‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 183 sur 203 · CICÉllON ET DKXYS d'h A L IC A H X ASSK · texte numérisé non relu

CICÉllON ET DKXYS d'h A L IC A H X ASSK

Les Romains, comme on le sait, n'ont jamais eu de philosophie vraiment originale; leurs écrits ]q9. plus vantés en matière

1. D'aprè3 E. Egger, qui dans le Journal des savanls (1872, p. 691) a proposé une rédaction un peu différente de répifçrammo de Syrianu.^, le poète de V Anthologie 2^ 9impl(3ment voulu dire qu'en niant l'inimortalilé à Toxemple de plusieurs stoïciens, Panétius va du même coup condamner le Pliédon et le réduire au rang d'une composiliou apocryphe. D'autres pensent qu'on a confondu le Phédon avec les <*'crits du philosophe de ce nom, écrits dont l'origine était suspecte aux yeux do Panétius. Dans sa pn'^mière Tusculane, Cicéron se borne d'ailleurs à signaler le flagrant désaccord qui sur ce point seulement séparait Panétius de Platon son mailraol son modèle : « Credamus igitur, s'écrie t-il (I, 79) Panretio a Platone suo disscnlienti ! n — Ce curieux problème «l'érudition a été discuté récemment dans une brocliure spéciale par M. Chiappelli (Panezio dl Rodi e il suojndicio sulla aulcntirità del Fcdone, Roma, 1882). Voici, à l'entendre, ce qui a pu déterminer la ])Osition prise par le savant et hardi stoïcien : 1° Le Phédon est lo seul dialogue où Platon se nomme lui-mémo à la troisième personne ; 2® à l'opposition si fortement accentuée partout ailleurs entre la partie inférieure et la partie supérieure do Tàmo se trouve substituée ici celle de l'Ame ot du corps; 3o Platon qui nous représente ailleurs Socrate hésitant en face de l'immorlalité, lui prête ici une conviction arrêtée et des arguments rigoureux solidement enchaînés.

2. \ous voyons l'Athénien Zénodote, dans son édition d'Homère, prononcer également des athotoses et des supi)ressions uniquement pour des raisons d'inronvenaiiro (ô'.à to àro-Tié;) ou de redondance.

de logiquo et de morale ne sont guère qu*une traduction, une imitation ou un commentaire de leurs modèles grecs. Il semble dès lors qu on doive rencontrer chez eux quelques échos des recherches que les écrivains d'Athènes ou d'Alexandrie avaient faites sur le passé. Cette attente n'est que faiblement satisfaite : aussi bien Térudition et la critique n'ont-elles jamais été en grand honneur à Rome, où elles devaient céder le pas à des travaux et des préoccupations d'une utilité plus immédiate.

Cicéron, par exemple, qu'on a appelé avec quelque raison « le Platon romain », professait une égale admiration et pour les doctrines et pour le style merveilleux* du grand philosophe : c'est le seul dont il ait lu et relu les chefs-d'œuvre, tandis que pour ses rivaux, péripatéticiens ou stoïciens, il puise à des sources récentes plus volontiers qu'il n'a recours aux textes originaux. Lui-môme est avant tout un littérateur et un orateur qui ne prend dans Platon que ce qui l'intéresse : ainsi son silence à l'endroit de tel ou tel dialogue de pure dialectique s'explique sans peine. En revanche il serait long de noter tous les passages de Platon que Cicéron a transcits ou dont il s'est inspiré dans ses nombreux traités de cosmologie, de politique, de morale et d'éloquence, et nous ne retirerions qu'un mince proBt de cet immense travail; d'abord parce que ces emprunts viennent presque tous de dialogues universellement considérés comme authentiques, et en second lieu parce que dans les rares occasions où ils sont tirés d'ouvrages contestés, l'autorité de Cicéron, bien que paraissant à première vue avoir une indiscutable valeur*, en réalité n'est ni plus sùrc, ni mieux établie que la tradition sur laquelle elle se fonde. Un Romain contemporain de César, séparé de Platon et d'Aristote par un intervalle de trois siècles, était bien plus mal informé de ce qui concerne

1. c Tullius, ut ubiqiie, etiam in scribendo de philosophia Platonis aexnulas extitit. » (Quintilien, X, 1.)

2 C'est la thèse que Stallbaum essaie de défendre : « Etsi lonpriore demum interjecto temporis spatio floruit, tamentestis est minime conteuincDdii8, quandoquidem iispolluit doctrince opibus, unde judiciam de pristinx œlatis operibus eorumque pretio et dignitate facile repetere posset. »

ces deux maîtres et avait bien plus de peine à s'en instruire que nous des événements du règne de François I^^

Ainsi, que dans ses Tusculanes^ il rappelle avec complaisance l'interrogatoire que Socrate adresse à Tosclave dans un curieux passage du Ménon, que dans le même traité ^ et dans VOrator • il parle avec éloge du Ménexène, que dans le De Fiiiibus * et en maint passage de sa correspondance il cite et transcrive quelques-unes des Lettres de Platon, nous recueillerons ces divers textes avec un intérêt véritable, mais nous n'irons en aucun cas jusqu'à y voir une démonstration formelle d'authenticité.

La même remarque s'applique a fortiori aux écrivains de l'âge suivant. Nous n'avons pas à juger ici la critique exclusive et injuste de Denys d'IIalicarnasse, contestant à Platon toute utilité pratique en même temps que toute sagesse politique : nous n'avons pas davantage à apprécier les règles aussi mesquines qu'arbitraires qui lui servent à faire le départ de Tauthentiquo et de l'apocryphe dans l'héritage des orateurs attiques. A part la diligence qui amasse des matériaux et une certaine Gnesse dans les analyses grammaticales, tout lui a manqué, écrit E. Egger, pour être un véritable critique. Mais tandis que dans les discours attribués de son temps à Lysias et à Démosthène il découvre ou croit découvrirdes richesses étrangères, il est trop dénué de sens philosophique pour concevoir un seul soupçon de ce genre en ce qui touche Platon. Au reste, parmi les dialogues nommés dans ses ouvrages (soit qu'il en donne de longs extraits, comme du Phèdre et du Ménexèney soit qu'il se contente d'une mention plus ou moins brève, comme pour V Apologie, le Philèbe, Ig Banquet et la République) un seul, le Ménexène, a été sérieusement contesté par la critique moderne. Denys n'a d'ailleurs pas d'autre but que de rabaisser le philosophe devant l'illustre orateur son contempo-

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