SÉJOUR A MÉ6ARE
Inutile de dérouler ici une fois de plus le tableau de la mort de Socrate, de cette fin si'calmo et si héroïque, tant de fois célébrée par réloquence des orateurs et des poètes comme par la main du peintre et du sculpteur. Mais qu'allait désormais devenir l'œuvre de cet étonnant initiateur? Cent ans auparavant, dans la Grande-Grèce, un soulèvement populaire avait détruit en quelques jours l'association pythagoricienne, jugée hostile aux aspirations de la démocratie; maître et disciples payèrent de la mort ou de Texil Téclat de leur gouvernement éphémère. Le procès de Socra te avait-il déchaîné à Athènes une animosité aussi passionnée? A-t-ileu pour conséquence immédiate d'exposer à de semblables rigueurs ceux qui passaient pour les légitimes dépositaires et héritiers de son enseignement? Le philosophe^ ami de Sparte, était regardé comme peu sympathique aux institutions nationales: c'est au parti oligarchique qu'appartenaient en assez grand nombre ses amis et ses élèves K
1. Cf. Eachine, contre Timargue^ 7i, — Mémorables, I, 2, 3, — Elien, Hist, var,, III, 17.
Mais ce que visaient ses ennemis, c'étail sa personne plus encore que ses doctrines, et rien dès lors n'autorise à conclure qu'après avoir satisfait leur haine contre le maître les Athéniens aient tourné leur colère contre ses disciples.
Néanmoins il est naturel que les socratiques se soient tous sentis atteints par la sentence des Héliastes et qu'ils aient jugé prudent de s'éloigner au moins momentanément d'Athènes. Il n*y a donc aucune raison [décisive de contester la tradition qui nous les montre, au lendemain de la scène funèbre, quittant d'un commun accord une ville si ingrate envers la philosophie, une ville qui venait de condamner froidement à mort, comme impie, comme corrupteur de la jeunesse, le sage dont elle aurait dû se montrer le plus fière.
Deux d'entre eux, Cléombrote et Arislippe, avaient pris les devants et s'étaient retirés à Egine ^ : en attendant des temps moins orageux les autres, dit-on, cherchèrent un asile dans la cité voisine de Mégare, patrie de Terpsion et d'Euclide, si attachés l'un et l'autre à la personne de Socrate. Le motif allégué pour expliquer cet exode général est sans doute inexact * et les textes historiques qui s'y rapportent sont peu concluants, car nous n'avons d'autre garant qu'Hermodore et il y a désaccord entre les deux citations que lui emprunte Diogène Laërce'. Toutefois le fait eu lui-môme n'a rien d'invraisemblable.
Platon partagca-t-il cet exil volontaire ou forcé*? Tout le laisse supposer et Ton conçoit même très bien qu'en cette cir-