‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 169 sur 203 · G G et 369 B · texte numérisé non relu

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voulu témoigner ainsi de leur célébrité exception nelle, soit qu'il se fût familiarisé d'une façon plus particulière avec tout ce qui se rattachait aux leçons de l'Académie. — Que l'élève ait connu de près non seulement les enseignements, mais encore les dia* logues de son maître, qu'il en ait^possédé des copies conformes dans sa bibliothèque, rien de plus naturel, rien de plus facilement explicable ^ : est-ce à dire que mettant en scène, comme il le fait, tant d'autres philosophes contemporains ou antérieurs, il se soit interdit de mentionner leurs ouvrages-? La chose serait d'autant plus surprenante que des nombreuses allusions qu'il fait aux (loclrines d'un grand nombre on est presque en droit de conclure qu'il était en possession de leurs écrits.

Mais, ajoute-t-on, sauf en ce qui concerne Alexandre de Téos, leprétenducréateurdudialogue.DiogèneLaércenousaconservé la liste des écrits attribués à chacun des socratiques, et nous n'y voyons figurer ni Gorgias, ni Ménon^ ni tlippias, — Selon une remarque fort juste d'Alberti , le fait est très loin de constituer une démonstration péremptoire du l'origine platonicienne de ces trois dialogues.En effet, les catalogues transcrits avec plusou moins de fidélité et d'exactitude par DiogèneLaêrce datent de l'époque où les bibliothécaires alexandrins firent entre les grands

1. Aussi M. Weil a-t-il dit en parlant de Tédition de Platon par Atticns, faite sur les documents venus do Skepsis: « Pour ce qui est de Platon en particulier, où pouvait-on s'attendre à trouver un exemplaire correct de ses écrits, si ce n'est dans la bibliothèque de son grand disciple ? »

2. Arislote nomme trois fois Antisthèue (Topiques, 1^ 104b 20, Métaphysique, 4013b 24 et 1024b 32), une fois Aristipi)e {Métaphysique, 996b 32) et trois fois Spousippe. Il ne parle nuUe part de Phôdon ni de Xônophon : quant à TEuclide cité dans la Poétique (Uîifia 7), il est évident qu'il n'a rien de commun avec le disciple de Socriite. Néanmoins la profonde connaissance qu'avait Aristote de toute la philosophie grecque justifie la réflexion d'Alberti au sujet dos dialogues qui nous occupent : « AVenn zwar die durcligangige Riicksicht des Arisloteles auf Plato die Priisumption ihres platonischen Ursprunges ist, niuss doch die Kritik die Mo^'lichkeit der Ausnahmen einrâumen. » Ajoutons qu'en dehors de Platon les ouvrages philosophiques portaient en général des titres d'une banal! t:'î désespérante et dés lors bien peu intéressants ou utiles à reproduire. Qui nous dit d'ailleurs que telle assertion habituellement rapportée au Socrate historique n'a pas été empruntée par Aristote à quelque dialogue socratique où le sage athénien, selon la coutume de ce genre, jouait o premier rôle?

LES TÉMOIGNAGES UISTORIQUES 421

noms (lu passe la répartition un peu arbitraire, on en aura plus tard la preuve, des richesses philosophiques de leur temps. Il fallait de toute nécessité refuser tel ou tel dialogue aux autres socratiques, dès l'instant où Ton était décidé à inscrire à côté de son titre le nom de Platon.

Il reste donc établi, toute hypothèse d'interpolation étant écartée*, que du vivant d'Aristote les trois dialogues dont nous parlons avaient vu le jour : mais tandis que certaines allusions nous permettent d'affirmer avec une extrême vraisemblance que le fondateur du Lycée considérait le Gorgias et surtout le Ménon comme appartenant à la collection platonicienne, cette constatation nous fait entièrement défaut en ce qui touche VHippias,

Un doute semblable et non moins justifié surgit à propos du Ménexène^ qu'Aristote ne connaît pas sous ce titre, mais qu'il semble néanmoins citer sous le nom de Xoyo; e-ïuiràcpio;, comme si à réloge funèbre, véritable fond de l'ouvrage, n'était venu que plus tard s'ajouter l'entretien d'ailleurs fort étrange qui lui sert de cadre. « Il faut considérer, écrit l'auteur de la Rhétorique^, devant qui l'on fait un panégyrique. Ainsi, comme disait Socrate, il n'est pas difficile de louer les Athéniens à Athènes. » La même pensée se retrouve dans notre dialogue : mais le tour employé par Aristote fait songer de préférence à un mot historique de Socrate, et si cette allusion était isolée, il ne serait pas déraisonnable d'admettre que c'est l'auteur du M énexène qui en a tiré profit. Toutefois une seconde citation un peu plus précise paraît vraiment décisive. « Socrate dit avec raison dans V Oraison funèbre que le difficile n'est pas de louer les Athéniens au milieu des Athéniens, mais de le faire parmi les Lacédémonicns^ ». Le texte du Ménexène porte : « Parmi les Péloponnésiens »; mais au iv^ siècle, après la fatale guerre intestine dont la Grèce avait été le théâtre, les deux termes à

1. La traduction arabe de la Métaphysique que suit Avorroca ne fait aucune mention de VHippias,

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