‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 156 sur 203 · Cité dans Maï, Auctores classici^ îlî · texte numérisé non relu

Cité dans Maï, Auctores classici^ îlî

immédiatement sa mort la fondation de son école a contribué à cet heureux résultat, d'autres causes ont dû intervenir pour préserver la collection platonicienne pendant toute la suite de Tantiquité et du moyen-âge contre des éléments de destruction malheureusement trop efficaces. Si nous possédons aujourd'hui tout Platon, c'est pour le même motif qui explique la conservation presque intégrale de l'œuvre de Cicéron et de Démosthène : je veux dire l'éminente supériorité de la pensée, d'une part, et de l'autre le charme incomparable du style, double séduction si puissante que plus d'un grand esprit aurait été prêt à s*écrier avec Cicéron : « Malo errare cum Platone quam cum cœteris vera sentire. »

Si un Romain ou un moderne peut parler de la sorte, quelle devait être l'admiration d'un Grec cultivé? Par un rare privilège Platon réunit la sublimité de Bossuet, la grâce de Pénelon et l'esprit de Voltaire, et dans tous les tempsles générations qui n'ont pas eu la force de pénétrer jusqu*au fond des enseignements du philosophe se sont justement éprises du talent de l'écrivain.

Mais nous avons hâte d'arriver â un autre problème, particulièrement important et difficile. Rien de ce que Platon avait écrit ne s'est perdu, voilà sur quoi chacun est d'accord; est-ce à dire que rien de ce que d'autres ont écrit ne nous a été transmis sous le couvert de ce grand nom? L'héritage du philosophe est intact : mais peut-on soutenir avec la même assurance qu'il est pur de toute addition étrangère? Sur ce second point Grote n'est pas moins affirmalif que sur le premier, et cette partie essentielle de sa thèse vient d'être reprise et habilement développée en France dans un mémoire de M. Charles WaddiiigtonMlest inutile, je pense, d'en faire ressortir l'importance extrême et même décisive par rapport à la discussion présente.

Voici en substance le raisonnement sur le^^uel se fonde le

1. Voir les Comptes- rendu 9 de l'Académie de» flcienean moralex «juillist 1886).

savant anglais. L3 catalogue des écrits de Platon a été dressé par les critiques alexandrins; si l'on réussit à établir que de^ puis la mort du philosophe jusqu'au temps d'Aristophane et de Tbrasylle aucun apocryphe n'apénétrédans la collection, les décisions de ces deux grammairiens doivent nous servir de règle; or saur les exceptions universellement admises, ils reconnaissent comme authentique la totalité des dialogues qui nous sont parNenus.

Sans doute depuis son premier retour de Syracuse Platon est demeuré invariablement fidèle à l'Académie : c'est là qu'il a enseigné, c'est là qu'il est mort, c'est là qu'a été élevé son tombeau. Après lui comme de son vivant, le local dont il y était devenu possesseur fut le centre et le foyer de sa doctrine. Une suite ininterrompue de scolarques ont hérité non seulement de ses biens et de ses propriétés, mais encore de l'honneur de présider aux destinées de l'école qui durant plusieurs siècles n'a pas cessé d'être fréquentée. Elle survécut même aux dévastations dont ce faubourg d'Athènes fut le théâtre pendant le siège de la ville par Sylla * : on la transporta alors au Plolema^um où Cicéron entendit les leçons d'Antiochus ^. Speusippe et Xénocrate, les continuateurs immédiats de Platon, avaient grandi à ses côtés : eux-mêmes et leurs successeurs étaient donc à même, dit Grote, de donner des réponses précises à quiconque les in-* terrogeait sur Tauthenticilé de toute composition pulili.'e sous le nom de Platon. On rapporte ^ que les libraires des derniers siècles de l'ère païenne ne se faisaient aucun scrupulede raellre en circulation force discours prétendus disocrate auxquels ce laborieux écrivain n'avait certes jamais songé : mais aussi où trouver une personne connue et d'accès facile, en possession d'affirmer qu'elle a en mains tous les manuscrits d'Isocrale et que

Page 1