Métaphysique, XIII, 9, 1085 b
justement imposer? Dans son exposition du pythagorisme une partie seulement remonte à un temps et peut-être à des documents antérieurs : pour le reste il n'a eu qu'à prêter roreille à des enseignements qui se donnaient sous ses yeux ^
Mais s'il en est ainsi, Platon ne doit pas être responsable des écrits de ses successeurs. M. Ravaisson se trompe lorsqu'il affirme qu'idées et nombres sont réductibles aux mêmes principes : sans aller jusqu'à définir « le pythagorisme une physique et le platonisme une sublime théologie », il faut reconnal« tre que le nombre pythagoricien, emprisonné au sein des choses, a pour double attribut d'être étendu et pondérable, par opposition à l'idée platonicienne, exclusivement et éminemment immatérielle, et se convaincre que « cette audace heureuse de couper pour ainsi dire le câble qui attachait le nombre à la terre est le trait caractéristique, essentiel, original de la théorie de Platon^ ». M. Ravaisson se trompe également, lorsqu'il impute indifféremment au pythagorisme et au platonisme le tort de € confondre avec l'être, objet tout intelligible de pure intuition, la quantité au moyen de laquelle nous faisons perpétuellement effort pour l'imaginer » : méprise partagée par Saisset, auquel il semble que le premier livre de la Métaphysique réduise le platonisme à « un système tout logique et tout abstrait, d*où sont bannies à jamais la réalité et la vie, une sorte de panthéisme mathématique, où les êtres de la nature s'évanouissentdans les idées et dans les nombres, où les nombres eux-mêmes s'absorbent dans une creuse et vide unité ^ » Confondre ainsi, répond très justement M. Fouillée*, le platonisme avec le pythagorisme qui ramène toutes choses à la quantité dont il fait l'élément universel, c'est méconnaître entièrement le caractère propre du platonisme dans lequel la première place revient à la qualité qui tend à l'être, tellement que l'existence même semble
1. N'est-ce pas d'ailleurs ce qui ressort assez directement des mots par lesquels Aristote termine son exposé de la doctrine pythagoricienne : Ilapà jjLiv o'3v Twv icptSrepov xai xtùv àXXcov ToiaOTa ecrci XaSetv {Met, I. 5, 981).
â. M. Chaignet.