‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 44 sur 203 · Dans son Argument du Lysis · texte numérisé non relu

Dans son Argument du Lysis

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE i2o

Sans doute si Ton n^envisage que la méthode, tout est grec chez Platon, de môme que tout est attique, si Ton n*a en vue que la forme : il est si loin notamment de croire à la théurgie el de s'abandonner à Textase, que ces noms mêmes lui sont mconnus. Sans doute aussi Pythagore avait longtemps auparavant donné l'exemple d'une association secrète où le symbolisme appliqué aux vérités morales et politiques doit avoir joué unrdle considérable: Empédocle se représente le monde comme « une terre de malheurs » : et à entendre les plus récents interprètes ^ Heraclite philosophait sous Tinfluence immédiate des croyances égyptiennes, lorsqu'il s'enveloppait d'une obscurité calculée pour introduire la théologie dans l'étude de la nature. Néanmoins il y a dans renseignement et surtout dans l'esprit platonicien un élément ou, pour me servir d'un mot que je crois plus exact, une teinte, un reflet particulier qui ne s'explique ni par Parménide, ni par Socrate, ni môme par Heraclite, et qui ne tire pas son origine d'Athènes : visiblement le philosophe a été en contact direct ou indirect avec des civilisations étrangères et de ce contact il a rapporté non pas un système complet et fermé, ou quelque dogme positif qu'il ait reproduit avec une fidélité littérale^, mais une profondeur de sentiment rare chez ses contemporains, un attrait pour l'au-delà, dont on citerait difficilement un second exemple dans la Grèce d'Homère el de Phidias.

Parnoi les nombreuses légendes où se complaît son âme de poète, il faut placer au premier rang les mythes à la fois cos- Dttogoniques et religieux qui essayent de jeter quelque lumière 8ur les mystères du monde à venir. Or Platon ne semble-t-il P*« nous révéler quelle en est à ses yeux la lointaine et vérita-

*• Consulter l'ouvrage de Pfleiderer, Die PhUosophie des Uerakleitos von Spkehu im Uchte der Mysterien (Berlin, 1886) et plusieurs articles remarquants de 5f. Tannery dans la Revue philosophique, reproduits dans sa curieuse P^licalion : Pour l'histoire de la science hnllène (Voir notamment p. 173).

^' On a dit et répété que l'organisation de la cité idéale de Platon était *^aée Bur celle des castes héréditaires de l'Egypte et de l'Orient. Les res- ^iQblances, s'Uen existe, sont plus qu'effacées par les différences, et pour ^ part je considère cette explication comme bien peu satisfaisante.

bie origine, lorsqu'il met dans la bouche à^Her V Arménien les récits merveilleux qui couronnent le livre X et dernier de sa République? 11 semble s'être attaché de propos délibéré à développer des mythes égyptiens et orientaux, refusant d'emprunter à la mythologie hellénique ses conceptions même les plus ingénieuses, la fable charmante de Psyché et de rAmour, par exemple.

Met-on en parallèle avec les rêveries alexandrines ou avec les bizarres excentricités de théories du genre de la Kabbale, la doctrine platonicienne, à quelques exceptions près si complètement lumineuse, si profondément humaine, si harmonieusement coordonnée en toutes ses parties, on concède sans peine qu'on ne lui refuse pas l'honneur c( d'avoir emprunté à la raison seule son autorité, sa force et ses lumières ^ » Mais qu'on la replace dans son milieu naturel, qu'on la rapproche de ce que fut immédiatement avant elle l'enseignement de Socrate et celui d'Aristote immédiatement après, le contraste ne peut pas ne pas surprendre, et pour l'expliquer il ne paraît pas qu*il suffise d'invoquer des inclinations ou des préférences personnelles à Platon.

Il y avait chez Socrate, au témoignage unanime des anciens, une foi raisonnée dans la divinité, un sentiment religieux toujours en éveil, mais sa manteutique^ comme on l'appelle, n'a rien de mystérieux : ses réflexions d'un tour moins savant que populaire s'appuient sur ce qui autour de lui est « le plus généralement admis ^ » : ce n'est pas au sentiment qu'il s'adresse, et en fait d'anciennes traditions, il ne connaît que les maximes des poètes et des sages de son pays. Ouvrons maintenant les écrits de son disciple : au lieu de cette sobriété, un enthousiasme communicatif ; au lieu de cette clarté un peu pâle du bon sens, le rayonnement d'une imagination brillante, qui crée à son service toute une mythologie philosophique. Il a fallu.

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