehr Gelegenbeitsachriflen, Streit-oder Parteischriften warcn, als wir heute giaubea. »
pour le Dauphin K Au dire de Diogène Laërce*, Chrysippe se fit accuser de hauteur pour ce seul motif qu*il n'avait dédié à aucun prince le moindre de ses innombrables écrits.
Pour ne pas sortir de l'histoire des idées, accordons que les sophistes et quelques esprits plus sérieux, tels qu*Ëmpédocle, avides comme eux d'une mise en scène imposante, ont brigué les suffrages et les applaudissements de la foule : en revanche il ne parait pas contestable qu'à dater de la fondation des grandes écoles les philosophes grecs, en rédigeant leurs doctrines, ont eu d'abord et surtout en vue le cercle restreint de leurs disciples ^ La chose est surtout évidente en ce qui touche la plupart des ouvrages d'Aristote : ils reflètent si fidèlement ses leçons du Lycée * qu'abandonné à ses seules réflexions un lecteur même rompu aux sujets en discussion a peine à comprendre, et qu'aux reproches réels ou prétendus d'Alexandre à propos de
1. Gicéron écrit à Atticus (XVI, 2) : « Jo vous ai envoyé mon traité De la gloire; qu'il soit pour vous seul, selon Tusago ; cependant marquez les bons endroits et Salvius pourra les lire à table devant des amis ». Cette fois Atticus a si bien gardé la consigne que pour nous le livre est perdu.